Le théâtre du Grand-Guignol, plus couramment appelé Grand-Guignol, est une ancienne salle de spectacles parisienne qui était située 7, cité Chaptal, dans le 9e arrondissement. Spécialisée dans les pièces mettant en scène des histoires macabres et sanguinolentes, elle a par extension donné son nom au genre théâtral, le Grand-Guignol, et à l'adjectif grand-guignolesque. Le terme est devenu avec le temps péjoratif et désigne désormais, de manière plus générale, des œuvres abusant de la violence ou d'effets grandiloquents. 

 

Pif-paf, merci Wikipedia, l’encyclopédie contributive mondiale, parce qu’avec ça, je vais pouvoir arrêter la chronique au bout de cinq lignes. C’est évidemment une boutade, bien qu’il y ait un fond de sérieux dans cette constatation. En effet, comment mieux décrire le sixième album du projet PENSEES NOCTURNE que par ces quelques mots lapidaires mais Ô combien adéquats, « œuvre abusant de la violence ou d'effets grandiloquents », et Dieu seul sait à quel point le flingué notoire Vaerohn est un maître es-grotesque et un fameux diplômé de l’école de l’exagération, lui qui depuis le début de sa carrière s’ingénie à bâtir un empire sentant bon le souffre, le nonsense, la paille, les poils de tigre et les effluves de bandonéon fatigué d’être tiré dans tous les sens. Pour les néophytes et les bien-pensants qui votent à gauche en tournant à droite, PENSEES NOCTURNES est Vaerohn et Vaerohn est PENSEES NOCTURNES. Depuis plus de dix ans maintenant, le multi-instrumentiste/auteur/compositeur mène sa barque de l’étrange de fêtes foraines en festivals extrêmes et nous a gratifiés d’une grosse poignée de longue-durée, sans passer par la case démo ou EP. Pourquoi tant de certitudes ? Parce que l’homme croit en son art, et il qu’il n’est pas le seul, Gérald des Acteurs de l’Ombre lui faisant expressément confiance puisqu’il a construit son label avec le parcours de cet artiste qui fut le premier signé sur ce noble label de barges BM. En effet, Vacuum, publié en 2009 se voyait flanqué de la référence AO-001, ce qui en dit long sur l’amitié et le respect mutuel des deux hommes, qui dix ans plus tard sont toujours aussi liés. Alors, aucune surprise de constater que ce Grand Guignol Orchestra porte en sa tranche la référence AO-84, puisque ce sixième effort studio se place dans le haut du panier de la production outrancière actuelle, et certainement dans celui de l’œuvre globale de son auteur.

Il nous avait d’ailleurs laissés en points de suspension après la publication de A Boire et à Manger en 2016, qui une fois encore avait soulevé les foules de marginaux de son esprit libertin et libertaire, et dire que Vaerohn a soigné son retour sur la piste et a mérité l’acclamation de ses fans est d’un euphémisme lénifiant. C’est tellement simple qu’on est compliqué de ne pas y avoir pensé avant, mais ce cirque musical itinérant traçant sa route de chapiteaux décrépits en toiles de tente de fortune un peu pourries est plus qu’un album, c’est un asile d’aliénés qui accueille tous ceux qui frappent à sa porte, que ça soit avec les poings, des pelles ou des fers à repasser, et les dix titres formant cette symphonie de l’étrange et de la décadence sont à n’en point douter les équivalents de la première représentation du Système du docteur Goudron et du professeur Plume, laissant en 1903 la foule hébétée, le regard hagard et l’estomac près de la glotte. Sauf qu’aujourd’hui, nous sommes en 2018, que le dit public a l’habitude d’être retourné comme une peau de lapin, et que plus personne n’est choqué ou interloqué par quoi que ce soit, à part la bêtise ambiante de nos contemporains. Mais soyons plus précis dans le cas de ce nouvel album, qui repousse encore plus loin les limites de la créativité d’un artiste unique, qui n’a pas toujours œuvré dans le bon goût, mais qui a eu le mérite de le faire en toute sincérité. Les habitués s’habitueront vite, et les novices auront peut-être/sans doute/certainement (crachez sur la mention inutile) du mal à se faire à ce puzzle inextricable de sensations fortes, qui sonne comme la transposition musicale d’un musée des horreurs visité de nuit, ou à la traduction disharmonique d’un spectacle d’Achille Z. vu à travers les yeux d’une bande de psychopathes qui confondent crise de rire et crainte du pire. C’est évidemment grossier, fatalement provocateur, mais bon enfant dans le fond, à condition que les enfants concernés soient ceux de John Wayne Gacy, d’Alfred Jarry, de Frank Zappa, ou de Marcel Petiot. Car tout ceci sent bon la viande humaine cuite dans un four en fonte et les traces de sang effacées à la serpillère souillée, le crime désorganisé, et la bande à Bonot prise au piège d’une version Gore de Carnival of Souls mise en scène par un Rob Zombie ayant pris des cours de tragédie chez Al Adamson.

