Red Clay Dead River

Realm

13/01/2018

Autoproduction

Nous avions déjà les REALM plutôt orientés Thrash, nous avons maintenant les REALM fondus de Stoner, de Doom et de Sludge délicatement psychédélique, ce qui complète le tableau. Et je dois reconnaître que si je n’ai jamais été un grand fan de cette musique, j’en ai toujours apprécié les pochettes chatoyantes, qui replacent dans un contexte purement sci-fi l’iconographie héritée du Haight-Ashbury de l’époque hippie. Mais une pochette, aussi belle soit-elle n’a jamais excusé une musique qui souvent se répète, condamnée à égrener les sempiternelles litanies lysergiques de musiciens plus volontiers portés sur la fumette que sur la créativité, même si les contre-exemples sont quand même nombreux. Et j’y associe volontiers cette nouvelle bande hirsute émergeant de Knoxville, Tennessee, nous offrant son second album, après une entame éponyme déjà fortement connotée d’un style particulier. Leur orientation n’a rien de mystérieuse, et transpose l’esprit frondeur et subtilement Punk avant l’heure des BLUE CHEER, dans un contexte purement southern qui réchauffe le cœur et fait flamber le whiskey, servi à peine sorti de l’alambic dans des verres à la netteté approximative. Les REALM se targuent donc d’un formalisme assez prenant, et citent volontiers leurs références, BLACK SABBATH, ELECTRIC WIZARD, THE SWORD, SLEEP, MASTODON, QUEENS OF THE STONE AGE, DOOM RIDERS, FU MANCHU, BONGZILLA, RED FANG, TRUCKFIGHTERS, INTRONAUT, MONOLORD, EYEHATEGOD, qui si elles ne définissent pas toute avec acuité les contours de leur art, permettent de placer les débats dans le bon créneau. Se déclarant fondus de science-fiction un peu cheap, de picole et de fumette, ces trois-là (Kurt Bell, Jake Lonas, Nick Leichtweis) nous proposent donc un second LP encore plus chargé d’électricité que le premier, et toujours dégoulinant de Fuzz, de nonchalance Rock et de velléités nostalgiques, nous replongeant de fait dans le désir post-sixties d’aller un peu plus loin que Katmandou pour y trouver la paix de l’âme.

Le propos est certes classique, mais l’énergie est palpable. On y sent de solides réminiscences du sud des Etats-Unis, et des clins d’œil appuyés à la vague Nola des DOWN, EYEHATEGOD et autres CORROSION OF CONFORMITY (et les références aux incunables Blind et Deliverance), ce qu’un morceau aussi lourd que groovy comme « Ocean Eyed Woman » confirme de sa distorsion grasse et de son beat chaloupé mais pataud. Chaque instrument y a toute latitude pour s’exprimer, et si on fond pour ce chant embrumé aux accents chargés de liqueur et de tabac froid, on craque aussi pour cette guitare sinueuse et mordante qui se joue de notre complicité pour mieux nous embarquer dans un trip malicieux. Osant un peu plus qu’une simple défonce sonore pour apathiques de l’activisme, les REALM jouent crânement leur carte en toute simplicité, mais se permettent une production un peu plus métallique que la moyenne, qui se gargarise néanmoins de son analogisme prononcé. Et entre des couplets à faire rugir les SLEEP et des breaks à faire partir les SWEET SMOKE, la ballade est plus qu’agréable, enivrante sans être saoulante, et le résultat se hisse sans problème au niveau des standards les plus exigeants du genre, qui ne supporte que très peu la médiocrité. Et dès le très prononcé « Infernal Machine », on reconnaît les enfants illégitimes des HAWKWIND, délocalisés dans un Tennessee toujours très protecteur envers ses petits. Il serait très facile de jouer sur l’analogie entre la machine infernale et la machine d’argent, mais il est certain que le psychédélisme prononcé associé à des obsessions sci-fi joue en faveur d’un rapprochement entre les deux groupes, démontrant que la filiation via l’héritage inconscient a laissé des marques profondes. Mais le trio est bien plus qu’une simple association de clones répétant une leçon apprise par cœur, et dès le title-track à la basse brillante et grondante, on se rend compte que Red Clay Dead River est bien plus qu’une simple somme d’influences, mais plutôt la traduction personnelle de croyances anciennes, qui voit dans le Heavy Psyché du passé un échappatoire à la morosité moderne et aux techniques de production un peu trop aseptisées. Le propos est lourd, à peu près autant qu’une charge prononcée d’ELECTRIC WIZARD, mais ce groove appuyé, et cette volonté de laisser décoller des riffs poisseux a quelque chose de joyeux, et nous laisse dériver le long d’une rivière de sable qui nous promet un oasis d’alcool et autres vices privilégiés.

