Comment procéder lorsqu’on souhaite poursuivre sa carrière musicale sous de nouveaux auspices ? Continuer sous la même bannière au risque de se voir opposer une fin de non-recevoir par les fans ? Tenter l’expérience en solo ? Ou alors dissoudre son ancien groupe pour en former un nouveau, avec d’autres musiciens ? Les trois possibilités ne sont pas forcément viables, spécialement la première, et surtout lorsque votre identité est déjà très affirmée et appréciée des foules du monde entier. Mais certains préfèrent emprunter une autre voie, se recentrer sur eux-mêmes, et opter pour un baptême différent leur autorisant une déviation stylistique sans remettre en cause leur intégrité ni risquer de ternir une image immaculée. C’est plus ou moins ce qui est arrivé aux finlandais d’AMENDFOIL, qui après quelques albums autoproduits et une excellente réputation scénique ont tourné le dos à leur histoire pour en entamer une autre. Et sous l’impulsion de leur leader Lassi Mäki-Kala, ils se sont transformés en PALEHØRSE, pour explorer d’autres possibilités, et montrer un autre visage. C’est ce que ce premier LP supporté par les esthètes d’Indie Recordings démontre de ses dix compositions qui tout en gardant l’ADN des musiciens impliqués provoque une métamorphose patente, à la croisée des chemins, et en prônant la continuité dans la rupture. Difficile de décrire le virage artistique opéré par les finlandais, même en connaissant leurs travaux antérieurs sous le nom d’AMENDFOIL, puisque leur musique aujourd’hui louvoie entre Progressif humble aux capacités manifestes, Metal alternatif puissant, et Pop-Rock alambiqué extrêmement mélodique. Le mélange des trois pouvait aboutir à un cocktail parfaitement imbuvable et prétentieux, et pourtant, le goût de ces dix chansons est précieux en oreilles, velouté en tympans, et d’une richesse rare dans l’exécution. PALEHØRSE, l’album, est donc beaucoup plus qu’un simple caprice egocentrique, mais bien une mutation viable, et en écoutant les accroches de ces tubes en puissance, vous réaliserez vous aussi que la transformation était non seulement inévitable, mais aussi indispensable.  

Dès lors, certains mots vous inquièteront peut-être. L’Alternatif servant habituellement de terme générique fourre-tout destiné à incarner un asile à tous eux échappant à d’autres étiquettes, et le terme Pop n’étant pas fait pour rassurer les amateurs de décibels, il convient donc d’apporter quelques précisions. De l’Alternatif, les PALEHØRSE n’ont retenu que l’essence du terme, cette façon littérale de s’éloigner des circuits habituels en vogue selon les époques, pour proposer quelque chose de moins prévisible. De la Pop, ils n’ont gardé que cette habitude d’insérer des mélodies fortes dans un contexte classique. Et par extension, du Progressif, les trois finlandais (Lassi Mäki-Kala - chant/guitare, Samu Honko - batterie et Ville Siivonen - basse) n’ont conservé que ces capacités à traduire la technique dans un vocable plus populaire, sans renoncer à leurs aptitudes. Et c’est ainsi que de climat en climat, le trio est capable de passer d’un feeling Kim Wilde (époque reprise de « You Keep Me Hanging On ») transposé dans un langage SHINING (« Darken Waters »), à une digression RUSH reprise à son compte par les THE INTERSPHERE (« Catharsis ») , le tout en un seul interlude acoustique de quelques secondes (« Catalyst »). Beau travail de multiplicité des couleurs et tonalités, pour un travail qu’on sent autant dépendant de l’écriture automatique que d’un processus de peaufinage des détails. Boosté par un son énorme et moderne, Palehørse est une sorte de proto-alternatif ayant retenu les leçons du Metal joué par une génération qui n’en a pas connu les clichés, et qui ose le brader sur le marché du Néo-progressif Core sans en dévaluer le coût. Dansant autant qu’il n’est soufflant, puissant autant qu’il n’est nuancé, ce premier jet est d’une maîtrise incroyable et prouve que Lassi Mäki-Kala savait pertinemment ce qu’il faisait en abandonnant ses anciens oripeaux. On retrouve d’ailleurs le frontman dans quasiment tous les rôles, celui d’auteur-compositeur évidemment, mais aussi d’illustrateur, de producteur, l’homme ayant accepté de confier le mixage et le mastering à Stamos Koliousis. Et autant dire que cette omnipotence laisse admiratif, puisque tous les secteurs artistiques restent imperfectibles, et portent la patte d’un musicien totalement impliqué dans son art, au mépris des luttes de genres.

