Ourania

Ann My Guard

13/01/2017

Rock'n'growl Records

« Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? »

« Je ne vois rien que le soleil qui poudroie et l’herbe qui verdoie »

Sur cette citation de Charles Perrault, on pourrait broder bien d’autres histoires que celle de Barbe-Bleue, ce mari un peu trop secret qui garde ses anciennes conquêtes bien au chaud dans une salle discrète. Métaphore sur l’adultère ? Secrets enfouis qu’on ne partage pas ?

Ou bien, attitude du chroniqueur qui s’adresse à son dossier d’albums en attente de traitement, et qui se demande si quelque chose de nouveau va finir par éclairer l’aube de son espoir…

Cette aube ce matin a choisi un coin de Hongrie, Békéscsaba, pour tenter d’y dénicher un combo un peu moins dans la norme que la moyenne. Et ma quête fut plus fructueuse que celle de la pauvre sœur Anne qui ne voyait jamais rien venir qu’un soleil pale et un gazon terne. Car dans ce dossier trônait en première place un album vraiment à part, qui a transformé une matinée pluvieuse et grise en voyage fantastique et lumineux qui grise.

Concrètement, l’histoire d’ANN MY GUARD est intimement liée à celle de sa femme de tête, la multi instrumentiste, compositrice et chanteuse Eszter Anna Baumann-Toth, qui depuis 2007 nous fait cheminer sur les routes de son univers fantasmagorique.

D’abord responsable d’une démo à la même époque, la musicienne surdouée et décidée a ensuite gravé deux EP, Cinderella’s Syndrome en 2010, et le fort bien nommé Doll Metal un an plus tard, avant de se frotter à l’exercice du LP trois ans après avec l’excellent et exotique Innocence Descent.

Honorés dans leur pays (présentation triomphante à X-Factor, multiples prix et décorations décernés), disposant d’un nombre conséquent de clips promotionnels très travaillés, les ANN MY GUARD (Eszter Anna Baumann-Toth – chant/basse, Krisztián Varga et Benjamin Bárkányi – guitares, Norbert Tobola – batterie) proposent donc en ce début d’année 2017 ce qui devrait représenter la confirmation de leur énorme potentiel et talent, avec ce second LP Ourania, qui tel un ouragan va passer sur vous, emporter votre amour, et balayer le passé de tout ce que vous avez pu écouter en termes de Metal moderne et mélodique. Et ne luttez pas, il va sans nul doute allumer le vice, déclenchant un incendie que rien ne pourra arrêter.

Veuillez pardonner cet emprunt à une célèbre princesse monégasque, mais je dois reconnaître que ces neuf chansons m’ont enthousiasmé au plus haut point, dans le créneau pourtant risqué d’un Metal moderne pluriforme, si apte à nous refourguer de fausses découvertes formatées et calibrées pour plaire à un public adolescent en manque de repères marketing appuyés.

Ici, l’image est certes travaillée, les gimmicks affutés, mais la musique est d’une telle richesse et d’une telle diversité qu’on ne peut qu’adhérer à son concept certes un peu « fantastique », mais qui se concrétise dans des chansons accrocheuses, qui picorent les graines de tous les styles possibles.

Il n’est donc pas rare de passer d’un Pop-Rock hautement mélodique et élastique à un Power Metal aux aspirations symphoniques sans que l’âne ne se retrouve sur le dos du coq, et malgré quelques faiblesses et automatismes encore un peu gênants, l’ensemble dégage une fraicheur et une puissance imparables, qui feront fondre de plaisir le plus brutal et exigeant d’entre vous.

D’abord, parce que le groupe Hongrois à formidablement bien agencé son disque et n’a pas tenté de le blinder avec des expérimentations balbutiantes ou hasardeuses. Neuf pistes pour moins d’une demi-heure c’est très malin en soi, d’autant plus qu’Ourania contient deux instrumentaux de moins d’une minute et une intro, ce qui porte le total de chansons à six, dont aucune n’aurait mérité de rester enfermée dans le donjon de Barbe-Bleue.

