From the Depths of Flesh

Wombripper

26/01/2018

Grotesque Sounds Productions

La Russie, sa culture, son histoire, et surtout, son underground qui a de quoi filer des frissons à n’importe quel adepte de sonorités barbares. Un simple coup d’œil aux groupes en activité au pays de Vladimir donne le tournis, et pas seulement dans nos styles extrêmes de prédilection. Il est certain que depuis quelques années, le « son russe » n’a pas vraiment d’équivalent sur la scène internationale, et qu’il peut se targuer de taquiner les légendes US et scandinaves en termes de froideur et de violence…D’ailleurs, en parlant de Suède, nos bourrins du jour ont dû méchamment écouter la production estampillée 90’s des rois de la mort locale, puisque leur production longue-durée rappelle bien des exactions Death Metal des côtes nordiques, et pas que dans l’enrobage. Si la production de From the Depths of Flesh rappelle en bien des points celle prodiguée par Tomas aux Sunlight studios, leurs compositions ne cherchent pas non plus à s’éloigner de l’inspiration des héros de l’époque, ceux qui ne confondaient pas vitesse et précipitation, et qui savaient tailler leurs riffs dans les glaciers les plus gelés histoire de nous embaumer dans un espace de congélation aménagé. WOMBRIPPER, un nom qui ne trompe personne pour une musique qui se veut aussi brutale que macabre, et qui unit dans un élan meurtrier les sons les plus caractéristiques des scènes US, norvégiennes et suédoises, pour un voyage dans le temps qui ne refuse pas quelques allers retours dans le présent. Mais surtout, une efficacité de tous les diables, et une bestialité qui reste sur ses gardes, histoire de ne pas nous permettre de nous échapper, coincés dans un enfer de distorsion malmenée, de rythmiques plombées, et de vocaux régurgités. Le trip est intégral et intense, et égale en puissance les productions les plus sévères du genre, qu’elles datent de 2018 ou de 1993...Et en tant qu’ambassadeurs de leur pays, les russes gardent la tête haute, et réfutent tout principe de sobriété pour mieux nous assommer, de leurs accélérations dantesques et de leur bousculade grotesque.

Grotesque, c’est le mot, mais employé à bon escient. La musique explosée sur les sillons de ce premier LP est d’une telle sauvagerie qu’on se plaît à repenser à nos MASSACRA nationaux, qui auraient à l’époque effectué un pèlerinage en terre scandinave, histoire de confronter leur débauche à la rigueur de la mort locale, en tâtant de la composition en compagnie des ENTOMBED, UNLEASHED, GRAVE et autres DISMEMBER. Fondé en février 2012 au détour d’un festival Thrash, WOMBRIPPER a connu bien des problèmes de line-up avant de pouvoir enfin se stabiliser, et c’est sans doute à cause de cela qu’ils n’ont qu’une démo, un split et un EP à leur actif, et pas une discographie plus fouillée. Après la mise en jambes Morbid Aberrations en 2014, le quatuor (Dan - guitare/chant, Konstantin - basse, Ivan - guitare et A.V. Petrov - batterie) avait donc osé un court Infected Tomb trois ans plus tard, avant de partager leurs faces avec les non moins déments TORN APART, pour finalement parvenir à élaborer un répertoire suffisamment étoffé pour meubler les sillons d’un premier album complet. De fait, From the Depths of Flesh a été produit, enregistré, et mixé par Konstantin Dolganov au Hiboll Studio de Saint-Petersburg, et dispose donc d’un son absolument énorme, qui n’a laissé personne sur le carreau, et qui nous écrase les tympans de ses graves brillants. Difficile de ne pas succomber à la bestialité d’une telle charge rondement menée, qui outre ses références multiples à la scène scandinave (impossible de ne pas y songer avec ce son de guitare si joliment embaumé) s’en détache très intelligemment par un choix de vitesse que les suédois n’affectionnaient que très rarement, préférant la modération de célérité pour accentuer l’aspect macabre de leur pensée. Ici, on joue vite, très vite même, et on prend donc ses distances avec ses influences, pour mieux imposer sa présence, tonitruante, et géante d’un point de vue pertinence, puisque chaque morceau de cette carte de visite presque introductive possède sa propre patte, tout en s’inscrivant dans une logique d’ensemble imparable.

