Vais-je un jour prochain parvenir à m’éloigner des côtes scandinaves ou suis-je destiné à y jeter l’ancre pour de bon ? Je finis par me poser la question, puisque quel que soit le genre que j’aborde dans mes chroniques, tout me ramène en Suède, en Finlande, en Norvège, que je parle d’extrême ou de Hard Rock mélodique. Ces peuples auraient-ils l’intention d’étouffer la production mondiale en pressant les albums virtuels plus vite que la machine ?  En tout cas, leur rendement devient de plus en plus impressionnant, d’autant plus qu’il est toujours renforcé d’une qualité indiscutable. Et aujourd’hui, c’est à une bête hideuse à deux têtes que j’ai eu affaire, en l’incarnation d’une créature diabolique sortie des abysses de Nyköping, arborant un faciès assez disgracieux, et se présentant de façon tonitruante, sans prendre la peine de s’atermoyer en explications justificatrices. Ainsi piétine le monde avec une férocité inouïe le projet MUSMAHHU, qui visiblement ne s’embarrasse même pas d’une page officielle, et qui compte sur son label et son talent pour propager sa mauvaise parole à base de bordel ambiant à décoiffer un diablotin. Mais si les responsables d’Iron Bonehead nous ont souvent habitué à de la cacophonie déguisée en musique, autant dire que cette fois-ci ils ne s’y sont pas trompés, et ne se sont pas fourvoyés dans un concept rance à base de démence sonique et de violence stérile. Pourtant, dans les faits, ce premier LP des suédois est de ceux qui auraient pu sombrer dans le trop-plein et l’exagération, tant les options choisies ne tolèrent aucune mesure, et surtout pas la demie. Sauf que le monstre en question a des capacités étendues, et qu’il connait très bien son champ d’action qui n’est pas forcément son terrain de prédilection…

Fondé il y a quelques années, le projet somme toute peu connu MUSMAHHU cache pourtant des noms fameux de l’underground suédois. On retrouve au pilotage l’un des musiciens les plus prolifiques de la scène BM nationale, Swartadauþuz, actuellement actif au sein de ARS HMU, AZELISASSATH, BEKËTH NEXËHMÜ, DEMONOMANTIC, DIGERDÖDEN, GNIPAHÅLAN, MYSTIK, SUMMUM, TROLLDOM, et URKAOS, soit la crème des exactions Black scandinaves. L’homme se charge donc de presque tout pour ce nouveau concept, épaulé dans sa tâche par l’un de ses comparses réguliers, Likpredikaren (ARS HMU, DEMONOMANTIC, RINGAR, SUMMUM), qui s’est occupé du chant, et autant dire que la combinaison des deux hommes découle sur une force de frappe immense aux échos graves et lancinants. Si le background de Swartadauþuz marque évidemment de son sceau l’orientation de Reign of the Odious, il n’en bride pas pour autant son auteur, qui s’est fait plaisir en effectuant un léger glissement du BM vers le Death le plus bestial et impitoyable, qui a quand même gardé des stigmates des expériences de l’artiste au sein de son contexte d’origine. Faisant suite à un premier EP déjà publié par Iron Bonehead en 2018 (Formulas of Rotten Death, recommandable forcément), Reign of the Odious poursuit la formule en tentant de la rendre encore plus pernicieuse, et développe donc de beaux arguments écrasants pendant plus de quarante minutes pour nous persuader du bienfondé de sa démarche. Et si le label allemand ne tarit pas d’éloge sur cette nouvelle production, l’ancrant de fait dans une tradition à laquelle il appartient, et précisant que ces sept chansons sont autant de bulldozers rasant tout sur leur passage, dans un fracas sonore horrifique, son enthousiasme est parfaitement de mise au moment d’assurer la promotion d’un artiste de sa propre écurie. Assurons-donc au lecteur que la maison de disques n’exagère rien, et que le produit en question est bien une véritable symphonie de l’ignominie la plus absolue.

