Que tous les romantiques indécrottables, les mielleux poètes et les esthètes des bonnes manières se réjouissent, leur groupe favori est enfin de retour pour meubler leurs nuits d’insomnie et leurs tendres élans de quatrains aux rimes subtiles et de strophes à la délicatesse cristalline. Car malgré la date de sortie officielle de cet album, c’est bien d’un comeback et d’une nouveauté dont nous parlons, puisque nos suédois chafouins de VOMITORY ont décidé de remettre le couvert en 2019 pour de nouvelles aventures ambiancées. Groupe au parcours assez erratique, troué de nids de poule temporels, VOMITORY incarne toujours aujourd’hui l’arrière-garde de la scène Death scandinave, puisque leur formation remonte à 1989, en faisant donc des contemporains de NIHILIST et par extension ENTOMBED, UNLEASHED et consorts. Mais en dehors de ce parallèle d’époque, autant dire que les originaires de Karlstad ont toujours eu une vision radicalement différente du genre eut égard aux postulats énoncés par leurs contemporains. Dans leur grotte, point de froideur rigoriste, point d’exagération de la distorsion, mais plutôt une vision convergente/divergente les poussant à se rapprocher des modèles américains, sans dénaturer leur propre concept. Alors, 2019, l’année du retour définitif des hordes ? Peut-être, et c’est tout le mal qu’on leur souhaite, malgré un coucou assez bref il y a deux ans, et un premier hiatus entre 2013 et 2017. Mais le point d’interrogation de leur page Facebook quant à la date de leur mort prouve qu’ils ne sont pas dupes, et qu’ils ne comptent pour l’instant que de profiter du moment, et surtout, assurer le service après-vente de la vague de rééditions initiée par le label Metal Blade, qui en profite justement pour relancer sur le marché de vieux pavés.

Et à tout saigneur toute horreur, c’est donc le premier LP des scandinaves qui est aujourd’hui abordé, de ces pierres de rosette que les initiés partagent dans le secret de l’ignominie, pour ne pas avoir à en révéler l’atrocité à un monde médusé. Initialement lâché en 1996 en tant que première preuve longue-durée d’une carrière bien entamée, le très séduisant et amusant Raped In Their Own Blood s’affichait comme jet de bile bien Gore avec effusion de sang par les lèvres que vous choisirez, sans pourtant sombrer dans la pantalonnade excessive à base de viscères et autres grognements stériles. Car en bons suédois cartésiens et pragmatiques, ces musiciens en manque de brutalité gérée savaient composer de véritables chansons, et ne pas se contenter de gerbi en masse expulsée d’une gorge salement maltraitée. Nous en prenions certes pour notre grade, mais tout en comprenant parfaitement ce qui nous arrivait, et de fait, cette première étape à longtemps constitué pour les fans hardcore le chef d’œuvre absolu de VOMITORY, bien que les albums suivants soient d’un pedigree encore plus remarquable. Je laisserai les amateurs s’écharper pour définir le best-of des suédois, mais il est certain que des étapes cruciales de la trempe de Blood Rapture en 2002 ou Revelation Nausea un an plus tôt restent des témoignages de grande qualité, et peut-être (certainement) plus que ce premier effort encore perfectible. Mais ce qui rendait Raped In Their Own Blood si essentiel était sa crudité qui explosait aux oreilles dès son entame, cette façon d’aborder le genre avec une naïveté vraiment sincère, tout en disposant d’un background culturel bien établi. Après tout, lorsque ce LP est sorti, le groupe avait déjà quelques tours au compteur, et maîtrisait très bien son sujet, ce que les dix morceaux remasterisés de cette édition démontrent en quelques riffs bien aiguisés et une poignée de lignes vocales revanchardes.

