Je commençais sérieusement à me demander s’il était encore possible d’écouter un véritable album de Black Metal. Après tout, entre les dérives Post, les velléités expérimentales, les dilutions bruitistes et les accommodations mélodiques, il devenait problématique de se replonger dans les racines les plus pures du genre, celles qui prônaient la brutalité outrancière et la franchise de ton. Mais lorsqu’on groupe opte pour un patronyme aussi ambivalent qu’AGATHOS (bon, l’homme bon, l’homme de bien, selon le contexte latin), on peut s’attendre à tout, et surtout au meilleur. Formé à Valence en 2017, ce quatuor nouveau (Siles: guitare/chant, Bëor: guitare, Ed Hellsaw: basse et Voor: batterie) a donc opté pour un formalisme de fond parfaitement en adéquation avec les attentes de fans n’en pouvant plus de voir leur genre plié, muté pour adopter les contours d’exigences modernes. Maniaques de l’évolution, passez donc votre chemin, puisque ce premier EP des espagnols n’offre que peu de tolérance à l’ouverture ambiante, et préfère se focaliser sur les sonorités de la deuxième vague de BM européen, titillant même la corde sensible des combos US les plus crus. Qu’attendre donc d’un classicisme revendiqué et d’une cruauté assumée ? Rien d’autre que ce qui vient d’être énoncé, et si les noms de MARDUK, de BEHEMOTH, de 1349 ou de DISSECTION peuvent être cités sans paraître usurpés ou hors contexte, les ibères possèdent aussi une identité propre que le son massif de leur première œuvre vient confirmer de sa superbe.

Les anciens membres de [IN MUTE], NOCTEM, PESTKRAFT ou AETHYR ont donc fait le bon choix en se fixant sur des rythmiques éprouvées, des riffs francs et/ou dissonants, et sur une brutalité exacerbée qui leur permet de catapulter leur BM formel vers les cimes les plus élevées du genre. Sans vraiment chercher à faire preuve d’imagination, mais en prenant la violence à bras le corps, les quatre musiciens signent donc un manifeste haineux de premier plan, et replacent le nihilisme au cœur des débats. Mais ce nihilisme n’entraîne pas une facilité d’inspiration, puisque le niveau instrumental des musiciens est largement assez élevé pour garantir un confort d’écoute maximal. Si la vélocité de la rythmique constitue l’un des points forts de cette réalisation, les motifs de guitare, sombres, englués et pourtant effilés permettent à des compositions ambitieuses de franchir un cap dans le professionnalisme, d’autant plus que les mélodies, loin d’être occultées, s’inscrivent en filigrane d’une brutalité permanente. Sans vraiment dévier d’une ligne de conduite bien tracée, les AGATHOS jouent le jeu de la modulation discrète, et truffent leurs morceaux d’idées et d’arrangements très intelligents, insufflant à leur travail une puissance hors du commun qui réconcilie le MAYHEM de légende et le DISSECTION de la même lignée (« Pale », qu’on aurait pu trouver en bonus-track du mythique Hellfire des 1349). Sans se brider, mais sans non plus développer au-delà de limites raisonnables, les cinq psaumes démoniaques de cette première réalisation taillent dans le gras, et expurgent le style de tous ses tics les plus modernes et irritants, tout en acceptant l’enrobage d’une production performante aux graves ronds et aux médiums tranchants.

Sans pouvoir vraiment revendiquer une étiquette progressive un peu trop redondante, le quatuor de Valence se permet quelques audaces bienvenues, en incluant des intros en arpèges classiques, pour mieux amplifier une entrée en matière aussi lourde qu’oppressante (« Revelations », à la dissonance et aux stridences sadiques et impudiques). S’il est évident que la cadence générale frise l’irrespect le plus total, le groupe ne se prive pas pour utiliser un mid-tempo vraiment imposant, aérant ses parties les plus apocalyptiques d’un air vicié savoureux. Le chant atypique de Siles permet de conférer une aura mystique à l’ensemble, de son grain grossier et de ses intonations scandées plus qu’hurlées, mais la complémentarité de deux guitaristes qui semblent anticiper les désirs de l’autre catapulte ce premier projet dans la galaxie des œuvres complexes et franches à la fois, dualité se faisant plutôt rare de nos jours. Il conviendra évidemment de saluer le boulot gigantesque abattu par Voor à la batterie, qui semble prendre beaucoup de plaisir à s’approprier les délires tentaculaires de Hellhammer, et qui frappe ses toms avec une aisance et une puissance qui une fois combinées, jouent le jeu de l’accroche et de la force. Et si certains riffs semblent parfois céder à la facilité du bis repetita en règle des fondements même du genre, on pardonnera aisément ces menues facilités qui ne plombent pas les morceaux de leurs emprunts. Illuminations catchy qui rapprochent parfois le groupe d’un Black N’Roll expurgé de ses aspects les plus putassiers (« Thanatos »), entrée en matière grandiose qui ouvre les portes d’une cathédrale sonore érigée en l’honneur de l’horreur (« Void »), pour une litanie de crudité sophistiquée, qui autorise même quelques fioritures de basse flirtant avec le Pagan.

