I Shall Forgive

The Erkonauts

10/11/2017

Indie Recordings

Le label norvégien Indie Recordings nous a depuis toujours habitués à écouter des groupes d’horizons divers, plaçant l’éclectisme au-dessus de tout autre principe, si ce n’est celui d’une exigence de qualité non négociable. On trouve dans leur écurie trois bonnes colonnes d’artistes, dont le répertoire couvre un grand écart conséquent reliant les 1349 à PIL & BUE, en passant par les GEHENNA, SHINING, AURA NOIR et autres THE OSIRIS CLUB, ce qui en dit long sur leur ouverture d’esprit et leur connaissance de l’underground. Mais cette fois encore, et malgré les nombreux avertissements déjà donnés, ils parviennent à nous surprendre d’une signature assez étonnante, qui les stabilise encore plus sur leur piédestal de liberté créative dont ils ne semblent pas prêts de choir. Que pouvions-nous attendre du second album d’une bande suisse relativement anonyme (du moins pour moi), qui se vit définir à ses origines comme une sorte de « MÖTORHEAD progressif », autrement dit, une relecture impossible d’un Rock à tendance Punk, surpuissante dans le phrasé mais pointilleuse dans le déroulé ? Beaucoup, mais aussi, potentiellement, une catastrophe impossible à promouvoir et tout autant à écouter. Mais la maison de disques nordique sachant très bien ce qu’elle fait lorsqu’elle paraphe un contrat, il était aussi possible de tomber sur un groupe incroyable à l’amplitude indéniable, et apte à nous déstabiliser de son énergie diabolique et de ses chansons ne l’étant pas moins…

Et c’est exactement ce qui m’est arrivé lors de l’écoute de cet imprévisible I Shall Forgive, qui de son originalité pardonne bien des péchés de linéarité. On le sait, la facilité est un travers auquel cèdent bon nombre d’artistes préférant le confort à la dangerosité, mais une fois n’est pas coutume, je me vois confronté à la difficulté de décrire une musique qui réfute tout principe de catégorisation, et qui se place en porte à faux de tout courant trop figé. J’avoue mes lacunes, admettant un oubli lors de la publication de I Did Something Bad, qui l’année dernière m’aurait sans doute aiguillé sur une voie mieux tracée, ne me laissant pas seul avec mes principes et ma prose coincée. Mais qu’avaient donc fait de si mal les ERKONAUTS pour d’abord confesser leurs bêtises avant d’oser évoquer un pardon potentiel ? Simple, n’en faire qu’à leur tête, et jouer un truc si ambivalent qu’il en devenait impossible d’en dessiner les contours les plus évidents. Si la violence fait évidemment partie de leur vocable musical, elle est traitée sous le prisme du Rock N’Roll le plus accrocheur, de la même façon qu’avait Lemmy d’inventer le Punk Metal sans avoir l’air d’y toucher. Pour autant, aucune trace patente du legs de la tête de moteur ici, si ce n’est sur le boogie monstrueux de « Chaos Never Fail To Appeal », que le HEAD aurait pu nous jeter en pleine face dans les 90’s. Ce morceau fait d’ailleurs partie des plus immédiats d’un LP qui joue les trompe-l’oreille, et qui n’a de cesse de nous entraîner dans des directions parallèles pour mieux nous paumer…

