Paraiso Prohibido

Medina Azahara

18/11/2016

Senador

Ce qu’il y a de fascinant dans le job bénévole de critique musical, c’est la découverte. De nouveaux groupes évidemment, puisque là est le but principal, mais aussi d’entités à la réputation confirmée, qui affichent une carrière conséquente, et parfois longue de…plus de trente ans.

Non, nul n’est omniscient, et surtout pas moi, malgré la pléthore de combos dont je peux m’enorgueillir de la connaissance. Alors certes, parfois je tombe sur des groupes dont la création ne remonte pas à avant-hier ni à l’année dernière, mais bien à 1979, l’année de mes huit ans.

Tout ça peut sembler surréaliste, mais aujourd’hui, j’ai donc déniché un groupe espagnol fondé à la fin des années 70, et qui peut se targuer d’une discographie conséquente composée de la bagatelle de dix-neuf albums studio, de trois live, quatre compilations, et une grosse poignée de documentaires vidéo.

1979-2016, c’est donc la nouvelle étape d’un parcours au long cours que j’aborde en cet après-midi, en vous parlant de Paraiso Prohibido des andalous de MEDINA AZAHARA. Paraiso est donc leur dix-neuvième effort, et à l’écoute des chansons qui le composent, gageons que le groupe n’en a pas fait beaucoup pour laisser parler ses nombreuses qualités naturelles et individuelles. Et la question se pose alors. Comment ai-je pu manquer un tel pan de l’histoire de la musique espagnole ?

Je n’ai aucune réponse à vous prodiguer, mais plutôt un splendide album de Hard-Rock racé et mélodique à vous recommander. Chaudement, comme la voix de son chanteur Manuel Martínez…

Je l’avoue, et sans vouloir jouer les enfants de chœur, c’est la splendide pochette ornée d’un ange ailé et subtilement dénudé qui a attiré mon attention. Ça, et la mention « Rock progressif » qui m’ont poussé à écouter ce disque, et je ne le regrette vraiment pas. Certes, les pistes de Paraiso Prohibido ne sont pas vraiment les dignes héritières de GENESIS, YES ou KING CRIMSON, mais plutôt celles d’un Hard-Rock de haute volée, dans la grande tradition espagnole, avec cette empreinte anglaise/européenne délicieuse qui rappelle parfois les vieux albums de MAGNUM, mais aussi SHY et même parfois nos NIGHTMARE nationaux.

Sans connaître les œuvres antérieures des andalous, je ne saurais établir d’étude comparative comme celle à laquelle se sont livrés quelques sites spécialisés, affirmant que le quintette tenait là son magnum opus. C’est une possibilité, puisque les quatorze morceaux de ce LP sont tous d’une qualité égale et phénoménale dans le style, à tel point qu’il est très difficile d’imaginer que ces surprenants musiciens ont commencé leur carrière il y a plus de trente-sept ans.

On croirait l’affaire concoctée par de jeunes loups aux dents longues, mais gageons que celles de Manuel Martinez, Paco Ventura, Manuel Ibanez, Juanjo Cobacho et Nacho Santiago le sont toujours, pour montrer de tels signes de faim de mélodies et de rythmiques puissantes et amples. Bien évidemment, le line-up a changé depuis les débuts du combo, et ce premier album éponyme édité par CBS. Les MEDINA AZAHARA jouaient à l’époque un Rock dur, dans la plus grande tradition des DEEP PURPLE et RAINBOW, et si les années ont passé, comme l’eau a coulé sous les ponts, l’orientation n’a pas vraiment changé, et leurs influences les conduisent toujours à jouer ces grandes envolées lyriques qui effectivement rappellent les caprices de Blackmore sous son arc-en-ciel, mais aussi les aventures les moins convenues de Ronnie James Dio en solo.

Désireux de proposer l’éventail le plus large d’ambiances, le quintette n’hésite pas à multiplier les climats, passant au gré des interventions d’un Heavy Metal précieux et torride, mais abordé d’un point de vue contemporain et subtilement progressif (« Ven Junto a Mi » et ses arrangements électroniques discrets tâtant du Néo Metal progressif, gorgés de sonorités orientales), à un Hard Rock costaud qu’ils maîtrisent avec brio (« Vive La Vida Cantando », up tempo qui démange les chevilles et s’articule autour d’une rythmique que Jami Jamison aurait sans doute adorée).

