Une question en passant…Le Black et le Death sont-ils encore des styles dangereux ? Exhalent-ils des mêmes effluves putrides que celles émanant de Floride ou de Norvège, il y a vingt ou trente ans ? Ressent-on le même malaise et la même oppression que cette peur qui nous tétanisait en découvrant le travail d’artistes misanthropes, ou bien décidés à repousser les limites de la violence et de l’indécence musicale ? Et encore plus important, est-il encore envisageable de prétendre créer sans perdre de vue les racines qui permettent à l’arbre de la discorde de rester fermement ancré dans une terre de désolation ?

Beaucoup se posent ces interrogations, somme toute assez légitimes. Ces deux styles à la base, n’étaient pas destinés à devenir aussi consensuels, aussi perméables aux modes, et donc, aux adaptations, et à la dénaturation. Le Death, de son côté, a sombré dans le grotesque, en se voulant toujours plus technique, grossi, slamming brutal comme les nouveaux apôtres l’affirment, mais finalement, tourne en rond, se mord méchamment la queue et saigne dans l’indifférence sur le bord de la route. Le Black, plus roublard, s’est métamorphosé, a laissé tomber ses oripeaux de misère pour se draper d’un linceul Post, qui finalement, lui va plutôt bien, mais change drastiquement son apparence initiale. Les autres ? Ils recyclent, certains osent quand même explorer de nouvelles contrées, mais ce qu’on cherchait, au départ, en marge de tout autre concept, a plus ou moins disparu, si ce ne sont quelques tentatives dérisoires de resté cloîtré dans la petite chambre du château du nihilisme le plus crasse, en se gaussant de quelques démos mal captées et emballées dans un artwork de fortune…

Constat pas forcément optimiste, mais dont la lucidité est nécessaire pour trancher. Et certains se souviennent, des fans, des amateurs, qui sans lorgner vers les USA ou les pays scandinaves, ont aussi connu l’effervescence d’une scène qui a postériori, s’est révélée dans toute sa grandeur décadente. Une scène bien de chez nous, typiquement française, puisque selon la légende, nous ne faisons rien comme tout le monde. Ces personnes à la mémoire de longue haleine, on les retrouve derrière leur clavier, mais aussi à la signature de labels qui n’ont de cesse de traquer des morceaux de mémoire collective pour faire revivre des épopées que beaucoup ont aussi vécues. C’est le cas de Gérald Milani, qui en préambule de cette nouvelle sortie des Acteurs de l’Ombre, nous narre une tranche de son passé…Il évoque le Drakkar Fest d’Avignon, il y a vingt ans, et sa première rencontre avec les parisiens d’ARKHON INFAUSTUS…En ce temps-là, ils partageaient l’affiche avec CELESTIA, COUNT NOSFERATU, ANTAEUS, mais il retomba sur eux deux ans plus tard, et suivit AD HOMINEM par la même occasion…Cette scène, qui se voulait novatrice et tête de liste des groupes les plus osés de l’époque, est enterrée depuis longtemps, ou presque dans la plupart des cas, mais le CEO de l’exigeant label ne l’entendait pas de cette oreille, certainement elle aussi endommagée par des années de mauvais traitements…Alors, DevianT Von Blakk (chant, guitare et basse) a repris le chemin maudit, en compagnie d’un nouveau batteur (SkVm), pour offrir à l’un de ses admirateurs les plus acharnés une suite à cette histoire qui avait connu une fin en 2007, peu de temps après la sortie d’un ultime LP, Orthodoxyn. Il y a douze ans, ce quatrième et ultime album avait divisé. Beaucoup plus mélodique et musical, presque abordable d’un point de vue éthique, il avait mis un point final en pointillés à une quête qui avait commencé dix ans plus tôt, dans la capitale. Une quête d’absolu, pour permettre à la violence instrumentale et vocale de voir ses limites franchies, et foulées du pied de l’indécence misanthropique. Qu’allait-on redécouvrir avec ce nouvel EP, Passing The Nekromanteion, intervenant peut-être trop tard, même pour les plus acharnés ? Dans quel état d’esprit allions-nous retrouver ARKHON INFAUSTUS, entité réputée pour son refus des concessions ? La réponse est développée en quatre longs morceaux, qui laissent préfigurer d’une seconde entame de carrière, qui risque bien d’avoir la même importance et le même impact que la première…

Un nouvel EP, quatre titres, pour une demi-heure de démonstration magistrale d’animosité, aussi fermée psychologiquement qu’ouverte musicalement. Quatre chansons qui forment une symphonie de claustrophobie, de douleur, et qui piétinent les règles de courtoisie en dépassant allègrement les sept minutes, sans pour autant manquer d’idées ou de thématiques à développer. Il est évident qu’en douze ans, le groupe a changé, et pourtant, on retrouve sur Passing The Nekromanteion cette opacité qui nous avait glacé les sangs en découvrant In Sperma Infernum ou Hell Injection pour la première fois…Evidemment, artistiquement parlant, le défi relevé est bien plus grand que tout ce que le projet avait pu accomplir dans ses jeunes années, mais ils n’ont pas perdu de vue l’objectif initial qui consistait à laisser une emprunte durable dans l’underground, qu’ils n’ont jamais vraiment quitté, même lorsque leur travail est devenu plus ambitieux.

