Neuro Siege

Mental Cavity

06/12/2019

Oblivious Maximus Records

Ravi de retrouver un groupe qui m’avait filé une grosse beigne il y a deux ans. En 2017, je faisais face au premier EP d’un projet australien, et j’en retirais une satisfaction intense, persuadé d’avoir constaté l’évolution d’un ou plusieurs styles dans une direction encore plus méchante et venimeuse. Les MENTAL CAVITY et leur crossover de l’impossible m’avaient alors proposé quelque chose de différent, de plus dur, plus rapide, plus compact et versatile que la moyenne de leurs contemporains, et il ne fallut pas attendre bien longtemps pour valider les capacités découvertes alors. La même année, le quatuor avait lâché son premier LP, Aneurysm, qui semblait renfoncer les positions prises sur le format court précédent. Ça ne rigolait donc pas du côté de Canberra, et la scène Hardcore locale pouvait s’enorgueillir d’avoir trouvé l’un de ses représentants les plus virils, mais aussi les plus ouverts, puisque la musique des australiens n’était pas du genre facile à cerner. J’en disais moi-même dans la chronique de leur éponyme EP, si vous me permettez cette autocitation :

« MENTAL CAVITY, en substance, n’est pas facilement qualifiable. Hardcore évidemment, mais aussi Metal, forcément, un peu à cheval entre les deux en équilibre sur une selle sludgy, bien calée sur la colonne vertébrale d’un Crust qui permet à la course d’adopter une cadence heurtée et pas forcément régulière »

En relisant ces lignes, je constate tout d’abord ne pas avoir commis d’erreur au moment de qualifier leur musique, mais aussi que cette assertion est encore plus vraie en 2019 qu’elle ne l’était en 2017. Sans rien changer à leur formulation, les musiciens enfoncent le clou avec Neuro Siege, qui appuie bien fort là où ça fait toujours mal, et qui prend encore un plaisir sadique à sauter du coq Crust à l’âne Thrash, tout en reniflant l’arrière-train du goret Death/Hardcore. Une jolie partie fine donc, pour un groupe à l’épaisseur conséquente, et aux exactions multiples et plurielles. Si la base de la composition reste toujours aussi attachée aux fondements Hardcore, et ses nombreuses extensions, les déliés sont toujours aussi vivaces, tâtant du Sludge, du Doom, du Thrash, mais restant Punk dans le fond pour encore plus dévier la forme. Produit avec l’aide de Mike Deslandes (YLVA, PAGAN, TROPICAL FUCK STORM), Neuro Siege est un mélange de méthodes de torture, avec trépanation à la mèche rouillée, électrocution à la gégène les pieds dans une vieille bassine, et lacérations en tout genre avec un vieux couteau de chasse qui a dû égorger quelques pauvres bêtes. En substance, ce second LP est de cette catégorie d’œuvres qui mettent mal à l’aise, à l’image des premiers UNSANE, des albums de EYEHATEGOD, et autres psychopathes musicaux sans foi ni loi. Ici, une seule loi existe et est respectée, celle du plus fort, et à ce petit jeu, les australiens sortent toujours vainqueurs.

Nous avons donc droit à un peu de tout, de l’attaque franche et bien Speed, limite Crust’n’Thrash de « Infiltrators » qui ne perd pas une seconde pour nous plaquer au sol, jusqu’à la litanie Sludge épaisse comme un glaviot d’agonie de « Spoiled », en passant par des choses moins évidentes, plus alambiquées, qui s’amusent beaucoup à contredire la vitesse par la lourdeur (« Artificial Integration », ça pourrait être une forme de Death très primitive, du Thrashcore joué par des dégénérés, mais au final, on ne sait pas vraiment ce que c’est, sauf que SLIPKNOT aurait pu nous le coller en bonus-track de son premier LP). Du coup, les critiques sur le net s’en donnent à cœur joie, et font comme moi à l’époque, citant un peu tout le monde pour tenter de baliser le terrain. L’un des labels australiens n’hésite pas à caser AUTOPSY, TRAGEDY, MORBID ANGEL et CROWBAR, certains zines parlent de Black norvégien, de JUCIFER, KING PARROT, d’autres de SLAYER et IRON MONKEY, mais tous s’accordent sur un point : ce second longue-durée est une bête, un monstre né d’une imagination un peu trop fertile, qui ridiculise la concurrence quelle qu’elle soit à tous les niveaux. Et il est vrai que le quatuor est doué pour les emprunts et autres clins d’œil (Aaron Osborne - chant/guitare, Alex Young - chant/basse, Rohan Todd - guitare, et Simon Murphy - batterie), capable d’un titre à l’autre de passer d’un Hardcore chaotique et massif à un Death scandinave froid comme la mort, nous charclant d’accélérations énormes surlignées par des riffs circulaires made in Göteborg (« Corroded »), transformant le Crust et le D-Beat en armes de destruction massive sans passer pour des opportunistes un peu trop intéressés. Et c’est ça qui rend leur musique aussi fondamentale, cette honnêteté qui permet de comprendre que les mecs ne font pas semblant et ne s’en remettent pas à des influences trop faciles. Pas question de lire un manuel ici, ni de surfer sur la vague nostalgique, le but étant de proposer la musique la plus personnelle possible tout en assumant ses goûts déviants et multiples.

En synthétisant le propos, admettons que les MENTAL CAVITY prennent les symptômes les plus graves de chaque style musical, pour en modifier l’ADN et les rendre encore plus létaux. Véritables manipulateurs de cellules souche diverses, les australiens parviennent à rendre le Sludge plus Death, le Death plus Hardcore, le Thrash plus Punk, et le Punk plus Black, sans jamais tomber dans la parodie des crossover trop faciles et dans l’air du temps. Ils s’amusent même parfois à résumer toutes leurs théories (« Terra Immundus »), tout en conservant cette façon de faire sonner les guitares plus graves qu’une annonce de cancer en phase terminale. Leurs riffs sont épais, sombres, mais accrocheurs. Leurs rythmiques véloces, pachydermiques, mais percutantes, et la dualité de chant, loin d’un gimmick, renforce encore plus l’aspect bestial de l’entreprise. Il faudrait en définitive leur inventer un style à part entière, puisqu’il n’existe pas vraiment encore, mais faisons-fi des étiquettes. Affirmons simplement que Neuro Siege est l’album le plus monstrueux et indéfinissable que vous pourrez vous coller entre les oreilles cet hiver. Pas sûr qu’il rende la saison plus supportable, mais il pourra au moins en concrétiser le froid, les nuits interminables, et la dépression qui s’en accompagne.     

                  

Titres de l’album :

                           01. Infiltrators

                           02. Neuro Siege

                           03. Subjected to Irritants

                           04. Searing Wire

                           05. Writhe

                           06. Spoiled

                           07. Artificial Integration

                           08. Dismantled

                           09. Corroded

                           10. Eradicate Replace

                           11. Terra Immundus

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par mortne2001 le 18/04/2020 à 14:21
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Buck Dancer

Et moi je dois être de bonne humeur, parce que je le trouve plutôt bon ce morceau. Sans surprise et dans la continuité, logique, de Magma, mais bien foutu.

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