Musicalement, situer le quatuor est affaire complexe. En mélangeant les optiques d’Avril LAVIGNE, DELAIN, THE HARDKISS, NIGHTWISH, et autres EVANESCENCE ou DIAMANTE, tout en gardant cette petite touche dite « de l’Est », les ANN MY GUARD ont joué la carte de l’éclectisme, sans tomber dans le piège du fourre-tout sans âme.

On se retrouve donc à écouter de solides morceaux Pop-Rock-Hard comme cet irrésistible « Asteria », qui bondit d’un up tempo caoutchouteux et d’un clavier lumineux sur fond de vocalises sucrées et hautement commerciales, à un exercice de style LACUNA COIL emphatique et mordant les plates-bandes du Néo Metal sur « Obsidian Tears », qui débute sur une ambiance lacrymale avant de se lâcher sur un Hard-Rock survitaminé, une fois de plus dominé par des arrangements vocaux aussi puissants que célestes. Bien vu, et vous constaterez vite que ces grands écarts sont l’ADN même de ce second effort qui décidément, propose des choses classiques arrangées à une sauce perso qui prend très vite.

Ça ne colle pas au palais, c’est frais et conséquent en même temps, comme une bulle de savon qu’on éclate au-dessus d’un arc-en-ciel musical augmentant de quelques tonalités le spectre des couleurs usuels.

Ces dits morceaux reposent sur une instrumentation solide, portée par des musiciens au talent indéniable, mais aussi par l’incarnation vocale d’une interprète qui habite ses personnages et développe une palette vocale impressionnante, sans se prendre pour la dernière diva en fourrure de synthèse. Alors, on déroule le tapis rouge pour accueillir les invités, d’abord d’un pas preste et Rock, avec ce « Callisto » au refrain entêtant et onirique, puis d’une allure plus « officielle », au son d’un « Breathe The Sun », qui rappelle autant les SCORPIONS que le HELLOWEEN médium d’Andi Deris.

On lâche une grosse bombe pour affirmer son allégeance au Metal le plus torride, et « Hekate » de rappeler certains arrangements du DREAM THEATER le plus théâtral, tout en conservant cette patte Pop-Rock dans la simplicité d’agencement, avant que « The Secret » ne révèle aux convives les tentures de velours sur fond d’orchestration luxuriante de cordes, pour un ballet vocal de rêve fonctionnant comme un instrumental à peine incrusté de quelques interventions chantées à la manière d’une prière païenne.

En parlant d’instrumentaux, « Io » et « Serpent » permettent en quelques secondes de faire rebondir l’intrigue, et sont loin de faire office de remplissage masquant un manque d’inspiration pour atteindre un timing respectable.  

  

 Finalement, Ourania se suit comme un conte musical narré et chanté par un groupe qui dégage un charme incroyable, sans pour autant se départir complètement d’influences assez frappantes. Le talent de ces musiciens et les compositions aussi charmantes que probantes font de ce second album un court voyage en terre inconnue, dans une dimension parallèle ou le Rock, le Metal, le Hard Rock, le Symphonique light et le Folk cohabitent naturellement, et gageons qu’avec de tels morceaux dans les oreilles, cette chère sœur Anne aurait plutôt vu l’herbe qui poudroie et le soleil qui verdoie.


Titres de l'album:

  1. Novae
  2. Asteria
  3. Callisto
  4. Io -Instrumental
  5. Breathe The Sun
  6. Obsidian Tears
  7. Serpent -Instrumental
  8. Hekate
  9. The Secret

Tumblr officiel


par mortne2001 le 26/01/2017 à 17:47
85 %    824

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


JTDP
membre enregistré
26/01/2017, 22:48:05
Ah ouais ! Le titre en écoute et la chronique donnent bien envie !

Ajouter un commentaire


Derniers articles

SWAMP TERROR : La bête des marais !

