Avoir la possibilité de jouer loin, au sein d’une culture totalement différente, dans un pays mal connu, c’est assez palpitant, une expérience unique, même. Toutefois, on se rend vite compte que la jolie théorie demeure beaucoup plus simple que la pratique parfois inconfortable et épuisante…

La première question qui se pose, c’est : ‘comment amener six personnes et le minimum de matos requis jusqu’en Bulgarie sans trop d’embûches ?’… La première idée, lorsqu’on prend en considération le nombre de kilomètres (environ 1550) ainsi que les pays à traverser, serait de prendre l’avion. Certes, néanmoins, lorsqu’on est contraint de se coltiner du matériel lourd et donc coûteux au transport avec un budget serré, on réfléchit aux alternatives.

Alternative 1 : le train. Très cher et on se retrouve 36 heures sur les rails.

Alternative 2 : la voiture. Flexible, confortable et pratique, juste avant de lire tous les inconvénients liés au voyage sur les routes à travers les Balkans. Le plus gros soucis, c’est la Serbie où il faut contracter une assurance spéciale, être muni d’un jeu de pneus de secours, plus d’autres conditions ahurissantes. N’étant pas dans l’Union Européenne, passer par ce pays comporte quelques difficultés. Passer par la Roumanie ajoutait quelques heures au périple tout en proposant un itinéraire sans autoroutes ou presque. Tout cela reste encore rock n’roll, mais la décision d’abandonner le projet automobile fut nette et précise lorsque nous pûmes lire via diverses ambassades des pays traversés qu’il était fortement déconseillé de voyager de nuit sur les routes sous peine d’être victimes des nombreuses agressions organisées (parfois mortelles) ciblant les voitures étrangères. Les détails concernant certaines bandes de migrants coupant la route avec des barbelés pour prendre d’assaut les automobilistes refroidissent nos ardeurs. Exagération ? Manœuvre politique ? Quoiqu’il en soit, le risque de me faire piquer mes jolies cymbales est trop grand !

Alternative 3 : le bus. C’est d’ailleurs celle-ci que nous avons choisie. Enfin, pour une partie du groupe. L’autre moitié du groupe a préféré l’avion, ne devant emporter qu’au maximum une guitare.  

Alors le bus, c’est 27 heures de route, traversant depuis Leipzig, la République Tchèque, la Slovaquie, La Hongrie, La Serbie, pour arriver en Bulgarie. Si les sièges étaient agréables à mon postérieur, le fait de ne pas pouvoir dormir, même si on roulait beaucoup de nuit, cela conférait à l’aventure un air de transe initiatique bizarre et inconfortable. Parfois, la fatigue me harcelait tant que je parvenais à m’assoupir une minute ou deux, avant qu’on n’arrive à une de nos étapes, où il fallait sortir du bus pour une bonne demi-heure. Pour épicer le tout, imaginez que pour tout contact avec l’organisateur de se voyage, nous étions affublés de deux chauffeurs pour lesquels le vocabulaire anglais minimum était ‘Pause 30 minutes’. Autant prier le panthéon de vos dieux qu’il n’arrive rien d’assez ennuyeux pour devoir essayer de communiquer avec ces joyeux lurons.

Bref, un petit arrêt à la frontière serbe afin de nous faire dévisager par un policier bureaucrate méfiant, une traversée assez triste d’un pays où l’on peut observer les cicatrices d’un sombre passé, et un autre arrêt à la sortie de celui-ci (oui, ils sont méfiants ces services frontaliers), et nous voilà arrivés en Bulgarie, et une heure plus tard à Sofia, sa capitale. Ah, attendez, je ne vous épargne pas le rapport sur les toilettes serbes où je me prends une fenêtre en pleine tronche en sortant du cloisonnement et la surprise de S Caedes, notre crieuse pour son séjour sanitaire le plus éprouvant, dans une toilette à la turque inondée d’urine et autre. Le tout quand-même pour 50 cents par personne. Ok, il y avait du savon.

Revenons à nos moutons...

Sofia, c’est une vieille ville abritant environ 1,4 millions d’habitants, un lieu marqué par l’époque communiste passée, un centre culturel riche en histoire ainsi qu’un dépaysement total pour un européen de l’ouest comme moi. Malgré quelques beaux bâtiments, des visites intéressantes et des gens bien accueillants, la pauvreté de la population, l’état des habitations, les animaux errants… communiquent un certain malaise. Quoiqu’il en soit, nous sommes là pour la musique et plus précisément pour le festival Autumn Souls Of Sofia.

