La mode est cyclique. Oui, c’est tout con comme principe, un peu comme les adages du type « l’histoire se répète », mais c’est ainsi, et vérifiable. Tiens, parlons image par exemple. Entres les clins d’œil à Michael Mann de Drive, la série Stranger Things, les cassettes utilisées dans Thirt3en Reasons, Baby Driver de Wright, et les allusions à peine voilées dans certains clips de stars reconnues, on s’y perd en conjectures, et pour un peu, on se croirait revenu trente ans en arrière, en pleine crise de néons et couvert de pustules d’acné. Mais qui s’en plaindrait, surtout dans la caste fermée des quadras comme moi, qui ont grandi avec cette esthétique parfois déviante, souvent chatoyante, de temps à autres un peu limite, mais qui a su transformer notre adolescence en livre de découvertes qu’on feuilletait l’œil vif et la bouche ouverte.

Le Metal n’échappe bien évidemment pas à cette règle, vous en avez tous conscience. Si les 70’s furent longtemps privilégiées par les groupes scandinaves qui en reprenaient les codes au détail près, le Heavy et le Thrash, souvent ancrés dans les références de cette décennie bien passée s’en sont allègrement sevré, au point de tomber dans le mimétisme flagrant, voire parfois le plagiat confondant.

Alors, une question s’impose, et pas des moindres.

Qu’est-ce qu’on en a à foutre ? Cette décade était géniale à tous les points de vue, et c’est elle qui nous a fait découvrir les meilleurs groupes que l’on écoute toujours aussi religieusement aujourd’hui, alors fuck the fashion, non, mieux flush the fashion, et délectons-nous de ces sonorités délicieusement rétro, qui ont le mérite de n’extraire que le nectar le plus pur de dix années impures.

Les allemands n’ont jamais été les derniers à se repaître de ces sonorités qui leur manquaient tant, eux qui constituent certainement le bastion de fans les plus fidèles au monde. On ne dénombre plus les groupes has been sortis de la naphtaline, dont l’Allemagne fut le dernier asile au moment même où le reste des pensionnats du monde lui fermait leurs portes. Mais les fans d’hier sont devenus les musiciens d’aujourd’hui, comme ceux formant le line-up de VULTURE, qui avec The Guillotine viennent de signer l’un des plus beaux hommages à la vague Speed/Thrash d’il y a trente ans, tout en y apportant leur moustache personnelle. Certes, L. Steeler – chant, S. Genözider - guitare, batterie, M. Outlaw – guitare et A. Axetinctör – basse, ne font pas dans la dentelle, achètent leurs clous au kilo à la quincaillerie du coin, font passer les DESTRUCTION pour de gentils assembleurs de lego au chômage, mais question cadence d’abattage et intensité de découpe, ils ne craignent pas grand monde. On leur pardonnera donc une propension à l’exagération, mais tout ça est tellement assumé et pris au second degré qu’on ne peut que fondre discrètement, d’autant plus que leur musique n’est pas piqué des cartouchières, et qu’elle dame le pion à bien des albums dits « classiques », sortis à l’époque. Quelle époque ? Celle charnière, qui voyait le Speed méchant se transformer en Thrash excitant, années 85/86, lorsque la vague des DESTRUCTION, LIVING DEATH et autres EXCITER commençaient à durcir le ton pour effrayer tonton. Depuis, le pauvre vieux ne s’en est pas remis, et ça n’est pas The Guillotine qui lui permettra de remettre ses cervicales en place une fois que sa tête aura roulé sur le sol.