C’est évidemment classique dans tous les sens du terme, mais tellement imposant qu’on se prend au jeu sans hésiter, et plus révélateur d’un respect des codes que d’une facilité de pratique. Et en tant que signal déclencheur d’une carrière naissante, Nihil Est est plutôt tout que rien, tout du moins partie d’un tout, et attire l’attention sur un groupe qui n’a pas inventé un style, mais qui contribue à lui redonner ses lettres de noblesses. Ab origine fidelis. Et il n’y a aucune honte à ça.                 

Titres de l’album:

                 1.Void           

                 2.Nihil

                 3.Pale 

                 4.Revelations 

                 5.Thanatos

Bandcamp officiel

Facebook officiel



par mortne2001 le 10/06/2018 à 14:35
80 %    193

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Nebula Orionis

Starthrone

Valiant Bastards

Harbingers of Chaos

Samarium

Right to Get Violent

Split/cross

Rise of Discontent

Executioner

Bone Collector

Northern Light Orchestra

Greatest Hits

Ploughshare

In Offal Salvation

Conjure

Releasing The Mighty Conjure

Death Chaos

Bring Them to Die

Atomic Death Squad

Brain Dead

Blackwater

Good As Evil

Scorcher

Systems of Time

Virginia Hill

Makin' Our Bones

Psython

The Last Days of the Good Times

Nacht Und Gnosis

Det Warder Sådt I Skröplighet Och Skal Upstå Ur Kraft

Helfro

Helfro

Ain

Stance I

Beaten To Death

Agronomicon

Wolfen

Rise of the Lycans

Obscura + Fallujah + Allegaeon + First Fragment

RBD / 16/02/2019
Death Mélodique

NECROS CHRISTOS + ASCENSION + VENENUM / Live-report / Rennes

Jus de cadavre / 11/02/2019
Death Old School

Brendan Perry

RBD / 06/02/2019
Country

Concerts à 7 jours

+ Uada + Tribulation

23/02 : Cinema, Alost ()

Photo Stream

Derniers coms

Moi qui pensais que ça s'appelait le "Glam" ce truc...


Quand est-ce que toutes ces minorités vont arrêter d'emmerder la majorité ?...


C'est exactement ça, Jus : on a le droit de ne pas être d'accord avec cette pratique, mais annuler un concert de metal n'empêchera rien. Heureux de voir que les lyonnais ont leur date maintenue, nous n'avons pas eu cette chance à Marseille.


Annuler ce concert n’arrêtera jamais cette pratique. Je ne défends pas ce massacre hein, mais voila, un concert de TYR en moins ne changerait rien à ça.
Et puis comme sous entendu au dessus je ne supporte pas la "censure", ce n'est jamais une solution valable. Ce n'est pas parce que tu (...)


@MorbidOM :
Les arguments se valent, le problème vient surtout en mon sens du fait de la contradiction formelle de tout ce qui est avancé (cf. ma vanne) et qu'en définitive, toute la dialectique employée ici pour justifier du maintien du concert est celle d'un omnivore pur et dur.
Et(...)


Je suis assez surpris que cette réponse puisse être considérée "intelligente, mesurée et qui prend du recul".

Pour moi c'est un mélange de déculpabilisation sur fond de moralisme bon marché (mais nous on est vegans) de relativisme adolescent (nos bœufs abattus "dans des conditi(...)


1) Malgré tout le désamour que je puisse avoir pour le nouveau diktat vegan, je confirme totalement ce que disent mes deux coreligionnaires du dessus.
2) Je ne savais pas que l'abréviation de ce bazar était "le Grind"...
Que dire de plus hé hé hé !
3) Et juste parce que je s(...)


réponse bien argumentée, +1 jus...


Une réponse intelligente, mesurée et qui prend du recul. Ça fait pas de mal par les temps qui courent...


Je ne peux que confirmer ce que tu nous contes là mon bon Simony :
- DISFUNERAL = AUTOPSY.
- Jamais vu le No Man's Land aussi échaudé.
- Moi aussi j'ai craint un peu pour notre sécurité quand ils ont voulu se la jouer RAMMSTEIN.

PS : Point de détail : DESTRUKT e(...)


Tant mieux alors !!!


Ouais franchement j'ai pris une bonne claque avec ce groupe !


Indian Nightmare c'est juste terrible. C'est exactement ce que j'ai en tête quand on me dit Metal Old-school. Ça sent Satan, la liche et la crasse. Excellent ce groupe.


Le Entombed classique ! Pas le AD !


Entombed ou Entombed AD ???


Super nom.
Super groupe.
Superbes albums.
Superbes covers.
Rien à redire quoi...


Intéressant à lire et bonne découverte de label


vivement les autres interviews! chouette idée!


"sorte de copie non-conforme du MARDUK le plus impitoyable et retors, celui de Rom 5 :12, soit la quintessence d’un Black qui souhaite s’extirper de sa condition de polichinelle horrifique"

Alors là, entièrement d'accord ! Rom est le chef d'oeuvre absolu des suédois. Et un des me(...)


kingdoms est pourtqnt excellent