Un travail de passionnés. Une exhumation que personne n’avait vraiment réclamée, et pourtant un résultat qui en valait largement la peine. Voici la seule façon d’expliquer la parution de cette gigantesque compilation qui va permettre à bon nombre d’entre vous de découvrir une curiosité purement finlandaise, loin des standards actuels, mais d’une importance historique assez conséquente. Certes, les groupes finlandais de Heavy Metal et assimilés sont depuis longtemps acceptés et honorés, mais fut un temps où la donne était différente. Et Svart Records, de par son éthique nous offre une tranche de passé assez enfouie dans les mémoires, mais qui méritait vraiment de remonter à la surface, en nous présentant cette compilation recensant tous les enregistrements de SANTA LUCIA, combo unique en son genre…Pas parce qu’il n’était (n’est) constitué que de femmes (les RUNAWAYS, GO GO’s, SLITS, ou FANNY étaient déjà passées avant), pas parce qu’il n’était constitué que de femmes jouant du Hard Rock (les RUNAWAYS encore, mais aussi GIRLSCHOOL, PHANTOM BLUE, VIXEN….), mais parce qu’il était constitué de jeunes pré-ados, jouant du Metal, chantant en finlandais, et qui a connu une trajectoire assez intéressante, inventant au passage un crossover totalement improbable… SANTA LUCIA c’est un petit peu la fierté nationale secrète, la perle dans l’huître que personne n’a vue, et surtout, un LP atypique et singulier au sens propre du terme, paru en 1990 alors même que les musiciennes s’agitaient déjà depuis six ans. Et si ce LP a connu des fortunes critique et publique diverses, s’il n’est paru que sur un obscur label national, il n’en est pas moins un collector qui a été réédité en 2011, agrémenté de fantaisies en bonus. Mais aujourd’hui, Svart Records vous propose bien plus, puisque le label s’est fendu d’une sublime édition de trois vinyles blindés de morceaux, pour une durée totale de plus de cent minutes, et développe en détail l’intégralité de la production des cinq finlandaises, de leur première démo à leur dernier EP. Certes, à trente-quatre euros, il faut vraiment être fan pour craquer, mais croyez-moi, une fois que vous aurez penché vos oreilles sur cette musique incroyable, vous ne regretterez pas l’investissement.

Fondé en 1984 du côté de Kemi par quelques jeunes filles de douze ans à peine, SANTA LUCIA n’était alors qu’une réponse nordique au Hard-Rock européen, encore un peu trop rattaché au Punk, mais déjà sûr de son fait et de son avenir flamboyant. Premier groupe du pays à jouer du Metal dans leur langue natale, les jeunes femmes furent aussi précoces en termes de signature de deal, puisqu’elles n’avaient que seize ans lorsque Poko Records leur tendit leur premier contrat. Mais il aura fallu attendre 1988 pour que les demoiselles publient leurs premiers méfaits, sous la forme d’une bordée de singles, les menant tranquillement à l’enregistrement de leur premier et unique LP, Arktista Hysteriaa. Et pour jouer la franchise, sans dévaluer la qualité du matériel restant, ce premier album et second LP du coffret est sans conteste le point de focalisation de cette sortie, puisque la musique qui y figure ne ressemble à rien de ce qui avait pu être fait avant, pendant ou après. En proposant un hybride de Power Metal et de Heavy très musclé, le quintet (Outi-Maria "Kultsi" Kultalahti  - basse, Virpi "Häte" Mattila            - batterie, Kati "Aide" Pyykkö - guitare, Mari-Anne "Sipe" Mäki - claviers et Eija "Mape" Morottaja - chant) s’est frayé une voie royale sur la route de la légende, proposant son propre cocktail au lieu de piquer la recette des voisins plus connus, pour au final mixer le Hard Rock du début des années 80, MOTORHEAD, TANK, le Post Punk de l’orée de la décennie 80, agrémentant le tout de synthés complètement incongrus aux arrangements délicatement spatiaux et à l’ambiance cosmogonique. Il faut encore l’écouter pour le croire, mais les musiciennes ne manquaient pas de culot, et malgré les presque trente ans écoulés depuis sa parution, Arktista Hysteriaa n’a pas pris une ride, à l’instar du Animal Man de ROGUE MALE, autre vinyle sorti de nulle part à l’époque. Une simple écoute du morceau « Kiristävä Silmä » suffit à piger que les SANTA LUCIA ne manquaient pas de morgue, en débutant sous des auspices aux amphétamines façon « Overkill », avant de ralentir le rythme pour se la jouer hymne Heavy épique, le tout en moins de trois minutes et trente secondes. Un véritable petit miracle, que « Sairaat Sielut » laissait présager de sa longue intro à la ASIA, avant de s’emballer et de préfigurer la vague de Power Metal nippone des années 2000.