Alors en formation quintette (Ronnie Olson - chant, Ulf Dalegren & Urban Gustafsson - guitares, Tomas Bergqvist - basse et Tobias Gustafsson - batterie), depuis devenu quatuor, avec les seuls frangins Gustafsson fidèles à leur porte de guitariste et batteur, VOMITORY prenait le contrepied d’une pochette et d’un titre volontairement provocateurs, pour développer des arguments certes bestiaux, mais parfaitement compréhensibles et surtout, abordables et jouissifs pour tous les amateurs d’extrême qui n’allait pas trop loin. Sorte de crossover gigantesque entre les scènes européennes centrales, scandinaves et américaines, Raped In Their Own Blood bousculait sans trop choquer, et surtout, conservait une musicalité qui lui permettait de garder prise avec une certaine lucidité de propos. Loin des exactions les plus pitoyables de la scène bruitiste, le quintet faisait montre d’un potentiel d’instrumentation et de composition éclairé, et construisait ses morceaux comme autant de chapitres d’un grand livre de l’horreur tolérable. Difficile de digresser à postériori sur l’importance d’un album qui a marqué son temps, peut-être de façon plus modeste que des chefs d’œuvre contemporains, mais avouons que le plaisir de redécouvrir cette tranche de vie morbide est intact, et le nouvel éclairage apporté par cette réédition permet aux morceaux de gagner en ampleur tout en conservant cette patine crûe d’origine. Les graves n’ont pas été amplifiés, et les médiums sont toujours aussi agressifs, offrant au mixage un bel équilibre, que la voix caverneuse de Ronnie Olson met admirablement bien en valeur de son timbre à la Barney Greenway. Assez proche d’une version en ébauche des travaux conjoints d’UNLEASHED et BOLT THROWER, Raped In Their Own Blood était bien plus qu’un vulgaire viol auditif en réunion, et se montre en 2019 toujours aussi percutant et pertinent, spécialement lors de certains inserts qui n’ont rien perdu de leur fougue.

Et si l’ouverture dantesque de « Nervegasclouds » prend toujours à revers de son mid tempo catapulté par une double grosse caisse dynamique, ce sont encore les morceaux les plus enfouis qui nous font adorer les suédois. Et notamment - petite inclinaison personnelle - « Perdition », qui s’évertuait à retrouver l’essence diabolique d’un POSSESSED, « Thorns », et son intro ludique et bondissante sur enchaînement de riffs putrides et secs comme un cadavre en plein été, et principalement « Into Winter Through Sorrow », sa mélancolie post-mortem et ses blasts qui soudain explosent l’espace. Mais une fois encore, chacun piochera son menu selon ses propres gouts salaces, puisqu’il y en a pour tout le monde, des affolés de la sauce tartare au carpaccio de tripes en passant par les dézingués de la cervelle au beurre salé, et de guitares hivernales en soudaines accélérations fatales, les cinq maniaques savaient accommoder des restes pour proposer une recette très personnelle, et suffisamment relevée pour ne pas risquer le mépris des têtes brûlées de la crème cassée, ou l’inverse. Le B-A-BA d’un Death Metal de tradition, fortement ancré dans son époque, mais réminiscent d’une certaine culture de la fin des eighties qui commençait à poser de sérieux jalons pour mieux retourner la terre du cimetière musical. En sus de tous ces délices, vous pourrez aussi savourer trois bonus tracks de saison, soit pas moins de trois démos placées en fin d’album, et qui permettent d’apprécier le chemin parcouru, et d’apporter une plus-value. Une belle façon de fêter le retour des grogneurs de Karlstad, leur souhaitant encore quelques années de débauche pour notre plus grande satisfaction.       

 

Titres de l’album :

                          1.Nervegasclouds      

                          2.Raped In Their Own Blood

                          3.Dark Grey Epoch   

                          4.Pure Death  

                          5.Through Sepulchral Shadows        

                          6.Inferno        

                          7.Sad Fog Over Sinister Runes         

                          8.Into Winter Through Sorrow          

                          9.Perdition     

                         10.Thorns      

                         11.Through Sepulchral Shadows (Demo)     

                         12.Thorns (Demo)     

                         13.Sad Fog Over Sinister Runes (Demo)

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par mortne2001 le 06/03/2019 à 17:44
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