Voilà une rencontre tout à fait inopinée avec une artiste dont j’avais déjà parlé il y a quelques années (cinq pour être plus précis) dans d’autres colonnes, et qui ne m’avait guère laissé de souvenir impérissable…Je me souviens d’avoir chroniqué ce (moyennement) fameux Can’t Stop en 2012, et surtout, de m’être particulièrement ennuyé à son écoute, trouvant le Hard-Rock classique de la belle norvégienne légèrement soporifique, et surtout, subtilement plombé par des accents vocaux pas vraiment inspirés…J’avais depuis oublié cet anecdotique épisode, et presque jusqu’à l’existence de la vocaliste d’ailleurs (malgré la sortie d’un quatrième Crossfire, et de quelques participations par ci par là, en compagnie de Ted Poley ou des TAINTED NATION), mais les hasards du calendrier des sorties et des mails promo reçus font que je croise la route d’ISSA une fois encore, cette fois-ci à l’occasion de son cinquième album, ce Run With The Pack qui semble avoir bénéficié d’une attention particulière. Distribué comme les quatre précédents par l’écurie italienne Frontiers, qui semble croire dur comme fer au talent de sa blonde protégée, ce nouvel effort a pu profiter de l’expérience de l’incontournable Alessandro Del Vecchio, qui lui a prodigué un soin qui lui est coutumier. Rien à dire donc niveau production, qui sonne aussi polie qu’un diamant vingt-quatre carats, mais niveau compositions et interprétation, la problématique n’a pas vraiment changé…Je l’avoue, j’ai un mal fou à m’accommoder du timbre de voix de la chanteuse norvégienne, qui en version soft reste superficielle et presque teenager, et qui lorsqu’il pousse dans les aigus me provoque des frissons, mais pas de ceux qui vous laissent une impression agréable. Artistiquement situé dans une parfaite logique d’évolution dans la stagnation, Run With The Pack se rapprocherait même des premiers travaux de la musicienne, et surtout de l’initial Sign Of Angels. On y retrouve ces mélodies typiquement AOR, cette énergie Rock qui donne quand même la pèche, mais aussi, ces automatismes flagrants, et cette impossibilité chronique de s’extirper d’une condition de répétition, qui rendent les disques d’ISSA si similaires les uns des autres…

Entourée d’une armée de mercenaires très capables (Simone Mularoni - guitares, Alessandro Del Vecchio - claviers, Andrea "ToWer" Torricini - basse, et Marco Di Salvia - batterie), et visiblement en forme, ISSA nous offre donc une énième relecture du répertoire harmonique américain, en revisitant les classiques de JOURNEY, de SURVIVOR, et de tous les chantres d’un Rock de Billboard aux mélodies évanescentes, et aux refrains martelés avec entrain. Il est évident que le produit est hautement calibré, et qu’il appartient à la catégorie des efforts solides et remarquables de professionnalisme, mais une fois encore, j’ai cherché en vain l’étincelle de passion capable de le faire passer du stade d’exercice de style admirable de précision à celui de travail individuel et collectif transpirant de sincérité, même si je ne remettrai pas en doute celle de la chanteuse. Pourtant, tout est là, dans l’ordre, formidablement bien agencé, très bien interprété, comme une copie impeccable et sans rature, mais sans aucune émotion…Et moi qui suis un fan absolu d’AOR et de Hard Rock mélodique à la ricaine ou à la suédoise et qui suis pourtant relativement complaisant dans le jugement d’œuvres rentrant dans ce cadre si sélectif, n’ai (presque) pas réussi à dénicher un refrain, un couplet, un break auquel me raccrocher, ou même un morceau à privilégier…Le pire est que je ne peux décemment pas formuler de reproche objectif à l’égard de ce disque, que beaucoup apprécieront pour ce qu’il est, mais je ne peux de la même façon pas l’encenser pour ce qu’il n’est pas, d’autant plus que le genre n’est pas vraiment inclusif en termes de cahier des charges. Ici, les figures imposées déroulent comme une gymnaste rythmique sur le tapis, de la power-ballad tire larmes qui finalement ne tire que des regrets (« Bittersweet », plus sucrée qu’amère, et qui risque de faire monter votre diabète), au riff saignant censé soutenir une mélodie transcendée (« Am I Losing You », étonnamment stérile et pourtant d’aspect gracile), mais ne font que remplir des conditions, et pas garantir des sensations…