Etalé sur trois jours et deux salles, ce festival metal plutôt éclectique accueille des formations venues de toute l’Europe : Bulgarie (grosse surprise), Suède, Norvège, Grèce, Serbie, République Tchèque, Roumanie, Allemagne (nous, en l’occurrence), Italie, Espagne, Suisse, Grande Bretagne et même un groupe venant du Chili. Pour 35 euros, plus d’une vingtaine de groupes, représentant divers styles métalliques ; ce n’est pas cher payé. Mais il faut savoir que le rapport entre le prix de la vie bulgare et celui de la France, de l’Allemagne ou autre pays européen bedonnant est assez édifiant. Un salaire de 700€/mois pour un salarié à temps plein, c’est du lourd chez eux… Bref, je m’égare.


HUMANITAS ERROR EST jouait donc le deuxième jour, le 14 octobre aux côtés de AKRAL NECROSIS, ANGREPP, DEN SAAKALDTE, (ECHO) et MOURNING SUN. Ce qui était rigolo, c’est que tout ce petit monde devait se partager un backstage de 10 m² à tout péter, sans oublier le matériel.

Jouant en deuxième position, nous stressions d’avoir subi ce long périple pour ne jouer que devant quelques badauds à moitiés enjoués, mais la salle se remplissait à vue d’œil lors du premier acte. Une fois sur scène, nous avons pu apprécier la chaleur et l’enthousiasme du public bulgare à l’égard de notre black metal brutal guerrier. Une chanson après l’autre et le public semble se relever après chaque assaut. On se délecte du spectacle jusqu’à ce qu’un chieur vienne nous écourter notre set de dix bonnes minutes… Pas contents les allemands !! Notre chanteuse, qui ne connais pas le mot ‘retenue’ était à deux doigts d’égorger le pauvre émissaire. Il faut dire que nous pourrir notre temps de scène pour récupérer celui que le premier groupe avait perdu, c’était un peu gonflé, surtout si on garde à l’esprit les kilomètres bouffés. Malgré la haine, suivi de la déception, on a remballé l’artillerie. Le temps de faire quelques photos avec nos nouveaux fans et de se refaire une beauté, nous pûmes laisser la rage décanter en regardant quelques autres concerts, malheureusement peu mémorables. Même DEN SAAKALDTE, duquel j’attendais quand-même un certain standing, fût bien décevant. Plat, sans surprise. Le repas, quant à lui, fut délicieux. Pour digérer, on a droit au black thrash metal d’ANGREPP qui accueillera notre chanteur lors d’un titre plutôt entraînant. Leur set sera, cependant, un tantinet répétitif.

Le petit matin avançant à grands pas, nous nous dirigeâmes vers notre motel (un espèce d’appartement avec plusieurs chambres meublées de lits superposés, où chaque chambre était attribué à un groupe différent). Pas de grand luxe, mais le minimum requis était tout de même à disposition. Une chose dont on doutait largement la veille, lorsque nous fûmes accueillis par un employé complètement saoul, nous emmenant dans une chambre qui ne nous était pas destinées, en nous donnant quelques explications en anglais, en espagnol (pourquoi pas, après tout) ainsi que dans la langue locale. Bref…

Photo : Елена Пирпирова

Il faut savoir que trois des membres d’HUMANITAS ERROR EST (dont celui qui écrit ces lignes) sévissent dans LEBENSSUCHT et devaient donc jouer le lendemain au même endroit. Ce que je ne vous ai pas encore raconté (si je suis déstructuré, tu dis, hein), c’est qu’on est cinq dans le groupe et quatre étaient présent à Sofia. Deux ou trois jours avant le concert, un des guitaristes n’avait pas pu faire le déplacement depuis la Belgique, étant un peu dans le bousin au niveau personnel (plus de détails dans Voici (numéro d’octobre)). Tout cela pour dire qu’on avait dû palier à cette situation de dernière minute assez inconfortable avec des samples pour les titres de notre Ep Fucking My Knife, sorti en juillet de cette année, et remodelage de notre set, avec une partie d’improvisation.  Si ça, c’est pas rock n’roll… Vu qu’un des membres fondateurs de LEBENSSUCHT habite à Sofia et qu’il participe activement à la scène locale, valait mieux ne pas passer pour des clinches. Pas que ce soit un désir dans d’autres circonstances, mais bon, vous voyez un peu la situation.

