Last Horizon

Eliminator

23/03/2018

Dissonance Productions

Fut un temps où le Heavy Metal britannique régnait sur l’ensemble du monde. Une époque très lointaine aujourd’hui, séparée de nous de presque quarante ans, mais qui a plus ou moins défini les orientations modernes d’un Hard-Rock qui avait jusqu’à lors du mal à faire le deuil de 70’s un peu trop libres. Loin de moi l’idée de vous encombrer d’une hagiographie de la NWOBHM, puisque vous en connaissez la légende tout aussi bien que moi. Mais force est de reconnaître qu’après deux ou trois années de suprématie sans partage, le Rock anglais a fini par marquer le pas, laissant sur le bord de la route ses héros d’hier (SAXON, TRESPASS, SAMSON, ANGEL WITCH et tant d’autres), pour laisser ses plus vaillants conquérants américaniser leur son histoire de rester sur le toit du monde (DEF LEPPARD, IRON MAIDEN, JUDAS PRIEST). Ainsi va l’évolution, et la demande de marché, mais inutile de tourner autour du pot. Sans ces groupes-là, le Heavy à l’américaine n’aurait sans doute jamais vu le jour sous sa forme connue, et lorsqu’un nouveau groupe décide de se replonger dans cette période bénie sans à priori, et surtout, sans opportunisme, il convient de l’honorer de de le mettre en avant, surtout lorsqu’il vient lui-même de la zone géographique concernée par cette nostalgie. Les ELIMINATOR n’ont donc rien à voir avec le Boogie synthétisé des ZZ TOP, mais partagent bien des points communs avec la scène anglaise de l’orée des eighties, qu’ils s’évertuent à faire renaître de sortie en sortie, jouant crânement sa carte sans crainte des comparaisons. Formé dans les années 2000, le quintette de Lancaster (Jamie Brandon - basse, Dave Steen - batterie, Jack MacMichael & Matthew Thomas - guitares, et le petit nouveau, Danny Foster - chant) aura donc dû patienter jusqu’en 2018 pour enfin nous offrir un LP complet, distribué en CD par le label national Dissonance productions. Enregistré au studio Skyhammer par Chris Fielding, et profitant d’une splendide pochette signée Simon Parr, Last Horizon nous offre donc un panorama exhaustif de sonorités d’un passé pas si éloigné que ça.

On pourrait croire qu’une fois encore, la nostalgia est passée par là, et il serait difficile de le nier, même si l’approche du quintette se veut résolument ancrée dans son temps. Ne représentant pas qu’un simple old-school act de plus, ELIMINATOR pourrait s’envisager comme la réincarnation du JUDAS PRIEST le plus ambivalent (celui de l’entre-deux décennies) et du MAIDEN le plus progressif, tout en s’autorisant quelques clins d’œil discrets à la vague sud-américaine des ANGRA, sans tomber dans l’emphatique ou le lyrique. Il n’est question ici que de Heavy Metal de tradition, celui qui réchauffe le cœur de ses riffs francs et de ses rythmiques simples, et qui nous avait convertis à la cause il y a plus de trente ans, faisant de nous ce que nous sommes aujourd’hui. S’il est certain que les plus âgés d’entre vous seront sans doute le public cible de ce premier LP, la jeune garde pourra être séduite aussi par les sonorités subtilement progressives du quintette, qui en Danny Foster aura trouvé son frontman idéal. Après avoir perdu leur ancien vocaliste, les anglais ont eu bien du mal à lui trouver un remplaçant, jusqu’à ce qu’un jeune fan du groupe propose ses services (ce qui rappelle une autre histoire de Ripper sans Jack d’ailleurs…), et séduise le quatuor restant de ses inflexions pleines de passion, qui justifient à elles seules l’oreille attentive que vous pourriez accorder à un album aussi sincère que luxuriant. Se proposant de synthétiser toutes les tendances d’un HM varié, les ELIMINATOR parviennent à se démarquer de leur cohérence diversifiée, et multiplient même les allusions au THIN LIZZY le plus dur, via cet évolutif « Echoes », qui ne se prive pas pour autant de citer Rob, K.K et Glenn dans le texte, tout en adoptant une rythmique échevelée à la Clive Burr/Steve Harris histoire de rester les deux pieds en eaux troublées. On sent que les gamins (plus tant que ça en fait) connaissent leurs classiques sur le bout des doigts, et qu’ils sont tout aussi capables d’innover que de respecter, ce qui confère à ce premier LP un délicieux parfum rétro qui n’en fait jamais trop. Et dès « 2019 », choisi pour être illustré d’une vidéo, le ton est donné, et le vent est chaud. Après une intro digne du meilleur MAIDEN, le quintette développe de beaux arguments d’époque, et nous convainc de sa démarche, s’écartant parfois du chemin pour suggérer des accointances US plus ou moins prononcées (LEATHERWOLF, FIFTH ANGEL).

