Il est assez rare de tomber sur un album atypique dont le premier morceau vous happe en quelques minutes. Avec cette sensation non de découvrir quelque chose de nouveau, mais plutôt d’écouter quelque chose de moins habituel que la moyenne, qui refuse la facilité de la mode old-school, alors même que ses racines sont fortement ancrées dans une terre 80’s. Et pour cause, puisque les polonais de FANTHRASH ont commencé leur carrière alors que METALLICA sortait Master of Puppets, que KREATOR accouchait du séminal Pleasure to Kill, et que SLAYER n’allait pas tarder à renverser le monde de l’extrême avec le chef d’œuvre Reign in Blood. Certes, ce petit groupe sorti de nulle part et fondé par des gamins à peine sorti de l’adolescence ne s’appelait pas encore ainsi, mais plus génériquement FANTOM, ses ambitions étaient plus modérées, mais en l’état, Grzegorz Obroślak (Greg), Mariusz Ostęp (Mary) et Wojtek Sekuła (Seki), dès leur première répétition cette année-là savaient très bien quelle direction emprunter. Celle d’un Thrash franc du collier, évidemment inspiré par les cadors américains et européens, qui finalement ne se concrétisa qu’autour d’une poignée de démos enregistrées entre 1987 et 1990 (quatre au total, dont une tape live). Après un premier break histoire de changer de nom, qui ne donnera rien de concret, puis un second entre 1993 et 2007, les polonais sont donc revenus beaucoup plus sûrs d’eux, et ont enfin trouvé l’occasion de graver un EP en 2010, Trauma Despotic, annonciateur d’une troisième partie de carrière beaucoup plus prolifique que les deux premières. En témoigne, un premier longue durée en 2011, Duality of Things, plutôt fraichement cueilli par la communauté mondiale, avant de revenir à un format court deux ans plus tard (Apocalypse Cyanide), et disparaître une fois de plus pendant six ans…Mais ces six années de silence auront été mises à profit, puisque le quintet nous propose aujourd’hui un LP qui tient méchamment la route, original juste ce qu’il faut, mais surtout étonnamment persuasif dans sa démarche et ses tonalités.

C’est donc par la voie royale et en total DIY que les cinq musiciens (Kuba Chmielewski - chant, Grzegorz Obroślak & Rafał Cywiński - guitares, Mariusz Ostęp - basse et Kamil Wróblewski - batterie) nous offrent ce Kill the Phoenix, impressionnant dans le fond, et totalement convaincant dans la forme. Se targuant de jouer un Death/Thrash à dimension progressive, les polonais placent la barre assez haut, et affichent l’ambition de leurs moyens, en nous sevrant de riffs gigantesques, de breaks bien amenés, de signatures rythmiques complexes et d’un agencement assez intelligent. Constellé d’intros et d’outros qui sont tout sauf des ornements, Kill the Phoenix nous ramène via sa structure au premier et inoubliable effort de CORONER, bien que les deux groupes aient autant de similitudes que de différences. Ils partagent certes ce goût de la sophistication dans la brutalité, mais là où les suisses nous enivraient de leur transposition RUSH de méthodes brutales, les polonais préfèrent l’optique plus bestiale, avec des thématiques Thrash traitées avec la violence d’un Death vraiment technique et roublard. Ainsi, « Glass Towers » expose tous les arguments en un peu plus de quatre minutes, et évoque les MESHUGGAH, GOJIRA, sans leur emprunter leurs tics les plus systématiques, mais en singeant leur intellectualisme de surface. Courte intro qui expose les envies rythmiques décalées, avant une bourrasque de front qui doit tout autant au Thrash des origines qu’au Néo Death des nineties, subtil mélange de la franchise allemande des DESTRUCTION et des affinités biaisées de GORGUTS (en moins inextricable s’entend). C’est efficace et surtout très travaillé, ouvragé dans les transitions, avec cette dualité vocale qui transcende des riffs classiques, mais incroyablement performants.