Car les VULTURE, après une démo fort remarquée (Victim To The Blade), ont largement eu le temps d’affûter leurs lames pour nous la trancher fine, et c’est forts d’une excellente (et justifiée) réputation qu’ils nous en reviennent aujourd’hui, avec huit titres dans la besace histoire de bien nous secouer les reins. Outre-Rhin justement, ils ont acquis une solide notoriété, que l’introductif « Vendetta » vient justifier de son énorme riff circulaire à la DESTRUCTION, et de sa rythmique à renvoyer Dan Beehler dans son champ d’oignons. Nervosité, technique, puissance, les mots sont dans l’impuissance de rendre justice à ce déferlement de violence débridée, qui ne semble admettre aucune limite d’intensité. Il faut dire que le chant possédé de L. Steeler confère à ce morceau une aura diabolique à la POSSESSED, sans toutefois que l’instrumental ne dégénère en Death Metal. Non, c’est définitivement du côté de la vague Speed/Thrash allemande qu’il faut loucher, avec en tête de gondole les éternels LIVING DEATH, qui avec Vengeance of Hell nous avertissaient de leurs néfastes et rapides intentions. Les mélodies sont mises en avant, sans dénaturer ces syncopes sauvages qui font des ravages, comme à l’âge d’or du style qui se serait certainement enorgueilli de pouvoir compter sur des recrues aux griffes si acérées.

Mais loin d’être un simple feu de paille version backfire, ce premier LP se réserve le droit d’appuyer sur la lourdeur pour verser dans un Heavy limite occulte à la MERCYFUL FATE, en l’agrémentant de breaks démoniaques et de lignes de chant de maniaque. « Clashing Iron », profite d’une production casher pour taquiner le fantôme rodant d’EXODUS, certainement chafouin de voir les recettes de son Bonded By Blood mises en pratique avec autant de soin.

Impossible de résister à cette démonstration de force qui relègue la concurrence à coup de crosse, et qui sympathise avec le souvenir des RAZOR pour feuilleter l’album photo de DEATHROW (« Triumph Of The Guillotine »). Le niveau technique des instrumentistes leur permet absolument tout, de tâter du Speed en folie (« Electric Ecstasy »), en le transcendant d’arrangements bien burnés, tout comme de sombrer dans les harmonies les plus trompeuses pour mieux nous faire choir de nos certitudes à grands coups de hurlements de sorcière vicieuse (« Adrian’s Cradle »). Si le kit de S. Genözider adopte les tics de profondeur de toms de Ventor, l’ombre de KREATOR reste assez loin dans le ciel, puisque le quatuor a privilégié la modération à l’abandon, en évitant à tout prix de verser dans le Thrash le plus bestial et décomplexé. Ici, la mesure est à celle de la qualité, et celle de The Guillotine est méchamment élevée, à tel point que notre révolution eut connu destin encore plus funeste si l’objet en question avait tourné avec un tel régime sous Danton. Ambiance Heavy Rock 80’s jusqu’au bout de la chemise (« (This Night Belongs) To The Dead »), pour symphonie en agression syncopée qui vous fait saccader comme un diamant sur un disque rayé (« Paraphiliac »). La leçon tourne vite à la démonstration, tant les points faibles sont indiscernables, du son aux compositions en passant par l’interprétation, qui se métamorphose en incarnation, tels des musiciens du passé extirpés d’un sommeil cryogénisé prolongé. En moins de quarante minutes, les VULTURE s’affirment comme les dignes successeurs de leurs aînés, et jouent crânement leur carte, au point de terminer leur entreprise de persuasion par un hit en béton (« Cry For Death », avec toujours ces arrangements rythmiques typiques).

Alors, oui, grâce à eux, on peut dire sans avoir l’air creux, que « les années 80, c’est vachement bien ». Et que le premier qui ose employer l’imparfait se prenne un vinyle de The Guillotine en plein visage tuméfié. Les eighties ne seront jamais terminées tant que des musiciens comme ceux de VULTURE ne l’auront pas décidé.

Un LP à copier sur cassette pour faire headbanguer ses potes à la récré !


Titres de l'album:

  1. Vendetta
  2. Clashing Iron
  3. riumph of the Guillotine
  4. Electric Ecstasy
  5. Adrian's Cradle
  6. (This Night Belongs) to the Dead
  7. Paraphiliac
  8. Cry for Death

Site officiel


par mortne2001 le 08/11/2017 à 17:08
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