Beaucoup d’exemples de ce type sur Paraiso Prohibido, qui en une heure fait le tour de la boucle et réunit dans un même élan le Hard Rock d’antan et le Heavy Metal de maintenant.

Que les espagnols se plaisent à singer le meilleur AOR des années 80 dilué d’influences classiques qui crèvent les oreilles (« Recordando Esa Noche », qui ressemble à s’y méprendre à du JOURNEY qui aurait beaucoup écouté Verdi), ou qu’ils se lâchent les glandes lacrymales sur des ballades subjuguantes de beauté (« Busca Tu Fe », qui pourtant ne lâche jamais la puissance de son étreinte mélodique, « El Cielo a Tu Pies », joli crescendo nappé de cordes synthétiques), sans oublier de se plonger dans leurs racines culturelles (« Y Asi Nacio El Amor », sorte de MYRATH avant l’heure, et déclaration d’amour aux sonorités andalouses), ils sont à l’aise dans tous les domaines et survolent leurs sujets avec une facilité et une sincérité déconcertantes.

A vrai dire, ce dix-neuvième album studio ressemble à s’y méprendre à un best-of déguisé tant tous les morceaux recèlent de trouvailles harmoniques fabuleuses et de thématiques rythmiques accrocheuses. Si la voix de Manuel Martinez, veloutée et diablement décoiffante est évidemment le point d’accroche principal (il semblerait qu’il soit le seul survivant de la formation d’origine, inutile de se demander pourquoi), la doublette Nacho Santiago et Juanjo Cobacho à la basse et batterie fait des merveilles pour propulser les guitares de Paco Ventura, tandis que Manuel Ibanez (non, il n’est pas guitariste…) caresse ses ivoires et fracasse ses ébènes pour donner du volume à ses claviers, qui tiennent autant de la folie classique de Jon Lord que des dérives spatiales de Kevin Moore.

Alors, ça déroule, pensant une heure. De la simplicité apparente d’un classique Hard-Rock comme « Ponte en Pie », à la fusion musique traditionnelle/Heavy Metal de « Ella Es », qui permet à Nacho Santiago de boucler quelques jolies arabesques de graves sur fond d’arrangements andalous/arabes, pas de temps mort et surtout, pas de baisse d’inspiration. Sans connaître les travaux précédents de MEDINA AZAHARA (ce que je regrette, et c’est une erreur que je vais vite corriger…), je comprends mieux pourquoi les webzines ont qualifié Paraiso Prohibido de « meilleur album » du groupe…Car de l’intro évanescente « La Llave del Paraiso » et ses percussions tribales, à la conclusion « Sonrie », qui unit dans un même déluge de feu le Hard-Rock incendiaire de Los Angeles (évidemment…) au Heavy Metal espagnol des BAJON ROJO, tout respire autant le professionnalisme que la jeunesse de ton et la rage de jouer une musique sincère et inspirée.

Pas un morceau de trop, quelques incursions en territoire progressif à la VANDEN PLAS/PAIN OF SALVATION (« El Dolor de Mi Alma », double grosse caisse incluse), pour un résultat époustouflant de classe et de lucidité.

 Quelle belle carrière donc que celle des andalous de MEDINA AZAHARA qui prouvent qu’en 2016 ils sont toujours autant en phase avec leur époque et leurs racines, et malgré son titre, Paraiso Prohibido, n’a rien d’un paradis interdit, mais bien d’un jardin d’Eden Hard & Heavy, au milieu duquel s’écoulent des fontaines de mélodies et brûlent des feux ardents. Et si la demoiselle angélique de la pochette est chargée de nous y accueillir, je veux bien y partir de suite.


Titres de l'album:

  1. La Llave del Paraiso
  2. Ven Junto a Mi
  3. Recordando Esa Noche
  4. Vive la Vida Cantando
  5. Busca Tu Fe
  6. Cuando Estoy a Solas
  7. Y Asi Nacio el Amor
  8. El Dolor de Mi Alma
  9. El Cielo a Tus Pies
  10. Ella Es
  11. Ponte en Pie
  12. Mira las Estrellas
  13. Puñaladas en la Oscuridad
  14. Sonrie

Site officiel


par mortne2001 le 03/12/2016 à 17:48
85 %    602

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Voyage au centre de la scène : ASSHOLE

Jus de cadavre 17/01/2021

Vidéos

Eluveitie + Korpiklaani 2010

RBD 08/01/2021

Live Report

Sélection Metalnews 2020 !

