La Russie, sa culture, son histoire, et surtout, son underground qui a de quoi filer des frissons à n’importe quel adepte de sonorités barbares. Un simple coup d’œil aux groupes en activité au pays de Vladimir donne le tournis, et pas seulement dans nos styles extrêmes de prédilection. Il est certain que depuis quelques années, le « son russe » n’a pas vraiment d’équivalent sur la scène internationale, et qu’il peut se targuer de taquiner les légendes US et scandinaves en termes de froideur et de violence…D’ailleurs, en parlant de Suède, nos bourrins du jour ont dû méchamment écouter la production estampillée 90’s des rois de la mort locale, puisque leur production longue-durée rappelle bien des exactions Death Metal des côtes nordiques, et pas que dans l’enrobage. Si la production de From the Depths of Flesh rappelle en bien des points celle prodiguée par Tomas aux Sunlight studios, leurs compositions ne cherchent pas non plus à s’éloigner de l’inspiration des héros de l’époque, ceux qui ne confondaient pas vitesse et précipitation, et qui savaient tailler leurs riffs dans les glaciers les plus gelés histoire de nous embaumer dans un espace de congélation aménagé. WOMBRIPPER, un nom qui ne trompe personne pour une musique qui se veut aussi brutale que macabre, et qui unit dans un élan meurtrier les sons les plus caractéristiques des scènes US, norvégiennes et suédoises, pour un voyage dans le temps qui ne refuse pas quelques allers retours dans le présent. Mais surtout, une efficacité de tous les diables, et une bestialité qui reste sur ses gardes, histoire de ne pas nous permettre de nous échapper, coincés dans un enfer de distorsion malmenée, de rythmiques plombées, et de vocaux régurgités. Le trip est intégral et intense, et égale en puissance les productions les plus sévères du genre, qu’elles datent de 2018 ou de 1993...Et en tant qu’ambassadeurs de leur pays, les russes gardent la tête haute, et réfutent tout principe de sobriété pour mieux nous assommer, de leurs accélérations dantesques et de leur bousculade grotesque.

Grotesque, c’est le mot, mais employé à bon escient. La musique explosée sur les sillons de ce premier LP est d’une telle sauvagerie qu’on se plaît à repenser à nos MASSACRA nationaux, qui auraient à l’époque effectué un pèlerinage en terre scandinave, histoire de confronter leur débauche à la rigueur de la mort locale, en tâtant de la composition en compagnie des ENTOMBED, UNLEASHED, GRAVE et autres DISMEMBER. Fondé en février 2012 au détour d’un festival Thrash, WOMBRIPPER a connu bien des problèmes de line-up avant de pouvoir enfin se stabiliser, et c’est sans doute à cause de cela qu’ils n’ont qu’une démo, un split et un EP à leur actif, et pas une discographie plus fouillée. Après la mise en jambes Morbid Aberrations en 2014, le quatuor (Dan - guitare/chant, Konstantin - basse, Ivan - guitare et A.V. Petrov - batterie) avait donc osé un court Infected Tomb trois ans plus tard, avant de partager leurs faces avec les non moins déments TORN APART, pour finalement parvenir à élaborer un répertoire suffisamment étoffé pour meubler les sillons d’un premier album complet. De fait, From the Depths of Flesh a été produit, enregistré, et mixé par Konstantin Dolganov au Hiboll Studio de Saint-Petersburg, et dispose donc d’un son absolument énorme, qui n’a laissé personne sur le carreau, et qui nous écrase les tympans de ses graves brillants. Difficile de ne pas succomber à la bestialité d’une telle charge rondement menée, qui outre ses références multiples à la scène scandinave (impossible de ne pas y songer avec ce son de guitare si joliment embaumé) s’en détache très intelligemment par un choix de vitesse que les suédois n’affectionnaient que très rarement, préférant la modération de célérité pour accentuer l’aspect macabre de leur pensée. Ici, on joue vite, très vite même, et on prend donc ses distances avec ses influences, pour mieux imposer sa présence, tonitruante, et géante d’un point de vue pertinence, puisque chaque morceau de cette carte de visite presque introductive possède sa propre patte, tout en s’inscrivant dans une logique d’ensemble imparable.

