Lost Souls

Falling Red

16/03/2018

Cargo Records

On peut toujours donner des leçons aux anglais, conchier la pauvre Theresa pour ses mauvais choix politiques, stigmatiser le royaume pour avoir par le passé considéré être le centre du monde et nous avoir cherché des noises, mais s’il est un domaine où la couronne n’a de conseil à recevoir de personne, c’est bien en termes de musique. Nous n’allons pas ici récapituler toutes les grandes figures ayant émergé de Londres, Liverpool ou Manchester, ni égrener les courants que ces satanés anglais ont inventés et popularisés, mais autant dire en passant que dans le domaine du Hard Rock, du Heavy Metal et du Glam, ils n’ont pas grand-chose à apprendre de nous, ni de quiconque d’ailleurs. On pourrait à la rigueur acter du fait que leurs idoles les plus éternelles officiaient il y a quelques décennies (Bowie, Bolan, SLADE, SWEET, etc...), et qu’elles se revendiquaient alors plus du Rock qu’autre chose, et que les USA sont depuis passés par là avec leur vague Sleaze à décoiffer un David Lee Roth sortant de sa séance d’UV (POISON, PRETTY BOY FLOYD, bref, Hair-Metal, bla-bla…), mais comme ces maniaques de l’exactitude du tea-time l’ont déjà prouvé, ils ne sont pas du genre à perdre leur leadership au profit d’une nation bien plus jeune que la leur. Dont acte, et de nombreux, mais l’un des plus probants restant celui traité aujourd’hui via le troisième album des originaires de Cumbria, les ineffables et inégalables FALLING RED. Fondé en 2006, et pouvant se targuer de deux albums longue-durée ayant rencontré un certain succès critique et public, ce quatuor de défrisés (Rozey - chant/guitare, Mikey Lawless - basse, Shane Kirk - guitare et Dave Sanders - batterie) nous en revient donc conter fleurette aux nostalgiques d’un Glam estampillé 87/89, par l’entremise de ce troisième et crucial LP Lost Souls. Et après écoute de l’objet en question - dissimulé sous une pochette fort peu à propos évoquant plus volontiers les exactions Thrash ou Death les plus primaires - il y a fort à parier que quelques âmes abandonnées par leur coiffeur de quartier préféré s’y identifieront avec un bonheur non simulé.

Ce qui tombe à pic, puisque les anglais proposent tout sauf un fac-similé, et qu’ils détestent justement simuler. Nous les retrouvons donc après Shake The Faith (2009) et Empire Of The Damned (2013) plus affûtés que jamais, et toujours aussi prompts à mettre le monde du Rock à genoux via quelques hymnes teenage terriblement bien troussés, qui se veulent une fois de plus éventail de possibilités. Nous nageons donc en plein crossover pluriel, puisque les enfants terribles du Sleaze d’outre-Manche ont retroussé les leurs histoire de justifier de cinq années d’absence, et nous offrent un plan drague impressionnant de variété, sans tomber dans les plans usés de gimmicks éculés. Ils ne les évitent pas tous bien sûr, et en parlant des chœurs assez lénifiants mais efficaces du morceau d’intro « The Day I Lost My Soul », on s’y retrouve plus ou moins, pointant du doigt une efficacité immédiate privilégiée à une attitude perspicace. Mais une fois encore, et au jugé de la morgue affichée par ces minets ébouriffés, on ne peut que craquer pour une exubérance affichée et revendiquée, qui leur permet de valser entre Glam méchamment stylisé, Heavy salement compacté, Hard-Rock léché, et FM discret, le tout agencé façon party déchaînée pour samedi soir arrosé. Et évidemment, comme on pouvait s’y attendre, ça fonctionne à pleins tubes parce que ces quatre lascars sont musicalement très intelligents, et qu’ils savent quelles astuces employer pour ne pas passer pour des indigents. Et si le tout n’est pas frappé du sceau de l’originalité, il est virtuellement flanqué d’un sticker « inutile de résister », qui lui colle à la pochette comme une paire de leggings aux jambes de Sebastian Bach.