Jus de cadavre 01/01/2021

Interview

Welcome To My Nightmare

mortne2001 26/12/2020

From the past

IXION : entretien avec Julien

JTDP 16/12/2020

Interview
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Arioch91

@Humungus : SIC... And Destroy !   Comme disait Coluche : la politique ? C'est quand on est poli et qu'on a(...)

26/01/2021, 10:45

Arioch91

@Humungus : je confirme pour The Rack. Plusieurs fois j'ai essayé mais sans jamais accrocher.Y a des albums comme ça

26/01/2021, 07:56

Humungus

Toujours "intéressant" (SIC !!!) quand la politique s'insère ici... ... ...

26/01/2021, 07:38

Humungus

Ne pas "rentrer" dans "The rack" ?!?!Bizarre étant donné la monstruosité de cet album...Quoi qu'il en soit, je plussoie sur HAIL OF BULLETS !Pis n'oublions pas le merveilleux GRAND SUPREME BLOOD COURT non plus hein !!!(...)

26/01/2021, 07:35

Arioch91

@Bones : merci pour l'idée, vais m'écouter les trois albums de Hail of Bullets, juste histoire de rattraper mon retard concernant le père Van Drunnen.

25/01/2021, 20:12

Bones

Ce dernier Asphyx n'est pas une montagne de nouveautés mais il est super efficace. On sent les vieux briscards qui connaissent parfaitement leur affaire.Etant un gros fan de Van Drunen, je vais décortiquer ses paroles en ne doutant pas que les morceaux vont s'en tro(...)

25/01/2021, 18:39

Jus de cadavre

Ouais, ils frappent fort les anciens avec cet album ! 

25/01/2021, 18:17

LeMoustre

Chez Accuser, en période récente, c'est Demoniac qu'il faut écouter. Plus violent, sorte de Testament sous amphétamines, il est à mon humble avis le meilleur de ce que Thoms  a produite depuis Who Dominates Who. Ah, si, le premeir album est aussi (...)

25/01/2021, 17:03

LeMoustre

Opposer les casseurs qui seraient bons à expédier aux bagnes de Cayenne pour casser des cailloux et les envahisseurs du Capitole n'est pas une bonne idée. L'objectif est pas le même, les casseurs sont souvent des racailles de délinquants multiréc(...)

25/01/2021, 11:47

Stench

Très étrange à dire mais sur le titre "Tree years of famine", j'entends Overkill de "Skullkrusher". Sinon, excellent album, bien sûr !

25/01/2021, 11:46

Arioch91

Je suis fan du timbre vocal de Van Drunnen depuis le Consuming Impulse de Pestilence mais j'avoue n'avoir jamais accroché au The Rack d'Asphyx et ne me suis jamais penché sur les sorties du groupe. Pas plus pour Hail of Bullets (si je me gourre pas).Mais &ccedi(...)

25/01/2021, 11:04

Solo Necrozis

Piñata of Pus, Necro Thicc, Uteronecrotic Descent of the Divine...Haha ces titres de merde, j'en ris comme un con devant mon PC.

25/01/2021, 10:12

Simony

En tout cas, le livestream proposé samedi était une boucherie totale. Avec ou sans public, les mecs se donnent, Martin plaisantent entre les morceaux et v'là comment ça défouraille sévère. Total respect pour ces mecs qui en imposent, vraiment (...)

25/01/2021, 08:17

POMAH

L'ambiance est chaude par ici...

25/01/2021, 08:06

Humungus

J'en suis déjà à ma troisième écoute consécutive...ACHAT OBLIGATOIRE BORDEL !!! !!! !!!PS : Martin je t'aime.

25/01/2021, 04:25

Pozo (bass)

Thanks for the review!I'll put our spotify link if you wanna follow ushttps://open.spotify.com/artist/0QwY3TM6Lvo6Ba8VGC67YL

25/01/2021, 01:07

Chemikill

Parler de la musique serait déjà un gros morceau.

24/01/2021, 22:59

jtdef

Avec Joe Bidon et l'imposteur Harris ils sont mal barrés.

24/01/2021, 21:11

Gargan

J'étais sur la défensive, le hard français des 80s étant pour moi ce que l'ail est à la mauvaise haleine, mais là, effectivement, c'est nase.

24/01/2021, 20:39

Gargan

HumHUM... On en parle du clip de sors immanis ? 

24/01/2021, 20:17