J’ai beau jouer les gros bourrins à chroniquer du Thrash comme j’avale des noix de cajou, ou à aborder le cas de groupes dont le lien avec la musique est aussi ténu que celui nouant Elizabeth Tessier à Nostradamus, j’ai un cœur, et je vous remercie d’en prendre note. Je fais le malin, je sors les crocs, je manie la métaphore comme les magasins Noz le prix de gros, mais ma sensibilité la plus profonde m’oblige à reconnaitre des accointances sévères avec le Hard Rock le plus mélodique qui soit. Mais après tout, je n’ai pas grandi au son de DEF LEPPARD, BON JOVI, JOURNEY, WHITE LION ou HAREM SCAREM pour rien, et c’est sans aucun doute à cause d’eux que j’affectionne toujours autant les harmonies en 2019, me satisfaisant très bien émotionnellement parlant du second longue-durée d’un excellent groupe anglais. Il est de notoriété publique que les américains autrefois et aujourd’hui les suédois sont les maîtres du genre, mais n’oublions pas l’apport européen en matière de puissance modulée, en citant un exemple comme SHY par exemple, ou même les plus discrets AVIATOR. Et en parlant de DEF LEPPARD, BON JOVI, et même de EUROPE pourquoi pas (mais celui de « Superstitious », pas celui de « The Final Countdown »), gageons qu’ils ont dû représenter des influences de choix pour nos amis de NITRATE, qui malgré un nom peu séduisant, sont en passe de devenir des références eux aussi. Déjà auteurs d’un premier LP très remarqué et publié l’année dernière (Real World, sur MelodicRock Records), ces originaires de Nottingham nous proposent donc une seconde mouture de leur conception très rétro d’un Hard Rock connoté 80’s, s’inscrivant encore plus dans la mouvance old-school contemporaine. Mais après tout, quand c’est encore bon, peu importe la date de péremption non ?

Et si POISON nous suggérait de l’ouvrir grande et de dire « Aaaaah », les anglais nous proposent juste de bien écarter les lèvres, histoire d’affirmer leur montée en puissance et l’impact de leur musique sur la santé. Beaucoup plus Rock et dur que leur premier effort, Open Wide se veut le reflet d’un line-up considérablement chamboulé, puisque le leader et bassiste Nick Hogg a accueilli plusieurs petits nouveaux à ses côtés. Au poste de chanteur, on retrouve donc le suédois Philip Lindstrand (FIND ME, EAST TEMPLE AVENUE, STRONG), Rob Wylde (MIDNITE CITY, TIGERTAILZ, TEENAGE CASKET COMPANY) à la guitare rythmique, la co-écriture et la production, Marcus Thurston (VEGA) quant à lui se charge de la lead, alors que Pete Newdeck (MIDNITE CITY, EDEN’S CURSE, BLOOD RED SAINTS, NEWMAN) reste accroché à son siège de batteur, tout en garantissant un mixage en velours. Et avec une équipe rafraichie, le désormais quintet sonne encore plus convaincant qu’avant, sans avoir changé sa recette, mais en ayant travaillé ses refrains et durci ses tonalités. C’est donc à un Hard made in California auquel nous avons droit, mais joué avec une âpreté toute européenne, et les onze morceaux de ce second album sont autant de hits pour lequel le Billboard aurait craqué en des temps moins obsédés par le R’n’B et autres musiques électroniques cheap. Véritable défilé de tubes, Open Wide nous oblige en effet à ingérer cette leçon de Hard mélodique et agressif majeure, mais on la savoure avec plaisir, puisque les musiciens ont fait preuve d’un sens de la perfection poussé tout en gardant cette attitude sauvage typiquement anglaise. 

On la sent d’ailleurs très bien sur les titres les plus explosifs, et notamment sur « Heart Go Wild », qui carbure d’un up tempo boosté par un riff des plus musclés, et dont le refrain pourrait rendre vert de jalousie bien des groupes Glam habitués du Sunset de 87/88. Il y a la pêche, le son (mastering encore bichonné par Harry Hess de HAREM SCAREM, décidément un homme de goût), mais surtout les idées et le talent, qui le confinent parfois au mimétisme des géants d’antan (« Heartbreak Suicide », qui sonne comme un inédit de DEF LEPPARD époque Pyromania). Bien sûr, et inutile de mentir, la sensibilité est toujours au rendez-vous, mais l’équilibre trouvé entre la romance et la puissance est ici indiscutable et incontestable, ce qu’on comprend dès l’entame de « Only a Heartache Away », transcendé par le timbre un peu particulier du nouveau chanteur Philip Lindstrand. Très à l’aise dans tous les registres, de la ballade semi-acoustique sincère et lacrymale (« In The Night », un peu du KISS le plus accessible, pas mal de BON JOVI, et de faux airs de SLAUGHTER), à l’attaque nuancée, un peu synthé, mais furieusement concentrée (« Shot in the Dark »), en passant par le mid tempo efficace et hautement mémorisable (« Never Surrender », on est tout près de l’immaculée conception en termes d’AOR béton), ce nouveau gosier est une sacré affaire pour le groupe, lui permettant de passer d’une nuance à l’autre sans tomber dans la disparité. Et avec des guitares qui refusent de se faire museler malgré l’ambiance que l’on souhaite tamisée (« Night Time City »), des chœurs mis en valeur et une cohésion d’ensemble qui sent bon la passion, Open Wide tombe directement dans la case des réussites flagrantes, grillant même la politesse des plus grands princes scandinaves.

C’est à ce point brillant qu’on pourrait croire à un voyage dans le temps, et pourtant, malgré une recherche sonore qui louche vers le passé, le modernisme n’en est pas dédaigné. Inutile dès lors d’espérer un faux pas ou une absence momentanée, les anglais ayant pris soin de tout bétonner. Et lorsque les mélodies se répercutent d’un morceau à l’autre, c’est un solo qui vient détourner notre attention (« I Don’t Want to Live », plus BON JOVI et BRIGHTON ROCK qu’un vinyle de WHITE LION), même quand les cinq anglais nous refont un peu le coup du VIXEN de « Edge of a Broken Heart » ou du JOVI de « You Give Love a Bad Name » (« Bad Girls »). La quintessence d’un style qui ne supporte que l’excellence, et un deuxième LP que tous ceux dont le cœur de thrasheur a déjà été brisé (oui, nous avons tous souffert de l’abandon d’un grand amour, même avec des patches cousus sur un blouson) apprécieront à sa juste valeur. Il n’est pas interdit d’être bourru et d’admettre des faiblesses convenues, dès lors qu’on le fait avec sincérité.    

 

Titres de l’album :

                      1. You Want it, You Got It

                      2. Night Time City

                      3. Only a Heartache Away

                      4. Heart Go Wild

                      5. I Don’t Want to Live

                      6. Never Surrender

                      7. Heartbreak Suicide

                      8. In the Night

                      9. Bad Girls

                     10. Shot in the Dark

                     11. Waiting On You

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par mortne2001 le 25/11/2019 à 16:29
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