Simony 16/07/2021

Interview

Palavas Surfers

RBD 16/07/2021

Live Report

Monarch ! 2009 + 2015

RBD 06/07/2021

Live Report

Electric Wizard + Verdun 2011

RBD 04/06/2021

Live Report

Voyage au centre de la scène : ENDLESS DIATRIBE

Jus de cadavre 30/05/2021

Vidéos

Open Bar Vol2 : Antoine Perron

Baxter 20/04/2021

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Gargan

Le clip, it was a good idea at the time, comme y disent les englishes.

02/08/2021, 15:18

Simony

oui pardon, problème de dyslexie sur le clavier... c'est corrigé !

02/08/2021, 15:14

Fabior destructor

Il s'agit bien de Thyrfing   , espérons qu'il soit bon

02/08/2021, 14:24

Simony

Groupe hautement sous-estimé et un titre qui les replace sur de bons rails, j'attends l'album avec délectation maintenant... 

02/08/2021, 11:19

KKMetal

Merci pour vos retours !On en tiendra compte pour la suite !Juste pour clarifier : Le podcast tente d'être "fun" comme une discussion de comptoir dans un bar et en format assez court !Vous pouvez nous replayer sur

02/08/2021, 10:04

Buck Dancer

De mon côté, de Grave, je retiens surtout "Soulless" que je prends encore plaisir à écouter à l'occasion. 

01/08/2021, 22:13

Humungus

Ah y m'semblait bien !Etonnant, il n'apparait nulle part sur METAL ARCHIVES...

01/08/2021, 12:55

RBD

Oui, j'ai écouté un certain nombre d'épisodes de DLSDD, c'est sans doute celui qui me botte le mieux dans ce que j'ai essayé au long du confinement. L'approche plus austère dans la forme et limite intello sur le fond me va pa(...)

01/08/2021, 00:43

Kerry King

Sinon HS mais pour aller dans le sens d'un commentaire plus haut, je fais aussi parti des fans de X Factor, perso Sign of the Cross est l'un de mes titres favoris de la vierge de fer, et Man on the Edge un des titres qui me donne une pèche d'enfer. 

01/08/2021, 00:26

Kerry King

C'est Duff des Guns qui tient la basse. 

01/08/2021, 00:22

Buck Dancer

J'ai pas écouté tous les épisodes mais c'est vrai que "Dans le secret des dieux" est plutôt agréable à écouter.Pour l'instant le meilleur reste, pour moi, "Métal Bunker " qui était toujours(...)

01/08/2021, 00:14

Bones

J'écouterai ce podcast sur le chemin des vacances.RBD : as-tu suivi "Dans le secret des Dieux" (par Sylvain Bégot, membre de Monolith) ? Je trouve ce podcast vraiment bien troussé, intéressant, posé, les arguments sont creusés, il y (...)

31/07/2021, 23:33

Humungus

C'est qui à la basse là ?

31/07/2021, 22:01

Humungus

Hé hé hé...Je trouvais bizarre aussi que tu mettes autant de temps à commenter ta propre news mec...

31/07/2021, 21:54

Kerry King

Ce mec est juste un génie et restera un monstre du genre.

31/07/2021, 19:24

Joni

Pour ma part après un seventh son qui confirmait la tendance mou du genou amorcée sur le précédent, les merdiques no prayer et fear of m'ont achevé... Le reste je n'en parle même pas. 

31/07/2021, 19:10

poair

Calmez-vous les chialeuses made in "up the irons".

31/07/2021, 18:31

RBD

Mentionner des sorties de groupes importants pour donner un avis négatif ne me choque pas - même si pour ma part ce FF est une petite bonne surprise par contre. C'est plutôt qu'effectivement ça balance beaucoup sans trop argumenter, avec une musique de fond par(...)

31/07/2021, 18:17

metalrunner

Pas finauds les mecs .

31/07/2021, 17:18

Simony

Moi ce qui me choque le plus c'est dire adorer le grand Maiden des années 90, donc les années où ils ont été les moins bons artistiquement et en plus balancer "Run To The Hills" pour illustrer ces années 90. Mais bon.... à la limite (...)

31/07/2021, 13:29