On nage donc en pleine débauche de méchanceté et de vilénie, mais on ne se noie jamais dans les eaux brouillonnes de la brutalité gratuite, puisque chaque plan se justifie d’un enchaînement diabolique, et que chaque riff est précis et se cale sur une construction d’ensemble méchamment futée. Faire mal oui, mais pas à n’importe quel prix, et si l’ombre de la vague Death des années 90 plane bas au-dessus de cette réalisation, je ne pense pas avoir déjà entendu charge aussi corsée que l’ouverture « Still Unborn », qui ne joue ni la finesse ni la tendresse, et lâche ses blasts d’un pas alerte, avant de nous aplatir les tympans d’un riff ultraviolent. Il est même possible d’entrevoir des prémices possibles pour un futur que le PESTILENCE de Martin n’a pas pu écrire, avant que Patrick ne prenne les choses en main pour s’affirmer comme habile technicien, tant la voix de Dan prend de jolis accents bataves à la Van Drunen. Constamment constellé de breaks touffus et de soli fondus, ce From the Depths of Flesh aborde tous les aspects les plus inhérents au Death le plus violent, et se pose même en jonction entre l’épaisseur glauque des légendes suédoises et la brutalité démente de leurs homologues floridiens, sans pour autant lâcher son bout de pain, et saupoudrer le tout d’une patine slave absolument immonde. On nage donc en plein délire, et on se laisse entraîner dans cette folie collective, qui ne relâche jamais la pression, et qui titille même la corde sensible d’un techno-Death imparable, tout en se frottant à l’exigence d’un D-Beat/Crust nordique en pleine euphorie (« Immolation Rites », plus bruyant et efficace que ça, je veux bien me couper une main avant que vous ne trouviez équivalent). Contextuellement, ce LP tourne vite à la démonstration tant il est impossible de lui trouver le moindre point faible. Les russes ont pris grand soin d’agencer leur massacre pour le rendre encore plus impitoyable, et nous réservent donc en fin de parcours quelques saillies plus longues et lourdes que la moyenne, histoire de constater les dégâts en toute impunité.

Ainsi, loin des BPM en folie, « Locked In The Ice Coffin » singe à la perfection le maniérisme post-mortem des ENTOMBED et autres CARNAGE, avant que le long et progressif « Godless Slaughter (In the Name of Doom) » ne résume l’affaire d’une succession de plans d’enfer. Ne reste plus en épilogue à « Prenatal Death » qu’à clore les débats d’un feedback assourdissant, avant de répandre la mort d’une guitare en putréfaction, et de ramasser les cadavres aussi vite que possible, au rythme de blasts qui imposent leur régularité. Et une fois la grosse demi-heure de gymkhana encaissée, on se sent galvanisé, mais aussi épuisé, d’avoir dû supporter un tel assaut de violence débauchée. Il faut dire qu’en alliant la vitesse à la puissance, les russes de WOMBRIPPER ont réussi le tour de force d’évoquer et de traduire dans leur propre vocable, et de ne retenir que les aspects les plus symptomatiques du Death vintage pour les transposer dans une époque plaçant la violence instrumentale sur un piédestal improvisé. From the Depths of Flesh ou la folie faite bruit, pour un voyage aux confins de la folie, et une schizophrénie qui pousserait un cadavre à croire qu’il est toujours en vie. Une chasse à l’ours torse nu et le couteau à la main, pour un retour à la vie sauvage de bon matin.


Titres de l'album:

  1. Still Unborn
  2. Immolation Rites
  3. Torn by the Nails
  4. Frantic Exhumation
  5. Restless
  6. The Suicidal Recreation
  7. Locked in the Iced Coffin
  8. Godless Slaughter (In the Name of Doom)
  9. Prenatal Death

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 07/02/2018 à 18:03
90 %    296

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Regalregis
@78.192.38.132
07/02/2018 à 20:52:21
Perso je trouve que la scène Russe est plutôt pas terrible. A part quelques groupes, les Russes n'ont pas vraiment le sens du riff contrairement aux ukrainiens par exemple. Et peu de personnalité. Etonnamment, même les russes, fin connaisseurs en metal extrême, ne semblent guerre trouver leur scène excitante.
Quant à Wombripper. bof

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