Nao Gosto!

Thrashera

31/03/2020

Helldprod Records

Le Brésil, une pochette exemplairement grossière, des titres de morceaux qui ne laissent pas plus planer de doute que ce nom de baptême très honnête, c’est donc un retour aux fondamentaux que les originaires de Rio de Janeiro de THRASHERA nous proposent, et pas le premier. Fondé en 2010 et très actif dans l’underground, ce collectif aux positions passéistes très affirmées nous a déjà exposé ses vues sur pas moins de deux longue-durée, mais surtout sur une myriade de supports, donc un paquet de splits en compagnie de plein de monde (GALOPE MORTAL, ZEBARGES, FLAGELADÖR, RUBBISH MOB, INFESTATOR, SPAVALDERY, SUFFOCATION OF SOUL, WARPATH, ANGRY, ORGIA NUCLEAR, DEATHCHARGE, ARMA, PRAGA, MADDÖG), mais aussi des démos, des live, et des compilations aux titres évocateurs et poétiques (Drunk'n'Roll - Only Loser Is Real, subtil hommage à DARKTHRONE). Inutile donc d’attendre la moindre preuve de finesse de la part de ces barbares qui ne conçoivent leur Metal que pur, provocateur, passéiste et non édulcoré. Mais avec un line-up aux pseudos sentant bon la provocation cheap (Chakal - chant, Madcrusher - guitare, Bode de Sade - guitare/chœurs, Anras Vardamir - basse/chœurs et Surtur Impurus - batterie), des textes pas foncièrement concernés par la philosophie ou les atermoiements littéraires, des graphismes à faire se pâmer tous les fans de série B violente du monde entier, des une sympathie affichée pour la bière, le sexe, le cuir et les clous, pas de confusion possible. Les THRASHERA sont de gros et gentils bourrins dont l’éphéméride est resté bloqué sur 1985, et les influences coincées entre leur propre pays et les Etats-Unis, un peu plus au nord. Du Thrash donc, qui n’est ni groovy, ni évolutif, encore moins progressif et surtout pas technique, à faire passer les plus rudimentaires des instrumentistes pour des jazzmen expérimentés, mais un plaisir immédiat, celui de retrouver les sensations éprouvées dans les eighties lorsque le Metal commençait à durcir le ton.

Que les fans de For All Drunks 'n' Bitches et Morte Webbanger, les deux premières « œuvres » du combo se rassurent, le quintet n’a rien changé à son approche. On retrouve sur Nao Gosto! tous les ingrédients qui avaient fait de ces premiers longs les pastiches incroyablement pertinents qu’ils étaient sont encore présents, renforcés, puisque la seule philosophie du groupe est de jouer gras, grave, vite, et sans arrière-pensée. Rendant ainsi hommage à leur scène nationale la plus brute et aux prémices du Thrash brésilien, les THRASHERA ne sont pas sans évoquer une sorte de melting-pot international des combos les plus bruts et sans artifices de leur époque. A l’écoute de ces huit titres, on pense irrémédiablement à un nom bien précis, celui des WHIPLASH, qui prônaient en leur temps les mêmes valeurs de franchise et de brutalité, mais impossible de ne pas associer cette référence à d’autres combos tout aussi primitifs, dont CARNIVORE, VULCANO et BULLDOZER, pour produire le cocktail servi ici bien épicé. Les chansons sont la plupart du temps basées sur une idée unique plus ou moins modulée, soutenue par un tempo inamovible, un chant régurgité dans la caverne d’à côté, le tout joliment emballé par des textes d’une profondeur incroyable. Alcool, sexe, violence, on pense à EXCITER, à TANKARD, et à tous ceux qui ont décidé un jour que le Metal se devait d’être festif et exutoire, sans se préoccuper du monde extérieur. Et après une intro scandée grandiloquente qu’AC Wild de BULLDOZER n’aurait pas reniée, c’est parti pour un trip nostalgique qui ne connaîtra que très peu de modulations et variations. D’ailleurs, il n’y en a presque aucune, mis à part quelques inserts plus ou moins mélodiques sur les premières secondes, et quelques breaks plus ou moins bien amenés.

D’ailleurs, les THRASHERA jouent franc jeu, et admettent leurs inclinaisons dès le départ. Entre ce titre (j’aime pas !) qui veut clairement dire que tout ce qui est moderne déclenche des crises d’urticaire, des morceaux qui avouent sans ambages leur passion du passé et l’impossibilité de s’en extraire artistiquement parlant (« Trapped in the 80’s (Hard version) »), d’autres qui cernent efficacement le terrain balisé (« Metal! »), le jeu est clair, la donne persistante, et le résultat aussi linéaire qu’un soundcheck de SEPULTURA en 1984. On pense évidemment à VENOM pour ce côté rustique et gentiment paillard, on se dit souvent que les soli ne sont pas forcément indispensables, on aimerait parfois que le quintet ose des choses un peu moins prévisibles, surtout après tant d’années, mais on reste admiratif face à cette passion sans bornes qui dévore les âmes et les instruments. Sans être des modèles de dextérité, les musiciens font le job, utilisant des recettes largement éprouvées, et si des albums comme The Day of Wrath et Power and Pain déclenchent chez vous un headbanging ininterrompu et des crises d’euphorie viscérales, alors il en sera de même avec Nao Gosto! qui pendant trente-cinq minutes en reproduit tous les tics, allant même jusqu’à copier ce son si sourd qui transforme la grosse caisse en baril de lessive. Produit honnêtement selon les standards en vogue dans l’underground Thrash, ce troisième album, aussi rudimentaire soit-il parvient quand même parfois à évoquer la rage diabolique des prémices d’EXODUS (« Metal! », le vrai hit de l’album, avec son refrain braillé à l’allemande avec l’accent brésilien), tout en proposant une reprise inconnue qui clôture l’album joyeusement, sans dévier d’un pouce de sa trajectoire (« Igreja »).  