Et comme en sus, le dit LP est doté d’une gigantesque production susceptible de donner des sueurs froides au Devin Townsend de STRAPPING YOUNG LAD, le plaisir sadique est total, et la jouissance absolue. Se basant sur des préceptes qu’il a déjà abondamment utilisés au sein de ses groupes officiels et durables, Swartadauþuz brode des thèmes d’ultraviolence, qu’il enjolive de quelques arrangements synthétiques, histoire d’apporter une patine presque symphonique à son optique. Du Death donc, eut égard à ce chant si grave et rauque, mais aussi en relation directe avec des guitares froides très volubiles, mais du Black aussi, notamment lors des passages les plus rapides et intenses, prouvant de fait qu’on ne renie pas si facilement que ça sa nature. Et l’un dans l’autre, ce premier LP à de faux airs d’hommage rendu à la scène Blackened Death la plus puriste, et se pare même d’atours que l’EMPEROR de légende aurait pu arborer aux prémices de sa riche carrière. On retrouve donc ce sens de l’emphase, cette multiplicité des thèmes, et cette façon de bousculer les plans en les accumulant, sans pour autant risquer l’overdose d’informations. Certes, et en toute honnêteté, l’aspect massif de l’entreprise empêche parfois de vraiment distinguer les chapitres pour pouvoir en privilégier l’un ou l’autre, mais la détermination dont fait preuve le groupe/musicien est probante, et le résultat souvent hallucinant de cruauté musicale. Car aussi véhément soit l’instrumentation, il n’est pas question ici de Noise ou d’expérimentation, mais bien d’efficacité et de puissance, et l’équilibre trouvé entre pulsions morbides et aspirations techniques est absolument parfait, transformant de fait ce premier longue-durée d’une nouvelle entité en presque chef d’œuvre d’un genre qu’on aura du mal à définir avec acuité.

Pourtant, l’exercice était complexe, et la direction choisie multiple. Avec des titres ne passant qu’en une seule occasion sous la barre des six minutes, la redite représentait un écueil difficile à franchir. Mais en écoutant des sommets de violence comme « Apocalyptic Brigade of Forbidden » ou « Musmahhu, Rise! », on réalise vite que les années BM de Swartadauþuz lui ont permis de baliser son style, et de savoir exactement quoi faire et ne pas faire pour glisser sur la redondance. La vitesse d’exécution pourtant très élevée générait un quota d’erreurs d’appréciation non négligeable, mais en permettant à la mélodie de s’inviter aux agapes de l’outrance, Reign of the Odious  aère son propos, et nous propose même des intermèdes au parfum Death scandinave très prononcé, comme le démontre avec grandiloquence le final énorme de « Thirsting for Life's Terminus ». Sorte de porte de sortie vers un avenir difficilement prévisible, ce dernier morceau se pose en épilogue parfait d’un début de carrière, mais ne constitue pas la seule surprise d’un LP qui en recèle suffisamment pour que vous vous y intéressiez. Ainsi, le morceau éponyme, sous couvert de synthèse globale, ose les percussions martiales et la marche morbide, imposant sur sa première partie une lourdeur majestueuse et oppressante, avec des arrangements d’arrière-plan spectraux désincarnant l’ensemble et le transformant en litanie de mort qui fait froid dans le dos. Beaucoup de choses à dire donc au sujet d’un groupe qui étonne par sa facilité à jongler entre les genres sans les dénaturer, les déformer ou les édulcorer. Peu importe ensuite que MUSMAHHU ne puisse pas être complément affilié au Death Metal, puisque son approche volontairement brutale se passe très bien d’étiquettes restrictives.     


Titres de l’album :

                           1.Apocalyptic Brigade of Forbidden

                           2.Musmahhu, Rise!

                           3.Slaughter of the Seraphim

                           4.Burning Winds of Purgatory

                           5.Reign of the Odious

                           6.Spectral Congregation of Anguish

                           7.Thirsting for Life's Terminus


par mortne2001 le 08/03/2019 à 15:59
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