Sans révolutionner le petit monde cloisonné du Heavy, les cinq anglais tracent leur chemin dans les dédales de leur mémoire, et multiplient les moments héroïques, qu’ils agrémentent de tierces, de riffs d’airain, et de soli malins, pour nous replonger dans un contexte loin d’être périmé (« The Last Horizon », avec encore une fois ce chant si flamboyant). Travaillant les mélodies pour les faire adopter les contours d’un Hard Rock truffé de petites trouvailles harmoniques, et utilisant toutes les armes à leur disposition (arpèges, breaks apaisés, soudaines reprises enflammées), les originaires de Lancaster se permettent de défier les suédois sur le terrain du vintage probant, leur damant même le pion lors de segments encore plus convaincants que la moyenne (« Procession Of Witches », titre Sabbathien au possible, mais ambiance MAIDEN de Piece Of Mind garantie). Tout est fait pour qu’on y croie, et lorsque l’ambiance change au point de se parer d’atours purement Hard-Rock, on trépigne de joie et sautille de foi à l’écoute d’un diabolique « Edge Of A Dream », ou d’un très SAXON « Pride and Ruin », qui s’agite d’un motif de guitare classique, mais méchamment accrocheur. Et en bon historien musical, le groupe ne refuse pas une bonne avancée évolutive, via le progressif final « Spoils Of An Empire », qui pendant presque huit minutes se pose en résumé idoine d’une époque d’explosion créative. Rythmique en procession, guitares à l’unisson, pour un baroud d’honneur qui donne le frisson, et qui ramène à la surface de la mémoire nos premiers émois décibelliques. On s’y croirait, mais si l’exercice est rondement mené, il ne se contente pas de recycler des plans clichés pour s’affilier à une mode, mais propose de véritables chansons à l’emphase bien dosée, ne sacrifiant jamais à l’efficacité. Direct, mais intelligent, percutant mais modulant, ce Last Horizon est une révérence le genou plié, mais pas une recherche d’adoubement forcé. Bien loin des tics les plus irritants de la vague scandinave, il se conforme aux us et coutumes passés de son propre pays pour prouver qu’ils sont toujours d’actualité. Une belle démonstration de force tout en finesse, et surtout, un disque magique qui se permet d’imiter, sans copier.                    

Fut un temps où le Heavy Metal britannique régnait sur l’ensemble du monde. Un temps que les moins de vingt ans n’ont pas pu connaître, mais qu’ils pourraient retrouver par procuration, pour l’avènement d’un nouveau règne qui ne tient pas forcément du fantasme.


Titres de l'album:

  1. 2019
  2. The Last Horizon
  3. Echoes
  4. Procession Of Witches
  5. Edge of A Dream
  6. Fall Of The Seer
  7. Pride And Ruin
  8. Spoils Of An Empire

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 09/04/2018 à 19:52
85 %    509

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

From This Day Forward

mortne2001 10/09/2020

...And Justice For All

mortne2001 08/09/2020

Slayer + Megadeth 2011

RBD 05/09/2020

Manifest Decimation

mortne2001 31/08/2020

Opeth 2006

RBD 29/08/2020

Widespread Bloodshed/Love Runs Red

mortne2001 24/08/2020

Concerts à 7 jours
Freedom Call + Primal Fear 23/09 : Machine, Paris (75)
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
metalrunner

C est clair du Incantation pur jus mais punaise que c est bon .J adore la pochette de kantor.

20/09/2020, 17:40

Buck Dancer

A l'époque, j'étais beaucoup plus focalisé sur la scène internationale que française ( préjugé etc...) mais, à sa sortie, j'avais acheté Abject Offerings (ainsi que le" Signs of the decline" de Massacra) (...)