Certes, les tympans les plus conventionnés secteur 1 de la mutuelle Metal auront certainement du mal à supporter ce chant si particulier, au phrasé et aux intonations proches des vocalises japonaises (incroyable ce que les deux langues se ressemblent une fois chantées). Certaines réactions sur le site à l’annonce de la sortie de ce triple vinyle m’ont prouvé que l’importance de l’objet en question pouvait être questionnée, et il est certain que ceux ayant débuté l’écoute par les morceaux présents sur la première démo du groupe n’auront pas eu tort de se gratter la tête voire de refuser en bloc l’assimilation. Cette première démo, réservée aux fans et aux curieux n’a absolument rien à voir avec ce que le groupe proposera par la suite, et reste d’un Hard Rock formel, à tendance subtilement Punk, préférant des riffs éprouvés à des astuces plus culottées, et ne présentant qu’un intérêt anecdotique. Le troisième LP du coffret, se concentrant sur les dernières sorties du groupe, et notamment du EP Neljä Tunnelia Tuonelaan paru en 1992 marque encore un léger changement dans l’orientation, avec une atténuation de la puissance et un mid tempo plus prononcé. On retrouve alors les cinq filles dans un registre plus formel, presque Pop par instants, mais avec toujours cette touche sombre héritée de la Cold Wave et du Post Punk (« Mato », qui aurait pu être un inédit de Siouxsie chanté par les SHONEN KNIFE), et il est fort dommage de réaliser que cette poignée de morceaux de 1992 fut la fin de l’aventure, avant la reformation en 2011, non-encore suivi d’un nouvel album. Chacun choisira donc sa période préférée, mais avec une jolie collection de photos, un packaging ouvragé, la possibilité de voir les têtes de jolies punkettes de la bande (la photo couleur sur la balançoire rouge vaut son pesant de pétards et de laque), le bonheur de découvrir des chansons à mi-chemin entre le Hard-Rock, le Heavy-Metal, la Fusion, le Rap et la Cold-Wave (« Kaunista », ou une Mike Patonnette reprend du KILLING JOKE en pensant aux BANGLES est assez cocasse en son genre), Perse Palaa - Complete Recorded Works est un bien bel objet qui finalement mérite largement son prix. Une occasion de découvrir une portion d’histoire sans avoir à utiliser sa pelle mentale ou sa pioche mémorielle, et un beau cadeau de la part de Svart Records qui permet aux SANTA LUCIA de revenir sur le devant d’une scène qu’elles n’ont jamais vraiment occupée.         

 

Titres de l’album :

Disque 1: Demot – Kaikki Aikaisemmin Julkaisemattomia

A1 Viimeinen Aamu

A2 Sankarit

A3 Serenadi

A4 Mullova

A5 Vihaan Sinua

B1 Hiljainen Mies

B2 Kaunista

B3 Sielunpilkkoja

B4 V.I.S.

Disque 2: Arktista Hysteriaa

A1 Sairaat Sielut

A2 Ruusutarha

A3 Ääni

A4 Haaremi

A5 Kiristävä Silmä

B1 Harhaa

B2 Perse Palaa

B3 Pumpzigapumpzi

B4 Olen Syytön

B5 Pelastus Avaruudesta

Disque 2: Singles et EP

A1. Sielunpilkkoja

A2. Viisas Mies

A3. Mato

A4. Kaunista

B1 Sankarit

B2 Viimeinen Aamu

B3 Pyhä Yö

 B4 Vihaan Sinua

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par mortne2001 le 28/08/2019 à 17:53
80 %    123

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"Pas très bon", ce qu'il ne faut pas lire comme âneries ici...