On nage donc en pleine débauche de méchanceté et de vilénie, mais on ne se noie jamais dans les eaux brouillonnes de la brutalité gratuite, puisque chaque plan se justifie d’un enchaînement diabolique, et que chaque riff est précis et se cale sur une construction d’ensemble méchamment futée. Faire mal oui, mais pas à n’importe quel prix, et si l’ombre de la vague Death des années 90 plane bas au-dessus de cette réalisation, je ne pense pas avoir déjà entendu charge aussi corsée que l’ouverture « Still Unborn », qui ne joue ni la finesse ni la tendresse, et lâche ses blasts d’un pas alerte, avant de nous aplatir les tympans d’un riff ultraviolent. Il est même possible d’entrevoir des prémices possibles pour un futur que le PESTILENCE de Martin n’a pas pu écrire, avant que Patrick ne prenne les choses en main pour s’affirmer comme habile technicien, tant la voix de Dan prend de jolis accents bataves à la Van Drunen. Constamment constellé de breaks touffus et de soli fondus, ce From the Depths of Flesh aborde tous les aspects les plus inhérents au Death le plus violent, et se pose même en jonction entre l’épaisseur glauque des légendes suédoises et la brutalité démente de leurs homologues floridiens, sans pour autant lâcher son bout de pain, et saupoudrer le tout d’une patine slave absolument immonde. On nage donc en plein délire, et on se laisse entraîner dans cette folie collective, qui ne relâche jamais la pression, et qui titille même la corde sensible d’un techno-Death imparable, tout en se frottant à l’exigence d’un D-Beat/Crust nordique en pleine euphorie (« Immolation Rites », plus bruyant et efficace que ça, je veux bien me couper une main avant que vous ne trouviez équivalent). Contextuellement, ce LP tourne vite à la démonstration tant il est impossible de lui trouver le moindre point faible. Les russes ont pris grand soin d’agencer leur massacre pour le rendre encore plus impitoyable, et nous réservent donc en fin de parcours quelques saillies plus longues et lourdes que la moyenne, histoire de constater les dégâts en toute impunité.

Ainsi, loin des BPM en folie, « Locked In The Ice Coffin » singe à la perfection le maniérisme post-mortem des ENTOMBED et autres CARNAGE, avant que le long et progressif « Godless Slaughter (In the Name of Doom) » ne résume l’affaire d’une succession de plans d’enfer. Ne reste plus en épilogue à « Prenatal Death » qu’à clore les débats d’un feedback assourdissant, avant de répandre la mort d’une guitare en putréfaction, et de ramasser les cadavres aussi vite que possible, au rythme de blasts qui imposent leur régularité. Et une fois la grosse demi-heure de gymkhana encaissée, on se sent galvanisé, mais aussi épuisé, d’avoir dû supporter un tel assaut de violence débauchée. Il faut dire qu’en alliant la vitesse à la puissance, les russes de WOMBRIPPER ont réussi le tour de force d’évoquer et de traduire dans leur propre vocable, et de ne retenir que les aspects les plus symptomatiques du Death vintage pour les transposer dans une époque plaçant la violence instrumentale sur un piédestal improvisé. From the Depths of Flesh ou la folie faite bruit, pour un voyage aux confins de la folie, et une schizophrénie qui pousserait un cadavre à croire qu’il est toujours en vie. Une chasse à l’ours torse nu et le couteau à la main, pour un retour à la vie sauvage de bon matin.


Titres de l'album:

  1. Still Unborn
  2. Immolation Rites
  3. Torn by the Nails
  4. Frantic Exhumation
  5. Restless
  6. The Suicidal Recreation
  7. Locked in the Iced Coffin
  8. Godless Slaughter (In the Name of Doom)
  9. Prenatal Death

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 07/02/2018 à 18:03
90 %    634

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Regalregis
@78.192.38.132
07/02/2018, 20:52:21
Perso je trouve que la scène Russe est plutôt pas terrible. A part quelques groupes, les Russes n'ont pas vraiment le sens du riff contrairement aux ukrainiens par exemple. Et peu de personnalité. Etonnamment, même les russes, fin connaisseurs en metal extrême, ne semblent guerre trouver leur scène excitante.
Quant à Wombripper. bof

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Fuzz in Champagne - épisode 1

Simony 26/10/2021

Live Report

Fange + Pilori + Skullstorm

RBD 25/10/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : SUPURATION

Jus de cadavre 17/10/2021

Vidéos

Déluge + Dvne

RBD 29/09/2021

Live Report

Blood Sugar Sex Magik

mortne2001 25/09/2021

From the past

Benighted + Shaârghot + Svart Crown

RBD 22/09/2021

Live Report

Use Your Illusion I & II

mortne2001 18/09/2021

From the past

Witchfuck : le contre-pouvoir en Pologne

Simony 14/09/2021

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
pierre2

Ca transpire en effet le Napalm !!! 