Alors, on se laisse emporter par ces chansons plus variées qu’elles n’en ont l’air sur le papier, jusqu’à tomber sur « Leh Esh », au titre cryptique, mais aux percussions presque amérindiennes, et au déroulé emphatique qui nous oblige à choisir notre camp. Celui d’un Hard Rock sous perfusion Fuzz, qui ne se différencie pas forcément de celui de ses voisins, mais qui y apporte sa touche entrainante et trépidante. Il y a quelques chose de terriblement sautillant dans ces compositions lourdes, qui décollent grâce à quelques trouvailles bien senties, un mid tempo un peu plus martelé que d’ordinaire, ou un chant faussement lyrique qui distille ses litanies avec une conviction totalement onirique, et le résultat se veut tout autant Doom que Stoner, mais aucun des deux à la fois, et plus focalisé sur un Rock direct que par des digressions interminables. Evidemment, tout n’est pas encore parfait, et on sent parfois l’inspiration divaguer à la recherche d’une bouée, mais globalement, les six chansons proposées par ce second LP ont toute quelque chose à offrir. Et si le court « Smoke And Stone » semble faire tout un message des vices pas cachés de musiciens affranchis, peinant à nous convaincre de son riff directement piqué au BLACK SABBATH le moins inspiré, le final homérique de « Gipsy Trail » rétablit le cap sur un Stoner bluesy au possible, et crépusculaire. Parfait pour incarner une fin de soirée un peu embrumée, ce titre légèrement progressif sur les bords part dans une quasi improvisation de ton, et évoque l’esprit des FU MANCHU, et de toute cette vague des early seventies, pas encore remise des troubles libertaires d’années 60 affranchies, et encore obsédée par le Blues tout autant que le Rock. Du Heavy qui est en par le fond, mais pas forcément dans la forme et qui réactualise des préceptes anciens sans avoir le culot de totalement les faire siens.   

Pas forcément très original, ce deuxième longue-durée des REALM séduit par son absence de prétention trop marquée, et par sa fausse simplicité. Egrenant des riffs pesants tout en les allégeant d’une rythmique alerte, le trio joue sur les deux tableaux, tout en se situant avec liberté dans le créneau. Et sans révolutionner le petit monde assez fermé du Stoner/Doom épuré, ils y apportent leur contribution, pas si anecdotique qu’elle n’en a l’air. Mais l’air chez eux est plutôt enfumé, et altère les sens, sans empêcher un jugement objectif…


Titres de l'album:

  1. Infernal Machine
  2. Red Clay Dead River
  3. Ocean Eyed Woman
  4. Leh Esh
  5. Smoke and Stone
  6. Gypsy Trail

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 09/03/2018 à 17:33
78 %    725

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
09/03/2018, 17:53:52
Pas mal du tout ! Moins lourd et "extrême" que certaines de leurs influences, mais parfait à écouter autour d'un barbeuc cet été !