D’aucuns se diront que je me montre cruel envers une artiste dont l’univers et l’approche me laissent de marbre, mais je ne me sens - une fois n’est pas coutume - absolument pas coupable de condamner cet album pour les méfaits qu’il commet en permanence. Festival d’arabesques et de schémas préconçus, Run With The Pack ne profite même pas d’un duo avec le gigantesque Dean Castronovo (JOURNEY, BAD ENGLISH, WILD DOGS, REVOLUTION SAINTS, DEAD DAISIES) pour s’élever, le morceau en question (« Sacrifice Me »), malgré sa patine synthétique purement eighties et son riff bien Heavy n’ayant rien de notable, à part peut-être quelques interventions de guitare moins figées que d’ordinaire. Précisons aussi que l’accumulation de mid-tempi, et de motifs mélodiques identiques n’aident pas vraiment l’entreprise à décoller, et certains segments sentent tellement le réchauffé qu’on a le sentiment de les avoir déjà écoutés cent fois au moment de les découvrir. Le pinacle étant atteint à l’occasion du très roboratif « How Long », qui pose justement la bonne question, et qui peine à se souvenir des VIXEN tout en imposant une performance vocale suraiguë parfaitement indigeste. Sans vouloir noircir le tableau déjà bien assombri, on attend désespérément non un éclair de génie, mais tout du moins une porte de sortie qui permettrait aux morceaux d’offrir des harmonies moins stéréotypées. Alors, certes, et j’en conviens, le bilan n’est pas désespérément catastrophique, et des titres comme « Run With The Pack », et sa belle énergie, ou « Come Back Again » parviennent à sauver les meubles, tout en restant d’un classicisme désarmant. Mais ils ont au moins le mérite de pousser l’imitation des plus grands dans ses derniers retranchements, et de se raccrocher à des harmonies à la HEART/JOURNEY beaucoup plus respectables.

« Closer To You », qui accélère enfin la cadence ajoute aussi une légère plus-value, tandis que l’acoustique délicate de « Irreplaceable » permet de s’aérer les oreilles, avant qu’un énième riff plombé ne prenne le relais. Heureusement pour nous, la clôture très EUROPE/STYX/REO SPEEDWAGON nous laisse sur une impression moins féroce, tout du moins sur sa moitié, puisque la fin reprend peu ou prou tous les codes les plus effilés du genre, malgré une jolie envolée signée Simone Mularoni. Pour conclure, et puisqu’il faut bien s’arrêter un jour, ne voyez pas en cette chronique un défouloir me permettant de taper sur une artiste que je déteste. Je n’ai rien contre ISSA, mais plutôt contre son obstination à enfiler les clichés les uns sur les autres depuis des années, en choisissant de servir des plats à peine réchauffés que d’autres présentent enflammés. Et j’avoue peiner à comprendre le soutien d’un label comme Frontiers à une artiste somme toute assez anonyme, eux dont le catalogue supporte les plus grandes références du genre. Un bel exemple de fidélité en tout cas, mais une énigme à dénouer. Mais cinq ans plus tard, mon opinion n’a pas changé…Comme quoi, les goûts et les couleurs sont parfois plus fiables sur la durée qu’il n’y parait.


Titres de l'album:

  1. Am I Losing You
  2. Run With The Pack
  3. Sacrifice Me [Duet With Deen Castronovo]
  4. How Long
  5. The Sound Of Yesterday
  6. Come Back Again
  7. Talk To Your Heart
  8. Bittersweet
  9. Closer To You
  10. Irreplaceable
  11. Everything To Me
  12. Talk To Your Heart (Acoustic Version) [Bonus Track]

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par mortne2001 le 03/05/2018 à 18:43
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Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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