H.A.Q.Q.

Liturgy

12/11/2019

Autoproduction

Deux questions, comme à chaque fois :

« Pourquoi faire ? »

« Ça veut vraiment dire quelque chose ou ils font juste n’importe quoi pour épater la galerie ? »

Et la sempiternelle même non-réponse. Je n’en sais rien. Parce que l’expérimental, l’Avant-garde ne s’expliquent autrement que par le désir de leurs utilisateurs de briser les codes, et de proposer un développement différent, parfois conceptuel et captivant, parfois intrigant et incompréhensible, et souvent, il faut bien l’admettre, un simple exutoire à leur folie créative qui ne parvient pas à se formaliser autrement que dans un magma sonore/physique/pictural qu’eux seuls sont à même d’interpréter. On ne va pas se le cacher, si John Lennon affirmait qu’avant-garde était le terme français pour désigner « la merde », c’est que quelque part, tout ça relève régulièrement du foutage de gueule. Entre l’artiste qui s’assoit dans une galerie à poil sans rien dire, et Duchamps qui plaçait malicieusement des urinoirs dans les musées pour désacraliser l’espace et lui offrir une tribune quotidienne, il y a un énorme pas que certains ne franchiront jamais. Mais nous n’avons pas tous la même sensibilité, et j’ai vu des choses dans ma vie qui m’ont fait me questionner sur la santé mentale d’artistes un peu trop barges à mon goût, et écouté d’autres choses qui m’ont fait renoncer à une quelconque interprétation, qui de toute façon n’aurait pas découlé sur un postulat fiable. Alors, oui, la musique expérimentale, depuis Pierre Schaeffer et sa définition du concret popularisée enquête par le disciple Pierre Henry, a toujours été le refuge de ceux fuyant la normalité et le rationnel, mais aussi l’abri des fous qui pensent qu’en associant trois sons disparates sur fond de longues plages de silence ils atteignent un achèvement. Et si nous ne sommes pas ici pour disserter sur la portée de THROBBING GRISTLE, PSYCHIC TV, Yoko ONO ou MERZBOW, nous reconnaîtront tous que la forme musicale extrême la plus culottée reste définitivement le Black Metal. C’est en effet le sous-genre le plus à même de se laisser aller aux essais les moins abordables, de par son parti-pris initial jusque boutiste et son refus des conventions. Mais dès lors, une autre question se pose. Lorsque le Black Metal devient trop expérimental, et utilise des cordes, des biais électroniques, des textures synthétiques, des codes classiques, et des enchaînements illogiques, est-il encore du Black Metal ?

Je n’ai pas de réponse à donner encore une fois, et je n’irai certainement pas questionner les LITURGY à ce sujet.

LITURGY, depuis sa création en 2005, n’a cessé d’aller de l’avant, de briser les tabous, d’oser des choses dont les autres artistes ne rêveraient même pas. Les originaires de Brooklyn s’étaient introduits au monde avec un premier EP, Immortal Life, prenant de revers à peu près tout le monde, avant de se révéler avec Renihilation, leur premier longue durée qui exposait leurs théories fumeuses et leur direction ultime. Un simple coup d’œil aux notes globales accordées à leurs œuvres sur Metal Archives suffit à comprendre que le public, toujours un peu frileux, les adore moins qu’il ne les déteste. D’ailleurs, depuis ce fameux premier album, leur cote ne fait que décroître, leur dernier LP en date, The Ark Work atteignant péniblement trente-six pour cent d’avis favorables pour dix critiques. Cela suffit-il à expliquer les quatre ans d’absence uniquement comblés par un single cette même année 2019 ? Ou bien les musiciens souhaitaient-ils prendre du recul pour nous offrir un album plus facile d’approche afin de retrouver les faveurs d’une audience un peu moins portée sur la facilité que sur l’audace instrumentale ? Aucune idée non plus, tout au plus peut-on affirmer que Hunter Hunt-Hendrix, guitariste et chanteur, seul membre d’origine et leader de l’entité a passé son année 2018 à composer, à triturer des sons, à les agencer, à maltraiter des rythmiques pour obtenir le résultat désiré. Ce résultat s’incarne aujourd’hui sous la forme d’un quatrième LP, ce H.A.Q.Q. aux initiales mystérieuses, signifiant en développement « Haelegen above Quality and Quantity », soit en termes plus ou moins prosaïques, « la vision marxiste et psycho-analytique de Dieu de Hunter Hunt-Hendrix ». Tout ceci est fort bien détaillé sur une pochette plus que schématique, avec cadres explicatifs, pensée ordonnée, et graphisme puriste, qui à n’en point douter, rebutera encore plus ceux qui pensent que le Black Metal se doit de rester pur, evil, ennemi du Christianisme et vilain comme une grimace de mardi-gras. Manque de bol pour eux, ils en seront encore pour leurs frais.

Concrètement, qu’est-ce que la musique de LITURGY sur H.A.Q.Q. ? La même à peu de choses près que celle qu’on trouvait sur Aesthethica, avec évidemment de nouvelles idées de fond pour une forme à peu près similaire. Une alternance de morceaux incroyablement bruyants, hurlés d’une voix atone, soutenus par une rythmique à l’abatage conséquent, mais à la régularité mise à mal par des effets électroniques, et d’autres, plus apaisés, plus déconstruits encore, avec l’utilisation de cordes, de harpe, de piano, de codes et d’orchestres de Gagaku (musique de cour du Japon), de percussions aigues, et évidemment de pas mal de manipulation numérique. Ces deux approches se recoupent parfois, mais même celle plus brutale ne convaincra pas totalement les fans d’une musique violente est viscérale, qui ne se reconnaîtront pas dans cet amalgame de sons à faire passer les DEATHSPELL OMEGA et DODECAHEDRON pour des puristes de la cause norvégienne des années 90. En témoignent des segments comme « Haqq » et « Hajj », qui s’ingénient à faire cohabiter une musique orientale presque douce et une optique extrême américaine, sans vraiment chercher à faire se réconcilier les deux. Les différentes opinions évoluent donc en parallèle, sans vraiment se fondre, et le résultat est comme d’habitude, très déroutant. Mais déroutant ne veut pas dire stérile pour autant. Car la musique du quatuor (outre Hunter Hunt-Hendrix, on retrouve Bernard Gann à la guitare, Tia Vincent-Clark à la basse et Leo Didkovsky à la batterie) pourrait se vulgariser d’une fausse équation toute simple, admettant comme partie des variables les MYRKUR, DEATHSPELL OMEGA, BADBADNOTGOOD, mais aussi Anna von Hausswolff, des ensembles de musique traditionnelle japonaise, ATARI TEENAGE RIOT, quelques groupes de Breakcore, et des références plus classiques comme Boulez, Zappa, et Mike Patton….Une sacrée auberge internationale, pour un groupe qui finalement échappe à toute étiquette, y compris la sienne.

Des interludes ludiques et mélodiques, de subtils mélanges d’ultra brutalité et de quiétude inquiétante, pas mal de stridences, pour une musique aussi pure que souillée (« Pasaqalia »), osant le Noise (« …. »), et claquant la porte sur les évidences. Mais allez-y, posez la fameuse question qui vous brûle les lèvres.

« Pourquoi faire ? »

Je n’en sais rien.           

                      

Titres de l’album :

  • Hajj
  • Exaco i
  • Virginity
  • Pasaqalia
  • Exaco ii
  • God of love
  • Exaco iii
  • Haqq
  • . . . .

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par mortne2001 le 17/02/2020 à 16:51
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