C’est donc après la prestation plutôt sympa de INVIDIA (j’ai un tas de blagues foireuses à propos de ce nom qui se disputent pour sortir, mais je les ai toutes consignées à la maison), que nous sommes monté sur les planches pour ce show un peu spécial. Un peu étrange au début de voir tous ces yeux rivés sur nous l’air de dire ‘c’est quoi ce truc ?’ en se demandant si notre musique passe par le bon tuyau. En tant que batteur, il est souvent difficile d’avoir un aperçu réaliste de ce qui se passe devant. Toutefois, en voyant les objectifs lorgnant notre chanteuse et son accoutrement ‘bienséant’, je me disais qu’au moins, l’aspect visuel avait accroché l’audience. La ferveur des applaudissements confirmèrent l’effet positif du son également. D’ailleurs nous avons pu mesurer l’étendue de celui-ci après nos 40-45 minutes de scène en récoltant les avis divers, surprenants et fort encourageants.

Au moins, l’épopée en bus n’aura pas été vain… et la deuxième non plus… Car le retour avait la particularité d’être fixé 5 jours après le concert de LEBENSSUCHT, sans départ alternatif plus raisonnable. On en a donc profité pour faire un peu de tourisme, reprendre une louche de vie bulgare, récolter quelques connaissances sur l’histoire et les traditions du pays et goûter plus de nourriture, ce qui n’est jamais désagréable.

Le jour du départ, tôt au matin, nous contactons la société de taxis pour venir nous chercher, nous et nos nombreux paquets pleins d’instruments, précisant qu’il nous fallait de la place pour ceux-ci. Bien entendu, le type s’amène avec une espèce de merde avec un coffre rempli à moitié par une bonbonne de je ne sais quel substance (je ne suis pas mécano, vous m’excuserez). Donc, la moitié de nos bagages sur les genoux, bloqués dans un trafic pachydermique avec la moitié de nos bagages sur les genoux, le voyages commençait sur les chapeaux de roue.  

Une fois dans le bus, ça sentait déjà la maison… Il ne restait plus que 27 heures de route dont quelques arrêts interminables dans de petites aires de repos minables… Vous savez, le genre où il y a trois toilettes pour hommes, sans planche, sans papier, sans savon. Quand tu vois tous les gens du bus et du resto-route les utiliser, tu te demandes… Cherchant un peu plus loin, il y en avait d’autres à la station service, avec du papier, du savon, et même de quoi s’essuyer les mains. Par contre, pas de verrou sur une porte que je devait tenir, tout en laissant mon repas de la veille se déposer délicatement dans l’eau et il était expressément demandé en trois langues de jeter le papier, non pas dans la cuvette, mais dans la poubelle à côté… La Serbie et ses toilettes…

A part ces aventures scabreuses et une pause d’une heure et demi dans une espèce d’air d’autoroute moisie en Hongrie sans explications (ah si, en hongrois, tant pis pour ceux qui ne le parlent pas), le trajet se passa…

En résumé, 56 heures de bus pour 35 minutes de set pour HUMANITAS ERROR EST et 40 minutes pour LEBENSSUCHT, c’est beau la vie de musicien.

Et le pire, c’est qu’on en redemande…

Page Facebook officielle HUMANITAS ERROR EST

Page Facebook officielle LEBENSSUCHT


par arnaudvsk le 17/11/2016 à 07:45
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Commentaires (4) | Ajouter un commentaire


Simony
membre enregistré
17/11/2016 à 09:27:37
La chronique du EP est également disponible sur Metalnews.fr et il est vraiment très bon.

Sheb
membre enregistré
17/11/2016 à 18:37:18
Très délectable ce report :-)

grinder92
membre enregistré
18/11/2016 à 10:34:43
Excellent report ! Perso, simple auditeur, j'adore connaître un peu des sentiments des zicos, parce qu'on a toujours tendance à penser que faire de la scène c'est super cool et assez simple (tu viens, tu branches, tu joues), mais on oublie tous les à côtés vachement moins fun et parfois très galères (ou très drôles... ou les deux...)

arnaudvsk
membre enregistré
18/11/2016 à 20:32:44
Merci à vous, les gars, c'est encourageant :)

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