28/10/2021, 08:03

Stench

En fait, cette remarque sur les pochettes, c'est ce que je me disais souvent à propos des groupes signés chez Holy records. Autant musicalement c'était souvent excellent, novateur ou au moins original, autant les pochettes étaient souvent plus que moyennes. C(...)

27/10/2021, 17:25

Gargan

Les deux premiers sont absolument indispensables et subhuman vaut quand même le détour.

27/10/2021, 10:19

Nubowsky

Les dates annoncées en France pour l’année prochaine en font peut être partis ! 

27/10/2021, 07:23

Humungus

Hâte ! Hâte ! Hâte !"Legion est considéré comme une pierre angulaire du Death Metal"...Legion EST une pierre angulaire du Death Metal !

27/10/2021, 07:20

Gargan

Bof, ce n'est pas une réédition qu'on attend.

27/10/2021, 07:20

Gargan

Vous pourriez peut-être organiser un pochettethon ?

26/10/2021, 22:04

Orphan

Raccord avec tout ce qui a été ditSeul Angelus tien la routeDissymmetry en 2019 faut oser quand meme...Ca me rappel des groupes comme ORPHANAGE, pleins de talent mais &agr(...)

26/10/2021, 12:35

LeMoustre

Clair que c'est pas leur point fort, les pochettes, la dernière étant particulièrement moche. A part celle du premier album, et à la limite Anomaly, par son côté épuré, beaucoup de mauvais choix, c'est vrai.Par contre la musi(...)

25/10/2021, 10:58

LeMoustre

Excellent disque, en effet

25/10/2021, 10:55

Humungus

"Imago" une pochette à sauver ?!?!Tous les goûts sont dans la nature, mais là tout de même... Le vieux "papillon-visage" digne d'apparaître sur une chemise all print vendu en foire du premier mai... ... ...Sincèrement, (...)

25/10/2021, 08:45

RBD

Colin Richardson est plus âgé. Sa première production Metal était si je ne me trompe l'EP de Napalm Death "Mentally Murdered" en 1989, et il avait déjà presque dix ans de carrière dans le Rock. La lassitude doit venir facilem(...)

24/10/2021, 23:46

Arioch91

Même pour la thune, Jeff Loomis ne devrait pas rester dans un groupe pareil, bordel !Avoir sorti des albums aussi classe du temps de Nevermore pour finir en second couteau chez Arch Enemy, putain la loose.C'est devenu un exécutant. Quel gâchis.

24/10/2021, 18:45

totoro

Super producteur effectivement, malheureusement passé de mode. C'est dommage. Un peu comme Colin Richardson, des mecs qui ont façonné le son d'une scène et qui tombent dans un oubli un peu ingrat. Même si les productions des deux ne vieillissent pas, je(...)

24/10/2021, 13:30

totoro

C'est assez vrai. "Room 7" avec lequel j'ai découvert le groupe est peut-être mon disque préféré de SUP, mais sa pochette est douloureusement ignoble. Quelques unes sont néanmoins à sauver, "Hegemony", "Angelus&quo(...)

24/10/2021, 13:26

totoro

C'est vrai que Loomis dans Arch Enemy, c'est un putain de gâchis... C'est doublement con car je suis persuadé que s'il participait à la composition, le groupe en sortirait grandi. Mais bon, c'est le truc de Mike Amott qui préfère resservi(...)

24/10/2021, 13:18

RBD

Fredrik Nordstöm est surtout connu pour avoir produit toute la scène mélodique suédoise en ordre de marche mais aussi collaboré avec de gros groupes de styles plus ou moins voisins comme Dimmu, Opeth, Old Man's Child, Septic Flesh, Powerwolf, Architects... m&(...)

24/10/2021, 13:17

totoro

Quel sacré bon disque !!! Je suis tombé dessus par hasard, je ne savais pas que le groupe existait encore. Je suis passé directement de "The Stench Of The Swelling" avec Arno Strobl à celui-ci et me suis pris une énorme claque. L'électro Sy(...)

24/10/2021, 13:10

Simony

@Humungus / @Bones vous avez mis le doigt sur ce qui m'a freiné à succomber à ce groupe pendant de très nombreuses années. A chaque fois que j'entendais un titre, je me disais "Allez cet album, c'est l'occasion de découvrir" (...)

24/10/2021, 11:01

Bones

@ Humungus : Mais complètement ! à l'époque de la sortie d'Anomaly, je faisais du fanzinat dans un projet mort-né. J'ai reçu un exemplaire promo du digi : hallucination devant la nullité absolue de la pochette. Clairement il y a(...)

23/10/2021, 23:35