D’ailleurs, ce dernier saura reconnaître ses enfants les plus légitimes, puisqu’on retrouve sur ce Lost Souls des traces du SKIDROW époque Slave To The Grind, lorsque les riffs se durcissent et que la rythmique sort ses griffes (« War In The Sky », « Digital Disguise », qui auraient pu passer pour des bonus-tracks de cet album de légende sans que personne n’y trouve rien à redire), tout comme Nikki Sixx himself se contenterait bien d’un parrainage non officiel si le très SIXX A.M « Alive » venait à siffler à ses oreilles. De la pertinence donc, des clins d’œil au passé tout en restant d’actualité, pour une véritable démonstration de savoir-faire ancestral remis au goût d’un jour pas trop banal. Profitant de ces quelques années de retenue, le combo revient sous un teint assez cru, ne négligeant pas au passage quelques moments d’émotion plus en pointillés, histoire de nous chatouiller la corde sensible sans passer pour des veuves éplorées (« My Town My City », au parfum national des BLACKRAIN, mais aux références UGLY KID JOE/L.A GUNS assez prononcées). Il faut dire qu’en faisant le plein de treize morceaux pour une durée très raisonnable de quarante-trois minutes, les anglais ont bien ménagé leur petit effet, qui fonctionne au maximum pour nous tirer du pieu à une heure avancée (« Enemies », le genre de pétard qui explose Hard n’Sleaze pile à la bonne heure), ou nous bercer de tonalités nuancées pour oser le romantisme exacerbé (« Beautiful Lie »). De tout, et bien plus encore, pour un classique presque instantané, qui nous replonge dans des eighties regrettées, sans pour autant se prendre pour les GUNS (mais quand même un peu) ou FASTER PUSSYCAT. Il est même possible de sentir à travers tout ça des réminiscences des VELVET REVOLVER ou de STONE SOUR (mais très légèrement et plus en effluves dans ce dernier cas), ce qui montre que Rozey et sa bande ne se contentent pas de loucher vers la Californie d’il y a trente ans.

En parlant de lui, avouons qu’il est toujours aussi efficace dans son rôle de meneur de troupe/frontman, et qu’il se hisse au rang des meilleurs troubadours chantants, sans jamais forcer sa voix ni son talent. On pense à un mélange entre Whitfield Crane et Sebastian Bach, sans l’humour du premier ni le sex-appeal outrageux du second, mais avec une habileté indéniable pour entonner collégialement de purs hymnes adolescents (« Haunted »). Et on admire surtout un soufflé qui ne retombe jamais, et qui reste bien gonflé sur les tours même en sortant du four, puisqu’aucun morceau ne semble éteindre le flambeau, capitalisant sur un timing concentré pour ne pas éparpiller ses idées (« In My Head », aux chœurs tonitruants mais séduisants). Le groupe se permet d’ailleurs un joli majeur tendu en direction de ses haters, en concluant sur le burner pur fuck-off un peu branleur « A Song For The Haters », aux paroles sans détour (« I don’t care what you say, I don’t care what you do, I don’t care what you think, I don’t care, fuck you ! », c’est Axl « Get in the Ring » Rose qui doit être fier…), qui nous persuade de sa fidélité envers ses fans et ennemis les plus acharnés. Sacrés anglais, toujours aussi grande gueule, mais avec les arguments de leur esprit frondeur…Et c’est sans doute pour ça qu’on les aime. Tiens, même Theresa pourrait craquer et headbanguer sur une tranche de vie Glam bien coupée, c’est dire si ma dithyrambe (ou presque) est justifiée !


Titres de l'album:

  1. The Darkest Day (Intro)
  2. The Day I Lost My Soul
  3. Digital Disguise
  4. Alive
  5. My Town My City
  6. Dead
  7. Hell in My Eyes
  8. War in the Sky
  9. Enemies
  10. Beautiful Lie
  11. Haunted
  12. In My Head
  13. A Song for the Haters

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par mortne2001 le 05/04/2018 à 13:54
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