Composé en trois mois au sortir d’une tournée US, I Shall Forgive témoigne du temps passé à le peaufiner. Rien n’a été laissé au hasard, comme le déclare Ales Campanelli, bassiste/chanteur, et les riffs, parties rythmiques, lignes vocales et textes ont été revus et corrigés, parfois laissés de côté, pour parvenir à une certaine perfection dans la spontanéité, histoire de ne pas perdre la fraîcheur en route. Le vocaliste en a même fait un détour chez son médecin, crachant le sang (pour la légende ou réellement ?) à force de maltraiter son larynx, et se voyant prescrire…des antidépresseurs…Mais vous n’aurez nul besoin d’une telle médication pour apprécier ce deuxième jet, qui exulte d’une euphorie Punk tout en jouissant d’une exubérance Metal à outrance, unissant l’esprit frondeur du Rock le plus abrasif et instinctif, et l’épaisseur du Hard-Rock alternatif le plus corrosif. Alternatif, le mot et lâché, et correspond parfaitement à l’inspiration, bondissant de sonorités parfois légèrement Indus en accents Hardcore, pour mieux saisir la rage au vol avant qu’elle ne s’éloigne trop loin. Enregistré au Drop at Downtown Studio, I Shall Forgive célèbre les agapes de guitares écrasantes, de parties de batterie suffocantes, au groove pourtant tangible, et d’interventions vocales rauques mais ouvertement attirantes. L’osmose entre les musiciens est concrète (Ales Campanelli – basse/chant, Bakdosh Puiatti – guitare rythmique, Los Sebos – guitare lead et Kevin Choiral Maragoni – batterie), et on sent que les opportunités ont été saisies au bon moment pour parvenir à un degré de maturation d’agression parfait (« Seven Macaw », Proto-Stoner trash qui sent bon les mégots et la route avalée par plaisir). Morceaux courts, mais pas si directs que ça, et qui parfois, s’amusent beaucoup de petits thèmes qu’on tourne en dérision de brutalité sautillante à l’unisson (« Goblebl », comme si MORGLBL s’acoquinait avec Fast Eddie Clarke et Al Jourgensen pour donner naissance à un bambin rythmiquement surdoué, mais hystériquement speedé), et qui finalement, avouent leur allégeance à l’indécence, celle d’un Funk Metal épuré de toute prétention instrumentale, mais aggravé d’une nette volonté de tout défoncer (« The Groove Of The Story », quel plan de batterie…).

Profitant au passage d’un vrai flair pour torcher des plaques de riffs concentriques sur nappes vocales hypnotiques (« Cacoit », encore une fois, on écrase tout et on lâche quand même quelques mélodies pour calmer les membres meurtris), les ERKONAUTS savent aussi thésauriser leur créativité pour la rendre au centuple, dans une extension à la JANE’S ADDICTION, soudainement plus intéressé par les bizarreries du quotidien que par une partie de jambes en l’air le matin (« Tales Of A Thousand Lives », atmosphère, est-ce que j’ai une gueule d’atmosphère ? Oui et pas qu’un peu, et pendant huit minutes de crescendo qui relie le Sludge au Stoner en l’attachant aux barreaux progressifs d’un lit alternatif). Mais après telle performance, il faut une jouissance, celle bien éparpillée de « Sappy », qui balance la purée avec envie, et qui nous éclabousse de ses blasts et de ses harmonies. Hop, c’est réglé, mais votre compte seulement, parce qu’avec un truc pareil, le leur sera loin d’être dégarni. Non, ils n’ont pas choisi la facilité, bien au contraire. Mais le résultat à une allure d’enfer. D’ailleurs, c’est encore Ales qui résume le mieux l’entreprise, en affirmant à l’avance que notre constat sera une évidence.

« Je pense que vous constaterez que nous avons mis toute notre énergie dans cet album lorsque vous écouterez I Shall Forgive. C’est vraiment un point fort de notre carrière ».

Et l’homme dit vrai. Et du coup, ça devient aussi un point fort de notre vie.


Titres de l'album:

  1. Little Mary
  2. Seven Macaw
  3. Globlebl
  4. The Snick
  5. Chaos Never Fails To Appeal
  6. The Groove Of The Sorry
  7. Cacoit
  8. Tales Of A Thousand Lives
  9. Sappy (feat. Tom Mumagrinder)

Site officiel


par mortne2001 le 16/11/2017 à 17:34
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AH AH AH !!! !!! !!!coquerelle = Meilleur commentaire 2020 !!!

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Ouais

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