La signature d’un label en dit généralement long sur la musique qui vous attend au détour des sillons. Ainsi, le nom de High Roller Records ne prête généralement pas à confusion, la structure allemande n’ayant jamais caché sa passion pour le Metal bouillant des eighties, signant à tour de bras des combos aussi nostalgiques qu’eux, et aptes à recréer une ambiance qui décidément, s’incarne plus autour d’hier que d’aujourd’hui. Si le Heavy Metal des années 80 fut l’apanage d’ensembles aujourd’hui oubliés, célébrés, moqués ou vénérés, il reste la chasse gardée d’une jeune génération qui n’a pas oublié, et qui n’a de cesse de nous replonger dans les affres de notre jeunesse à grands coups de riffs massifs et de rythmiques plombées. Inutile de rouvrir le débat sur la pertinence d’une telle démarche, débat vain et stérile qui n’apporte rien, et apprécions plutôt les meilleurs offrandes rétro pour ce qu’elles sont, à savoir de merveilleux voyages dans le temps qui nous permettent de comprendre que ce satané Heavy Metal que nous aimions tant est toujours aussi addictif et attachant. C’est de Norvège que nous viennent aujourd’hui ces preux chevaliers de l’armure cloutée, mais ces jeunes culottés sont tout sauf des anonymes en mal de reconnaissance, plutôt des musiciens confirmés, venant d’horizons moins nuancés, mais bien décidés à se faire plaisir. A l’origine du projet BLACK VIPER, un homme, Cato Stormoen, batteur de DEATHHAMMER qui en 2012 s’éloigna quelque peu de son monde extrême pour enregistrer une poignée d’instrumentaux plus emprunts de l’agressivité US de 85/86. Assez content du résultat, et désireux d’explorer plus en avant cette facette de lui-même, Cato réunit donc un line-up pour fixer sur bande une première démo, Storming with Vengeance, publiée en 2016. Assez guilleret d’être satisfait, ou l’inverse, l’homme solidifia les bases de son concept pour aller plus loin et oser des lendemains, qui s’incarnent en ce mois de septembre autour de l’unité d’un LP, ce Hellions Of Fire qui ne dissimule rien de sa fascination pour un passé lointain.

Quel passé ? Celui d’un Speed Metal qui n’eut qu’une durée de vie très limitée, et qui servit principalement de charnière entre Heavy et Thrash, avant que des groupes comme HELLOWEEN, SCANNER, AGENT STEEL ou HEATHEN ne lui donnent ses véritables lettres de noblesse. Mais si on trouve trace patente de ces groupes dans la musique de BLACK VIPER, il faut remonter plus en avant pour déceler ses fondements, en multipliant les allusions au SAVAGE GRACE le plus impitoyable, ou au VIPER de l’époque qui n’osait pas encore franchir la frontière séparant le Hard traditionnel de son pendant extrême en gestation. Speed ou Power d’ailleurs ? Les deux notions se mélangent sur les sept morceaux de ce premier effort qui ne ménage pas les siens pour nous convaincre de sa pertinence. Les quatre norvégiens (Salvador Armijo - chant, Arild M. Torp – guitares, Kato Marchant - basse et Cato Stormoen – batterie) ont pris de gros risques en s’exposant sur la durée, proposant des morceaux piétinant allègrement les six, sept ou dix minutes, ce qui n’est jamais facile compte tenu des limites d’un genre qui eut tôt fait de tourner en rond. Mais au vu du pedigree des instrumentistes en question, nous étions tout à fait en droit de ne pas nous en poser, ce qui tombe bien puisque les norvégiens ont déjoué tous les pièges de leur intelligence de composition, proposant une sorte de Crossover Speed/Heavy/Power progressif, dans une union sacrée et consacrée entre les ambitions de HEIR APPARENT et la réalité crue et concrète de SAVAGE GRACE.

