Le BM a tenté tout ce qu’il pouvait tenter, du moins, je le crois. Ou je le croyais. Il s’est calmé sur les rives du Blackgaze, se noyant dans des mélodies éthérées pour suggérer une paix post-mortem sans doute factice. Il s’est radicalisé en se perdant dans les invectives d’une nostalgie héritée du Néonazisme, pour donner naissance au NSBM, que la plupart des fans et musiciens conchient, à juste titre. Il a accepté la technique, lui qui la réfutait comme un signe envoyé par le nazaréen à ses origines, pour se transformer en machine instrumentale au rendement implacable. Il a, au contraire, bu l’eau de sa propre source en se complaisant dans des productions erratiques, se voulant plus « true » ou « evil » que les premières maquettes de BURZUM et MAYHEM. Il a digéré le Rock N’Roll pour faire danser des dogmes rigides, il a même avalé la symphonie pour assouvir ses envies de grandiloquence, jusqu’à ressembler à une cathédrale maudite aux croix renversées et au décorum débordant d’ors et de sang sur les voileries. Il a tout tenté pour s’extirper de sa condition en impasse, allant même jusqu’à provoquer les frontières du chaos le plus absolu, des répétitions les plus abrutissantes pour rester l’épouvantail tant craint planté dans le champ des possibles d’un extrême qui craignait encore plus les corbeaux du bon goût venu picorer ses plants. Alors, la question demeure. Le BM peut-il encore se montrer surprenant sans avoir recours à des subterfuges de dilution et d’adaptation, et en gardant ses traits et son Adn, depuis longtemps muté qui l’a métamorphosé en créature pluriforme que le grand public a fini par accepter, avec patience ou dédain ? Oui, nous en avons déjà parlé, le BM s’adapte, tel un virus qui lutte contre les thérapies, et a su garder ses traits de caractère fondamentaux, tout en tentant le coup de la réhabilitation artistique, ou du mépris nihiliste. Mais quand même, parfois, les choses vont loin, très loin. Et peut-être trop.

Mais finalement, pas tant que ça. Et si ce projet suisse semble vouloir creuser ses propres sillons dans une terre noire et aride, il finit par déterrer une sorte de champ de l’impossible, à la profondeur insondable, et à la cruauté presque palpable. DSKNT, avec cet EP PhSPHR Entropy, pousse les choses encore plus loin, non pour démontrer qu’il en est capable et que donc, par extension, le BM n’a pas encore atteint ses limites, mais simplement parce qu’il voit les choses ainsi, et que l’agression sonore revêt pour lui un caractère dogmatique qui a sans doute été perdu en route. Notez ceci. Je n’avais rien entendu de plus sauvage, de plus brutal, de moins complaisant depuis certains efforts de GNAW THEIR TONGUES (et encore, en faisant abstraction de la sale habitude de Mories de se perdre dans ses délires), ou sur des passages bien précis d’albums de DEATHSPELL OMEGA, lorsque la tension créative atteignait une acmé d’intensité, hors de tout contexte musical. Non que la musique des DSKNT ne soit que chaos et désorganisation, mais il faut reconnaître qu’une telle débauche de haine instrumentale et vocale n’a pas été chose courante ces dernières années. Et de penser que ceci n’est qu’un projet annexe (notamment d’Asknt/Sinnhir, membre d’AION, AB OCCULTO, NECROSEMEN, SHROOMS CIRCLE et SHADDAÏ), laisse songeur, tant son originalité dans la cruauté laisse envisager des possibilités incroyables dans le futur. Futur, qui à en croire les auteurs sera constitué de faces partagées avec d’autres entités, en sachant très bien que celles capables de tenir la route face à cette attaque massive ne seront pas légion.