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Xtreme Fest 2016

RBD 08/07/2020

38'48 Regeneration

mortne2001 07/07/2020

Harmony Corruption

mortne2001 03/07/2020

Little Monsters

mortne2001 30/06/2020

Complicated Mind

mortne2001 15/06/2020

Dossier spécial Bretagne / LA CAVE #5

Jus de cadavre 15/06/2020

Screams and Whispers

mortne2001 12/06/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Hoover

Je n'aime vraiment pas ce qu'est devenu ce groupe. Perdition city était une évolution osée mais avec un résultat brillant, depuis ça oscille entre le chiant et le sans grand intérêt.

13/07/2020, 19:34

sart

Pas mal du tout.

13/07/2020, 19:28

sart

Meilleur et moins mélodique que le précédent, ce dernier Pocahontas n'en reste pas moins trop polissé, sans âme et s'oublie très vite.

13/07/2020, 19:27

sart

Du metal pompeux dit "'epique" bien raccoleur et de fort mauvais goût auquel sont juxtaposées quelques parties dites folk. A oublier au plus vite...

13/07/2020, 19:23

sart

Ca sonne comme du death suédois sans les fréquences basses.

13/07/2020, 19:21

Saddam Mustaine

Pas si mauvaise la suite, bien que très varié.

13/07/2020, 19:06

Humungus

Bien d'accord avec vous les gars.
... Même si j'ai tout de même une nette préférence pour leur premier album.
Quand au reste de leur discographie, elle m'en touche une sans faire bouger l'autre.

13/07/2020, 13:22

Gargan

Idem, dans mon top 10. Totalement dérouté à l'époque mais je ne m'en suis jamais lassé depuis, riffs et mélodies imparables. T'en écoute un morceau, puis deux puis l'ensemble sans t'en rendre compte. Enfin ce sont surtout les autres qui s'en rendent compte, because air guitar et air drums heh(...)

13/07/2020, 11:51

Saddam Mustaine

Amorphis cet album est sensationnel.

12/07/2020, 14:20

Pomah

Y'a clairement un côté synthwave pas dégeu, à creuser.

11/07/2020, 14:36

RBD

Voilà un groupe et un homme qui m'ont marqué à une époque où je commençais à être blasé. Ce n'est pas toujours facile à suivre d'un album sur l'autre, c'est un vrai fêlé. Mais comme dit le proverbe, ce sont des esprits comme ça qui font entrer la lumière.

10/07/2020, 23:41

aeas

Seul le batteur a encore un semblant d'intégrité à travers ses activités.

10/07/2020, 20:35

Jus de cadavre

Idem, découverte pour moi grâce à cette chronique. La prod est excellente pour l'époque !
Un bien bel hommage en tout cas Mortne...

10/07/2020, 17:38

JTDP

@jus : +9986457 !
@gerard : fais péter le "name dropping" on n'attend que ça de faire de nouvelles découvertes ! ;-)

10/07/2020, 17:10

JTDP

Purée c'est vrai qu'il est excellent cet album !!! Et malgré Youtube et le poids des ans, le son est franchement bon ! Une réédition s'impose, c'est indéniable.

10/07/2020, 17:08

Oliv

Ah bon

10/07/2020, 12:51

y'a pus d'jus

faut dire à BEBERT de pousser son camion ,il bloque la porte du garage et j'peux pas sortir la dépanneuse !

10/07/2020, 12:29

Gargan

Haha la ref à Hanson ! Belle découverte, merci.

10/07/2020, 11:59

Thrashing Metropolity

Super anecdote, Goughy ! Merci pour le partage !
Ca ne fait que confirmer tout le bien que nous sommes nombreux à penser de ce groupe culte.

Vraiment, si ces albums pouvaient être réédités, ce ne serait que justice !
Quelqu'un a évoqué plus haut l'accent franglais du (...)

10/07/2020, 11:07

goughy

Bon allez je me lance, juste histoire d'en rajouter sur les sentiments positifs qui émanent ce très beau papier (je savais pas l'histoire du début des Bérus...)
Ca devait être en 94 ou 95, on avait 14 ans, on écoutait MST et, avec deux autres potes, Mickey était une star du niveau de Br(...)

10/07/2020, 10:42