Il est tout à fait possible de trouver le chant poussif et geignard, de regretter que les riffs ne soient pas plus solides et touffus, mais l’un dans l’autre, cette démonstration de classicisme n’est pas sans charme, ne serait-ce que pour son évocation d’un lointain passé qui a forgé nos goûts et personnalités. Tout ça mérite une bière bien fraiche et bien secouée!                

                                                     

Titres de l’album :

                         01. Intro Víbora Resistente / Não Gosto!

                         02. Maré 669

                         03. Rei dos Excessos

                         04. Sangue ao Metal

                         05. Trapped in the 80’s (Hard version)

                         06. Metal!

                         07. Correntes Não Prendem Serpentes

                         08. Igreja (TITÃS cover)

Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 23/02/2021 à 19:34
72 %    58

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Killing For Culture - Tome 2

mortne2001 23/02/2021

Livres

Voyage au centre de la scène : MASSACRA

Jus de cadavre 21/02/2021

Vidéos

Killing For Culture - Tome 1

mortne2001 15/02/2021

Livres

Moonspell 2007

RBD 04/02/2021

Live Report

Olivier Verron _ Interview Conviction

Simony 27/01/2021

Interview

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Humungus

D'accord avec Buck Dancer sur ce titre.Le précédent extrait était bien plus savoureux.A voir la totalité de l'oeuvre donc...Par contre, le clip est chiadé.

26/02/2021, 08:38

Buck Dancer

De savoir que Rutan fait désormais partie du groupe éveil ma curiosité pour l'album, mais le morceau s'écoute et s'oublie une fois terminé. Certainement un résumé de ce que sera l'album a mes oreilles. 

25/02/2021, 15:58

Moshimosher

Intéressant, intéressant...

25/02/2021, 13:59

Arioch91

Le clip est juste insoutenable. Tellement que je trouve la zique de CC en décalage avec les images. Trop propre pour ce qui est montré. Mais je dois reconnaître qu'avec cette vidéo sur du trafic d'organes immonde, Canniboul fait fort, très fort. Pas pr&(...)

25/02/2021, 11:30

Arioch91

La voix est juste horripilante   Next !

25/02/2021, 08:56

Arioch91

Ca dépote ! Mais ça, je le dis souvent, j'écoute l'album et souvent, je finis par dire : next !Donc je vais pas m'emballer et écouter l'album plus en détails avant de me prononcer.

25/02/2021, 08:52

Humungus

Ah là oui !C'est effectivement très cliché dans le genre (ce qui reste quasi obligatoire d'ailleurs dans le style), mais effectivement, c'est largement au dessus de la moyenne pour ce qui est de la "clarté" de l'ensemble.Tr&e(...)

25/02/2021, 08:14

Humungus

Mouuuais...Au vu de vos avis dithyrambiques, je me suis donc penché sur ce bazar que je ne connaissais pas du tout :Je n'y ai absolument rien trouvé de ce que vous a fait frissonner les gars.Cela m'a fait penser à du Deathcore.J'avai(...)

25/02/2021, 08:10

Jefflonger

Très sympa à regarder cette vidéo, merci. De mon côté j'ai vu plusieurs fois le groupe en concert sans posséder les albums. L'erreur est réparée  et je les écoute maintenant régulièrement sauf sign of the d(...)

24/02/2021, 17:41

POMAH

C'est pas mal du tout. Cela manque un poil d'agressivité, mais y'a du bon la dedans.Cela me rappel Betray my secrets - Shamanic dreams. 

24/02/2021, 17:15

Gargan

Vraiment hâte d'écouter, en espérant un mix entre nostalgie et des riffs de qualité de l'époque plus récente.

24/02/2021, 13:02

RBD

En voilà qui ont mangé du Slayer quand ils étaient petits. On dirait du The Haunted.

24/02/2021, 12:10

Gargan

Vidéo sympa, bien que j'ai du mal avec le rythme et la lecture de notes. ça viendra.Scène découverte sur le tard, avec comme favoris le contamination rises de No return et le sublime dementia des Louds, symposium d'Agressor et signs of the decline vena(...)

23/02/2021, 18:42

Buck Dancer

Une petite mise en bouche avant la sortie d'un EP de nouvelles compos.... dans 4 ou 5 ans ? 

23/02/2021, 13:41

Arioch91

Massacra, un pote de bahut achetait des CD par palettes entières tous les mois.Il m'en passait quelques uns. J'en copiais certains sur K7 mais j'avais trop d'un coup. Aussi le premier Massacra fut vite passé aux oubliettes, comme malheureusement plein d&a(...)

23/02/2021, 09:17

Humungus

Je ne connais pas le groupe mais il est toujours triste que des fans de BLACK FLAG et de Suze se sépare...

23/02/2021, 09:10

Humungus

AAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHH !!! !!! !!!J'en rêvais !!! Ils l'ont fait !!!En souhaitant effectivement que la légende perdure putain !

23/02/2021, 08:58

POMAH

Si c,est aussi bon qu'Iron Man, achat direct.

23/02/2021, 08:50

Solo Necrozis

Hâte d'entendre ça... Iron Man, c'était quelque chose.

23/02/2021, 08:06

Bones

Exact, encore du Thrash vendu au mètre. Maîtrise, codes bien présents... mais la magie n'opère pas non plus chez moi.

23/02/2021, 07:47