Vous n’avez rien compris ? C’est normal et voulu, puisque la musique qui anime l’esprit malade de Vaerohn tient du cauchemar éveillé partagé en famille. Si d’aventure vous teniez absolument à piger quelque chose à l’équation, dites-vous simplement que le BM pratiqué par PENSEES NOCTURNES est à peu près aussi Black qu’un rêve déformé de Devin Townsend, et aussi débraillé qu’un délire diurne des RED NOISE ou de ART ZOYD repris à leur compte par MAGMA en duo avec les CARNIVAL in COAL. DU BM qui en est sans en être, qui en revendique les bases, mais qui s’amuse de ses codes comme un clown avec un seau d’eau et la queue d’un éléphant, et qui finit par se transformer en cabaret onirique des freaks horrifiques, pour une visite impromptue de Tod Browning dans les locaux de répétition. Toujours aussi obsédé par les instrumentations atypiques, Vaerohn truffe ses morceaux d’accordéon, de cordes détendues, de piano bastringue, de thérémine, de trompette bouchée pour évier débouché, et autres arrangements les plus improbables possibles, histoire d’offrir un miroir déformant à la réalité qui s’y prend trop. Pas véritablement de changement de cap dans sa direction, mais une affirmation, un affinement progressif qui rend les silences entre les travaux de plus en plus longs, et comme le dit si bien Gérald de LADLO, une perfection dans la démesure qui le confine à l’absurde, d’autant plus que l’homme évolue complètement seul sans sa catégorie. Pour les maniaques d’images qui ont du mal à imaginer, tentez de formaliser dans votre esprit la collision inattendue à base de tartes à la crème entre SLIPKNOT, DIABLO SWING ORCHESTRA, les MOTHERS OF INVENTION, CARNIVAL in COAL, Gérard MANSET avec un corpsepaint piqué à Abbath mais appliqué avec une brosse,  le GRAND GUIGNOL de Karlsruhe, et votre mère en slip qui vous en colle une parce que vous avez reluqué la photo d’une speakerine pendant « La Piste aux Etoiles ». Vous n’avez rien compris ? C’est normal il faut écouter pour comprendre.

Mais autant vous prévenir, aucun morceau de ce Grand Guignol Orchestra n’est isolable en tant que tel, puisque les dix pistes improbables de cette grande piste inavouable sont autant de numéros d’un spectacle unique qu’il convient d’écouter de la fin au début. Du chant lyrique mais grotesque, des riffs qui s’entremêlent dans une joyeuse cacophonie rieuse, des textes qui révèlent tout le fin lettré de la grossièreté de l’auteur qui joue avec les mots comme avec les notes, des chœurs qui ressemblent à des fantômes de fauves en cage, et des entrées payantes mais gratuites, pour un packaging de luxe signé de la main assurée de Cäme Roy de Rat. Une production incroyable magnifiée par les compétences de Fred du studio Henosis, et puis…la musique. Inquiétante, cathartique, rieuse, fataliste, magnifique, excessive, parfois tellement dissonante que la laideur en devient mirifique (« Anis Maudit », une basse facétieuse et des jérémiades vocales à faire passer des aveux de Thierry Paulin pour une blague de Bernard Mabille), et surtout, plus conceptuellement digne de ce fameux théâtre du Grand-Guignol qui provoquait des nausées chez les esprits fragiles des demoiselles affolées. Le génie dans l’outrance ? Une provocation dans l’élégance ? Non, un cirque pour les grands, ceux qui n’ont pas peur une fois de temps en temps d’affronter les squelettes cachés dans leur placard au risque de tâcher leur plumard. PENSEES NOCTURNES, à l’aise avec ou sans alèse, ou l’art de l’onanisme musical qui fait jouir de jour comme rire de nuit.                  


Titres de l’album :

                        1.Un trop plein d'rouge

                        2.Deux Bals dans la Tête

                        3.Poil de Lune

                        4.L'Alpha Mal

                        5.L'Etrangorium

                        6.Les Valseuses

                        7.Gauloises ou Gitanes ?

                        8.Comptine à Boire

                        9.Anis Maudit

                        10.Triste Sade

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par mortne2001 le 25/01/2019 à 16:43
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