Posons d’emblée quelques jalons. Parce qu’à force de n’entrevoir le Thrash que comme un exutoire aux problèmes de société, ou comme vecteur d’expression de frustrations juvéniles, on n’en avait presque oublié qu’il pouvait aussi se montrer catharsis fabuleux à la morosité artistique ambiante. Il faut dire qu’avec la vague vintage/old-school déferlant depuis quelques années, notre capacité de jugement s’en trouvait altérée. On pensait le genre figé, et incapable d’évoluer, si ce n’est en collant aux basques de son renouveau pénible des 90’s, ou prenant la forme assez grotesque d’un Crossover entre pas grand-chose et n’importe quoi. Mais de temps à autres, on réalise aussi quel incroyable creuset d’influences notables il peut être, lorsque quelques trublions presque sortis de nulle part viennent en bousculer les fondements, créativement évidemment, mais aussi maladroitement, ce qui rend leur démarche encore plus séduisante. Il n’est en effet pas facile de jouer avec les limites du genre sans le trahir ou le dénaturer, ce qui n’empêche nullement de tenter de lui apporter autre chose qu’une direction déjà trop bien tracée pour ne pas être anticipée. On sait les hispaniques assez joyeux et violents dans les faits, mais ils savent aussi se montrer un peu plus audacieux que la moyenne, ce que démontre avec une exubérance malhabile ce second album du projet HARMPIT, qui du jeu de mots de son baptême au titre de son album, en passant par sa pochette et ses thèmes, se range du côté jubilatoire où il va s’exprimer, et qui nous enchante de sa folie, tout en nous laissant un peu dubitatif face à son refus des cadres et conventions. Prenons-le pour dit, tout n’est pas parfait ici, encore moins carré, mais au moins ont-ils le mérite d’essayer, et j’avoue avoir headbangué en plus d’une occasion en écoutant leurs hymnes à la déraison. Mais d’où viennent-ils et que font-ils ? La réponse est sous la question, et je vous remercie de l’avoir posée.

HARMPIT, plus qu’un groupe et seulement un duo, est un genre de concept bizarroïde, prenant corps autour de ses deux fondateurs, Javier Fernández (THE HERETIC, NEXUS 6) et Christopher B. Wildman (NEXUS 6 aussi, et DEJADEATH). Pas forcément réputés pour aborder l’agressivité de manière consensuelle, les deux musiciens nous ont déjà narré leurs vues sur l’extrême via un initial Prepare for the Atoms, n’engendrant pas la mélancolie. Trois ans plus tard, ils nous en reviennent donc avec ce sidéral et sidérant Psychowarriors of Jupiter, qui se propose d’explorer la galaxie pour y rencontrer ses représentants les plus chtarbés. Si les deux zigues se réclament d’un certain formalisme Thrash, et citent les moutures originelles des XENTRIX, EXUMER, ANGEL DUST, DEATHROW, BLOOD FEAST, ASSASSIN, LAAZ ROCKIT, OVERKILL, KREATOR ou CRANIUM, il n’est pas obligatoire de les croire sur parole, puisque leur musique va bien plus loin que ça. Et il est même possible d’y voir des réminiscences de Devin TOWNSEND, de CARNIVAL IN COAL, de MINISTRY, LARD et autres excroissances pas si sages, puisque les délires proposés sous la forme de morceaux cavalent bon train, et rebondissent d’idées incongrues en plans crus. Est-il d’ailleurs encore possible de rattacher leur wagon à la locomotive Thrash tant leur optique extrême bouscule les conventions et repousse les frontières ? L’interrogation est légitime, et entre cette boîte à rythme qui usine en arrière-plan, ce chant schizophrénique qui refuse la franchise pour privilégier la roublardise, des ambiances cosmico-violentes qui nous prennent à rebours, la classification n’est pas aisée, et le déroulé assez éventé. Entre Techno-Metal (dans le sens synthétique, pas technique, n’abusons pas), Cyber-Thrash et Proto-Core, Psychowarriors of Jupiter se drape de poussière d’étoile tout en mystère, et refuse de rester cantonné à un simple rôle de revival nostalgique, ce qu’il n’est assurément pas.        