Le label responsable de cette sortie en tape et vinyle, Sentient Ruin a une fois de plus senti le vent tourner, et propager les effluves d’une œuvre décalée, difficile à vendre en l’état, autrement qu’en vantant son caractère farouchement misanthropique et unique. La métonymie ultime d’un argument qui vise l’unicité comme préciosité, et qui ne cherche pas à se baser sur des faits tangibles, mais bien sur une réputation immaculée de noir. Et pourtant, la technique est justifiée par un contenu qui défie toutes les lois régissant la musique moderne, elle qui s’accroche encore à une originalité et/ou une pertinence qui n’ont pas lieu d’être. Car PhSPHR Entropy n’est finalement qu’abstraction. L’abstraction de l’expression logique au profit d’un ressenti, d’une lourdeur, d’une oppression, qui parfois, toise de ses exagérations les limites de la folie, lorsque « Kr. Vy. Portals » taquine le spectre d’un Doom si massif que même les plus dévoués des chantres de la pesanteur s’en sentent humiliés et lésés. C’est lourd, moite, glauque, et finalement, d’une violence à la concurrence inexistante, et incapable de reproduire ces chœurs morbides, cette lancinance gravissime, ces injonctions vocales semblant émaner d’une créature des enfers…Des riffs monolithiques, aux déviances rarissimes, qui restent bloquées sur une litanie de souffrance ultime, comme si cet EP avait été capté du fin fond d’une caverne abritant des créatures qui n’ont plus rien d’humain depuis longtemps, et non dans le confort d’un studio quelconque.

Pour se placer sur l’échiquier des sorties actuelles, le projet suisse a lancé en signe avant-coureur le peu rassurant « Resurgence Of Primordial Void Aperture », son morceau le plus court (si l’on fait abstraction de la transition « Kr. Vy. Rites »), qui de sa répétition d’une thématique unique nous écrase les oreilles de son chaos à peine organisé, et qui pourtant, suit une logique horrifique tout à fait remarquable. On pense à ces quelques indices laissés au passage, mentionnant les AOSOTH, ABIGOR, DEATHSPELL

OMEGA, ou ANTHAEUS, mais la personnalité unique des DSKNT ne supporte pas des comparaisons trop faciles destinées à appâter le chaland, ou lui permettre de se repérer dans un marché de dupes. Car c’est bien de ça dont il s’agit. A qui recommander un « produit », qui finalement, ne cherche à séduire personne ? Les fans de BM expérimental trouveront le rendu trop « basique », les puristes penseront que le son s’éloigne trop des émanations originelles, et que la production est bien trop étoffée pour coller aux préceptes de minimalisme, les plus aventureux penseront que ce foutoir chaotique n’a de musique que le nom, et les autres feront preuve d’une indifférence justifiée, sans doute ennuyés de voir apparaître une fois de plus la nouvelle « sensation du mois ». Pourtant, c’est bien de ça dont il s’agit, de « sensations ». Mais pas celles soi-disant représentées par un concept qu’on tient absolument à nous vendre, mais celles éprouvées durant son écoute, qui laisse admiratif d’effroi et tétanisé d’incertitudes. Cette chose difforme existe-t-elle vraiment ?

Oui, et c’est certainement cette proverbiale « troisième voie » dont la diplomatie vous a rebattu les oreilles. Mais une troisième voie qui loin de dégager une porte de sortie, a plutôt tendance à la souder au mur pour vous empêcher d’aller plus loin que ça. C’est un traumatisme en musique. Une céphalée carabinée qu’aucun traitement ne pourra soulager. C’est le symptôme anti-musical d’une époque de bruit, de fureur, de chaos, de violence et de mort qui se cherchait justement une symbolique adaptée. Un gimmick. Le voici. Et il transpose admirablement les travers de cette fuite en avant qui ne connaitra qu’une conclusion funeste. La chute de la civilisation faite sons et bruits.

DSKNT ?

Une autre idée de l’horreur musicale. Le reflet difforme de notre absence d’empathie dans le miroir de l’atrocité réaliste. Un freak-show comme un autre, mais pas comme les autres.


Titres de l'album:

  1. Exhaling Dust
  2. S.O.P.O.R
  3. Kr. Vy. Rites
  4. Kr. Vy. Portals
  5. Resurgence Of Primordial Void Aperture
  6. PhSPHR Entropy

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 28/11/2017 à 14:36
78 %    336

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
28/11/2017 à 18:42:49
Jolie chro, avec un intro très juste...

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Pagan Altar

Judgement of the Dead

Coventrate

Roots of all Evil

Ember

Ember & Dust

Towering

Obscuring Manifestation

Calamity

Kairos

Deathspell Omega

The Furnaces Of Palingenesia

Pectora

Untaken

Warchest

Sentenced Since Conception

Sangue

Culś

Wormwitch

Heaven That Dwells Within

Wings Of Decay

Crossroads

Ares Kingdom

By the Light of Their Destruction

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le Black album est du heavy commercial, je ne le considère pas comme une réussite indiscutable


pas grand chose de mélodique la dedans


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