Pourtant, la formule choisie n’était pas la pilule la plus facile à faire passer, ce que l’entame « Dead Wrong » démontre de ses changements de ton et de cap à intervalles réguliers. Entre une rythmique élastique héritée des dancefloors nationaux (on sent la patte Dance de l’Europe du nord et cette capacité à faire bouger les gens sans les obliger à accepter des crétineries de studio lénifiantes), une guitare surproduite qui syncope comme un orateur insiste sur les syllabes importantes, et un chant hésitant entre harangue rauque et séduction de gorge, ce premier hit qui en annonce dix autres place la barre très haute, et redéfinit les canons de beauté de la musique dite « Alternative », en lui offrant un lifting Pop et un polissage technique (plus que Progressif d’ailleurs). Il n’est dès lors pas compliqué de s’imaginer en pleine fête finlandaise, organisée par des amoureux du fun qui ne crachent pas sur un brin de crédibilité musicale, et qui ont élaboré une playlist infernale entre DREAM THEATER, THE TEA PARTY, MUSE et THE RASMUS. Et « Pale Horse », malgré des moyens certainement plus modestes de se rapprocher des grandes superproductions américaines actuelles, osant les citations Garage dans un contexte de Pop-Rock assumé et avoué, tronçonnant des couplets en up tempo pour mieux nous flatter d’un refrain planant succédant à une augmentation de la distorsion. Orfèvres dans la catégorie des caméléons musicaux, les PALEHØRSE ne tergiversent jamais, et osent le choix culotté de guitares sombres et pesantes dans un contexte plus léger, réconciliant le public des premiers FOO FIGHTERS et les accros au Néo-Core des années 2000.

On assiste absolument hébété à cette démonstration, acceptant la versatilité comme seule échappatoire, et abandonnant toute logique de questionnement. Que le trio s’amuse à convertir un vieux boogie des années 70 en machine à broyer Metalcore progressif sur « The Passenger », ou qu’il pose un énorme mid-tempo Néo-Punk sur la table du DREAM THEATER d’Octavarium (« Odious »), chaque gestuelle et chaque mouvement sont convaincants, et les harmonies de s’incruster dans la tête, malgré la polyrythmie et les accès de rage technique (« Less Than a Ghost », je défie quiconque de proposer un morceau aussi catchy et précis sans avoir à piller les songbooks de SUNRISE AVENUE et RUSH). Et en moins de quarante minutes, sans paraître forcer ou s’essouffler, le trio signe donc une sorte de renaissance, sans avoir eu à affronter la mort. Une entrée en matière/suite des évènements qui promet une seconde partie de carrière aussi fascinante que la première, et l’émergence d’un nouveau talent que l’on connaissait déjà. Ce qui n’est pas le moindre des tours de force de la part d’un groupe dont on pensait tout savoir.  


Titres de l'album :

                          1. Dead Wrong

                          2. Pale Horse

                          3. The Passenger

                          4. Darken Waters

                          5. Catalyst

                          6. Catharsis

                          7. Odious

                          8. Less Than a Ghost

                          9. Omnivore

                          10. Quicksand

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par mortne2001 le 18/04/2019 à 16:35
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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