Mais on retrouve aussi justement ces envies de grandeur et d’ailleurs qui rendaient Orthodoxyn si différent du reste de leur production, et qui transformait ce dernier chapitre en épiphanie pour les plus tolérants. La violence n’a pas changé de camp, elle est toujours là, tapie dans l’ombre, ou en conflit larvé avec la tiédeur ambiante, tout comme cette pesanteur suffocante qui rattache le groupe depuis ses origines à une ambivalence délicate. Black, Death, un peu des deux, ou entre les deux ? Cette question-là n’a aucune importance, tant que le groupe sera capable de nous délivrer des entrées en matière aussi dantesques que « Amphessatamine Nexion », à la dissonance dérangeante, et aux riffs imposants. La lourdeur laisse même à penser que le Death/Doom à l’Indus s’est frayé un chemin jusqu’au cerveau malsain de DevianT, mais la double grosse caisse compressée à outrance, et les guitares aux stridences irritantes nous ramènent vite dans le giron d’un BM vraiment asphyxiant, irradié de couches vocales maléfiques superposées…

Production démente, énergie et présence, ce retour en fausse fanfare mais en réelle emphase fige le temps et le faciès effrayant de la créature qui n’est pas remontée des abysses avec le sourire…Et « Corrupted Epignosis » de nous éjecter dans les arcanes temporels à la recherche d’un passé/paradis perdu, sans Milton, mais avec la bible du Metal le plus sombre entre nos mains moites. Une fois encore, les guitares se complaisent dans une litanie morbide, faisant passer n’importe quel chantre d’un Death immédiat pour un clown pathétique, comme si le seul objectif à atteindre était de nous opprimer des sons les plus maladifs, avant de nous malmener d’une brutalité instinctive, et pourtant si réfléchie. Feedback, climats rigides, basse en claquement sombre, arrangements ne l’étant pas moins, rythmique pesante, pour un instrumental aussi résigné que dérangé…Tout est passé en revue, mais du côté obscur de la force, puisque l’ADN du combo est resté le même, profondément ancré dans son propre style qui a fait école…La majesté d’outre-tombe d’une entité que le monde croyait trépassée, aussi massive que leste, et qui serpente entre des blasts d’une rare violence et des poussées de colère intériorisée, qui finissent par trouver une catharsis dans un Death aux relents Doom vraiment nauséeux…De quoi se souvenir de cette scène qui, à l’orée des années 2000, nous avait laissé le cœur solitaire plein de promesses…Alors oui, le Black, le Death peuvent toujours se montrer dangereux, ou tout du moins, suffisamment méchants pour que la plèbe les craignent…Passing The Nekromanteion s’obstine à le prouver, ce qui doit rendre ses fans assez satisfaits de n’avoir jamais cessé d’y croire…


Titres de l'album:

  1. Amphessatamine Nexion
  2. Corrupted Epignosis
  3. The Precipice Where Souls Slither
  4. Yesh Li el Yadi

Facebook officiel


par mortne2001 le 16/10/2017 à 14:45
80 %    301

Commentaires (6) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
16/10/2017 à 18:05:31
Superbe chronique (je l'attendais celle ci !), je suis à 100% d'accord en plus... Les premiers paragraphes reflètent parfaitement ma pensée, sur le danger que doit encore représenter cette musique pour moi. Bref cet EP sera dans mon top 10 de fin d'année à n'en point douter. Arkhon est un groupe rare, un groupe encore "dangereux", un groupe qui ne laisse pas indifférent (heureusement il y'en à encore !), bref un groupe qui compte beaucoup. Quelle puissance, quelle bestialité...
Merci à toi Mortne et à Arkhon... Même si ces derniers n'attendent certainement pas de remerciement...

PS : la chro mérite une sélection....

Jus de cadavre
membre enregistré
16/10/2017 à 18:08:54
Par contre ça fait 10 ans pour Orthodoxyn et non 12 ;)

mortne2001
membre enregistré
16/10/2017 à 22:02:23
Tu pointilles mon cher Jus de Cadavre, si tu continues j'appelle la morgue qu'ils te remettent en bocal :)

Jus de cadavre
membre enregistré
17/10/2017 à 07:22:14
:D merde !

Daenos
@90.91.147.203
18/10/2017 à 00:39:40
Merci Mortne pour cette recontextualisation nécessaire et très juste, et bien évidemment pour ce bel hommage à l'un des plus grands groupe de la scène française.

James
@78.223.97.44
25/10/2017 à 18:42:59
Excellente chronique qui signe le retour d'un vrai grand groupe de l'extrême !

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c'est death thrash mais ya absolument rien de groove metal là dedans :)


Un fan est un fan... donc je trouve cela plutôt sympa... mais, bon, le fait de ne pas savoir beaucoup de choses sur ce politicien en particulier (tout ce que je sais viens de la news) aide quelque peu à trouver ça sympa, hé, hé...


Ou : les politiques deviendraient-ils respectables ? ;-)


bonne nouvelle, me suis limité à leur deuxieme album. très bon album et artwork fantastique, je vais creuser