Et en abordant le cas de « Ice Dagger of Despair (Intro) », on comprend très vite que ces courts inserts ne sont pas là pour le décorum, mais qu’ils ont une véritable utilité mélodique. Trop souvent, les groupes utilisent cette astuce avec une vacuité désarmante, se contenant de boucher les trous, alors que les cuivres et autres instruments à vent ont ici une valeur harmonique riche, qui permettent de glisser vers les arpèges du morceau en lui-même. « Ice Dagger of Despair » est d’ailleurs une sorte d’archétype, dans le sens le plus valorisant du terme, mettant une fois de plus l’emphase sur la puissance et la complexité, qui se marient avec un brio déstabilisant. Rien n’est gratuit, pas plus les fioritures rythmiques que les cassures soudaines, et le groupe prend en assurance ce qu’il ne perd pas en impact, toujours à cheval entre rigueur Thrash et violence Death, sans vraiment choisir d’autre camp que le sien. En coupant ses compositions pile là où il faut, le quintet nous offre des tranches de vie, à l’instar de « Scapegoats », modulé, nuancé, mais toujours aussi cruel dans ses attaques vocales, et ses guitares qui savent s’étouffer lorsqu’il le faut. Il y a la dissonance des VOÏVOD, les prétentions artistiques de GOJIRA, mais surtout, des réminiscences d’un passé lointain actualisé pour ne pas s’embourber. Et entre deux adaptations de partitions remplies, les polonais nous assènent des coups derrière la tête, purement Thrash, et jouées d’une cadence appréciable. « M.A.D. », évoque ANTHRAX de son titre, mais suggère plus volontiers une union contre nature entre KREATOR et ATHEIST, tout en louchant vers les côtes suédoises et canadiennes des années 90. Grosse basse, production ample et précise, soli qui débordent du contexte pour se frotter au shredding et au Techno-Jazz humble, et une osmose parfaite entre les musiciens qui anticipent tous leurs caprices. En conférant à chaque morceau une aura particulière, le groupe évite le piège de la linéarité, privilégiant parfois les mid tempo lourds et concassés (« Black Hours »), pour mieux nous prendre à revers d’une nouvelle pirouette Free Jazz de quelques secondes (« Herald of the End (Intro) »).

Terriblement riche et épais, ce deuxième album gomme tous les défauts des efforts précédents, et atteint la plénitude par le biais le moins franc qui soit. Impossible de déceler la moindre erreur dans des compositions qui ont surement muri pendant des années, et « Herald of the End » ou « Instinct of Doom », de passer d’un Death/Thrash formel à une sorte de Death progressif et intelligemment psychédélique, avant l’attaque massive de « Kill the Phoenix », qui utilise des astuces bien connues de Devin Townsend pour s’imposer. Evolutif mais pas rébarbatif, gigantesque mais assez modeste dans le principe, Kill the Phoenix est le genre d’album qui ne paie pas de mine sur le papier, mais qui s’avère une mine d’informations au final. Une sorte de résurrection par le feu, pour un futur géant d’une scène qu’on a du mal à cerner, mais qui s’imposera sur la durée grâce à son talent propre. Le genre de surprise qu’on découvre avec plaisir, et qui en procure beaucoup.                 


Titres de l’album :

                            01. Glass Towers

                            02. Ice Dagger of Despair (Intro)

                            03. Ice Dagger of Despair

                            04. Scapegoats

                            05. M.A.D.

                            06. Black Hours

                            07. Herald of the End (Intro)

                            08. Herald of the End

                            09. Instinct of Doom

                            10. Sacred Blasphemy (Intro)

                            11. Sacred Blasphemy

                            12. Kill the Phoenix

                            13. Kill the Phoenix (Outro)

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par mortne2001 le 01/10/2019 à 17:57
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Très belle pochette.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

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AH AH AH !!!
Superbe vanne de quarantenaires effectivement...


Buck Dancer + 1.