Hellions Of Fire, avant d’être la somme de compositions, c’est avant tout un son, une attitude et une ambiance. Trois données qui nous ramènent des années en arrière, lorsque l’évolution entre la NWOBHM et la FWOAHM et les scènes Thrash et Death était encore palpable et permettait aux ensembles de tranquillement choisir leur camp entre mélodies et furie. Mais il est évident que les qualités de ce premier album ne se résument pas à des constatations de surface et des considérations futiles, mais démontrent un flair et un talent indéniable pour empiler les riffs sans risquer l’accumulation stérile ou la démonstration facile. Il n’est bien évidemment pas question ici d’un quelconque raffinement, mais d’une efficacité de tous les instants, histoire de prendre le fan nostalgique à la gorge et de le noyer dans les eaux mouvantes d’eighties pas encore prêtes à expirer. Profitant d’une expérience acquise à la force du poignet, les instrumentistes juxtaposent leur art séculaire de la rythmique d’enfer, rodée à l’exercice d’un extrême en forme de pain quotidien, et de leur amour pour cette musique certes rétrograde, mais jouissive à l’extrême pour nous inonder de tierces, de riffs d’acier, de transitions travaillées, et autres accès de rage contrôlée, pour signer l’un des meilleurs albums de Speed Metal de l’histoire, qui aurait sans conteste eu sa place au tableau d’honneur de l’époque. Il sera certes possible de trouver certaines entrées un peu longues, mais la somme conséquente d’idées dont font preuve les norvégiens est assez impressionnante, suffisamment pour tirer la bourre aux meilleurs références de l’époque dont ils se réclament. Sans renier l’héritage des MAIDEN et PRIEST, c’est la seconde division US et allemande qui obsède le quatuor, qui parvient sans peine à signer des classiques instantanés, à l’image de ce surpuissant « Suspiria », que les DESTRUCTION, SAVAGE GRACE et même DEATH ANGEL (l’intro sifflante rappelle méchamment celle de l’imputrescible « Thrashers ») auraient pu cosigner de leur plume effilée.

Ça tourne et ça virevolte, mais ça frappe fort, et au bon endroit. Pas de lassitude à craindre, puisque le groupe a su gérer les transitions, malgré une forte distance entre les trois morceaux présents sur la première démo et le nouveau répertoire. Avouant des ambitions plus élevées en 2018 qu’en 2012, le combo a confié vouloir petit à petit s’orienter vers des constructions plus élaborées et nuancées par la suite, mais avec Hellions Of Fire l’heure est encore à la franchise, ce que le morceau éponyme prouve de ses guitares aiguisées et de son éruption de Speed en lave coulée. Difficile en effet de ne pas être admiratif à l’écoute d’une odyssée de la trempe de « Quest for Power - The Fountain of Might », qui en plus de dix minutes nous offre un tour d’horizon de l’histoire du Heavy Metal US d’une pertinence incroyable, osant les riffs redondants, les soli incandescents, les breaks puissants et les lignes vocales de dément. On se croirait dans une centrifugeuse musicale de l’histoire du Heavy américain, nous baladant dans tous les recoins de l’agressivité et de la modulation, un peu comme si tous les héros de l’underground de l’époque se retrouvaient pour une bataille, croisant le fer vaille que vaille à grands coups de standards et des clichés en étendard. Et ça fonctionne, puisqu’on se prend au jeu, faisant virevolter nos cheveux dans une crise de headbanging aigue. Le final tonitruant « Nightmare Mausoleum (The Sleeper must Awaken) » referme les portes lourdement, comme le reste du répertoire les avaient ouvertes, et nous suggère un amour inconditionné pour SCANNER, VIKING, LIVING DEATH, dans une déferlante de virilité fanfaronne, sans que les excès de zèle ne paraissent surfaits ou trop prononcés. Ici, le jeu consiste à l’accepter, et à entamer une partie de revanche sur le destin, niant un âge avancé pour certains d’entre nous pour retourner dans le giron d’une adolescence passionnée. Et on s’y croirait presque, avoir quinze ans encore et s’émerveiller de la puissance dégagée par une musique qui allait devenir la compagne d’une vie. Merci les BLACK VIPER pour cette démonstration de talent in situ, et nous attendons donc de voir quelle direction vous allez prendre par la suite.   

 

Titres de l'album :

                        1. Intro/Hellions of Fire

                        2. Metal Blitzkrieg

                        3. Quest for Power/The Fountain of Might

                        4. Storming with Vengeance

                        5. Suspiria

                        6. Freedom’s Reign

                        7. Nightmare Mausoleum (The Sleeper must Awaken)

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par mortne2001 le 05/10/2018 à 15:16
80 %    212

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


La prude
@92.106.189.192
17/10/2018 à 17:42:33
Quelle excellente chronique! Merci

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mauvais


Merci de ta chronique .
Ici le batteur mentionné.
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Pas top, du revival classique.


Ca casse pas trois pattes à la dinde. Voix générique au possible, notamment.


Pour ma part, l'extrait disponible (Black Flame Candle) me rappelle les meilleurs moments de Toxic Holocaust. Je vais du coup m'y atteler plus sérieusement!


Pas mal du tout ce truc ! La chro résume parfaitement bien la chose !
"le Punk s’est toujours très bien marié au Black le plus primal " et ça je plussoie fois 100.


Très intéressante démarche que celle de Sun, d'autant plus par le producteur de The Dø !


Sorceress était vraiment inintéressant, ce que je n'avais jamais ressenti avec Opeth quand bien même je préfère la période Still life / Blackwater park / Deliverance. J'espère que celui-ci rattrapera la donne, faute de quoi je passerai mon chemin à l'avenir.