20/09/2020, 17:26

metalrunner

Perso ca me chier de dire cela.Mais en même temps quand tu joues a temps plein dans exodus tu es forcement influencé..Sinon pour le meilleur morceaux c est l instrumentale une tuerie(pas de chant pleurnichard et sans hargne.)Apres j ai quand même hâte de leur voir en live.

20/09/2020, 14:21

Simony

Pareil que Jus de cadavre. Découvert la scène avec NO RETURN et AGRESSOR pour ma part, LOUDBLAST dans un deuxième temps mais dans le lot, ceux qui bottent encore sérieusement des culs c'est quand même MERCYLESS. Je crois qu'on ne se rend pas bien compte de l'importance de ces mecs dans la(...)

20/09/2020, 13:47

Jus de cadavre

J'ai découvert Mercyless vraiment sur le tard de mon coté, trop jeune pour avoir connu la grande époque du Thrash Death français je ne m'étais pas vraiment intéressé à tout ça (à part Loudblast et Massacra...). Puis j'ai vu le groupe sur scène au Muscadeath il y a quelques années et la j(...)

20/09/2020, 11:47

Mandon Claude

Le dernier album est une tuerie ,merci à nos PIONNIERS du death metal made in France

20/09/2020, 11:23

La Gule

Power trip quel souvenir !

20/09/2020, 11:16

La Gule

Vivement le prochain !

20/09/2020, 11:14

La Gule

Report au top ! Merci de me transmettre ta passion depuis toutes ces années...

20/09/2020, 11:12

Arioch91

@metalrunner : "Heathen est devenu un sous Exodus." Je n'aurais pas mieux dis.

20/09/2020, 07:22

Humungus

Ton anecdote Living Monstrosity me parle drôlement : Pendant des décennies, je suis passé totalement à côté de ce groupe. A la sortie de leur première galette, j'étais pour ma part à fond dans le brutal et donc à mille lieux d'apprécier la lourdeur émotionnelle de l'album. De(...)

20/09/2020, 05:00

Zirz

Pourtant écoute après ré écoute je le trouve très bon ce 1 er dukes of the orient le rock dans les magasines on s'en tape

19/09/2020, 21:14

Gargan

Après le nautique, le doom tellurique. En plus avec une pochette qui montre un arbre et le ciel en contre plongée. M'enfin, tant que la musique est bonne, comme dirait l'autre.

19/09/2020, 20:31

Living MOnstrosity

Visionnage obligatoire ! Pour la petite anecdote : je tannais un collègue de taf récemment pour qu'il écoute ENFIN ce disque. Il était fan de Pantera dans les 90's mais était complètement passé à côté de Down. Il y a quelques jours il m'a incendié, les yeux en trous d'(...)

19/09/2020, 15:28

Simony

La photo est signée d'un Allemand, Marco Großmann, jamais entendu parlé jusque là et l'artwork est de Stephan Hünniger, le bassiste du groupe.

19/09/2020, 14:15

Buck Dancer

Joli report qui respire la passion. Dès que j'ai une heure devant moi, je me dois de regarder ce concert, je n'ai vu que deux extraits pour le moment.

19/09/2020, 13:55

RBD

Beau report, plein d'amour mais rendu consistant par une connaissance profonde du groupe, son histoire et son milieu. Il faut que je me dégage un moment pour le voir, avec tous les dvds de live que j'ai en retard aussi...

19/09/2020, 13:15

arty

Quel porridge insipide,,,

19/09/2020, 12:48

steelvore666

@saad : entièrement d'accord. Autant Surgical Steel, en dépit de deux ou trois morceaux dispensables, était très bon, autant l'inspiration semble s'être diluée depuis. Au moins, voilà un cd qui nous évite de choisir parmi la pléthore de sorties plus qu'intéressantes. A voir sur un prochain(...)

19/09/2020, 09:57

metalrunner

Le chanteur fait perdre la puissance aux morceaux .C est pour moi le gros point faible de cet album.; Dommage que lee altus ne ce soit pas impliqué plus dans l écriture vu qu il l âme du groupe..Les solos par contre sont bons mais le manque d agressivité du chant gâche souvent les morceaux..He(...)

19/09/2020, 09:57