Mais qu’est-il finalement alors ? Le problème reste en suspens, et n’est pas prêt d’être résolu ceci dit en passant.

Dans un désir de raccourci intergalactique, il serait possible d’envisager la chose comme un croisement improbable et thrashisé des exactions de STRAPPING YOUNG LAD, MINISTRY, WHITE ZOMBIE et FEAR FACTORY (« Wasped For Luv 2nite »), mais comme chaque intervention, malgré une optique cohésive à sa propre raison d’être, l’allusion perd de sa pertinence au fil des secondes. Mais sachez quand même que la production très synthétique et bombastic, les parties de guitare coupées à la double croche près, les patterns rythmique obsédants et mouvants font de ce second album un ballet spatial auquel il est difficile de résister, mais qui peut donner le tournis comme enfermé dans un simulateur gravitationnel bombardant les G. C’est violemment brutal, presque opératique dans la forme, mais aussi très ludique, ce que des interventions comme « The Apocalypse Lords » confirme de sa puissance et de sa véhémence. On sent que de temps à autres, les idées ont été réparties à part égales, mais avec ce tempo en mousse qui vous fait rebondir comme Armstrong sur l’orbite lunaire, ce chant grave et rauque à la Rob, et ces soudaines cassures qui vous font perdre vos repères, le voyage est mouvementé, et ardu à décrypter. On sent que les mecs nous entrainent dans leur délire sans nous donner toutes les clefs, et si le sentiment est souvent agréable, on aurait parfois préféré un peu plus de concision, et un peu moins de désorientation. Mais globalement, et puisque je suis d’humeur chafouine mais joyeuse, j’admets que dans son ensemble, ce projet mérite un maximum d’attention, pour l’inventivité culottée dont il fait preuve, mais aussi pour son sens du pastiche qui fait souvent mouche (comment ne pas être indulgent envers un groupe de tarés qui ose un « D-beat From Planet Insektia », payant tout autant son hommage aux fusées des TOTALITAR qu’aux satellites des LAZZ ROCKIT, le tout en chantonnant comme le VENOM d’antan ?).

Et entre ces lyrics qui détonnent, ces parties rythmiques qui cartonnent, et cette ambiance générale entre ténèbres de trous noirs et dialogues de sourd dans une navette voguant au hasard (« Spacebone Barracuda »), on n’a pas franchement le temps de trop réfléchir, d’autant que les deux cosmonautes du dimanche nous assomment d’informations toutes aussi capitales que futiles (« Tetrakarburator », Heavy on duty, mais qui ne calme pas le jeu très longtemps). Le tout s’achevant même sur un jupiterissage dantesque et homérique (« The March of the Robocockroaches », aux relents symphoniques, et au tapis rouge déroulé par des aliens mystiques, merci Devin), le bilan de l’opération est quand même largement positif, et vous permet d’affronter ce délire ibère bien armé. Donc, le Thrash. Mais en est-ce encore v….

Non, Thrash ou pas, on s’en cogne. Parce que les HARMPIT ont le poil sous les bras lubrique, et qu’ils astiquent leur extrême comme on polit les derniers chromes d’une navette en direction de l’outer space. Plus STRAPPING déjanté que VOÏVOD allumé, Psychowarriors of Jupiter est une tranche de fun brutale et assumée. Et c’est déjà très bien comme ça.


Titres de l'album:

  1. Psychowarriors of Jupiter
  2. The Apocalypse Lords
  3. D-Beat from Planet Insektia
  4. Spaceborne Barracuda
  5. Wristbusters
  6. Wasped for Luv 2nite
  7. Battlezone #666
  8. Die in a Thousand Pains
  9. Tetrakarburator
  10. The March of the Robocockroaches

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par mortne2001 le 24/02/2018 à 14:03
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