Etrange parcours que celui de ces musiciens allemands, dont les origines musicales remontent au milieu des années 80. Fondé en 1986 à Wehr, CONVICTORS a immédiatement publié une première démo, avant de jeter l’éponge et de disparaître corps et âme. Ce qui aurait pu et dû rester une anecdote s’est transformé en improbable épopée, et quasiment vingt ans ont séparé The Last Judgement, cette fameuse maquette, du premier EP officiel des allemands, Abdication of Humanity, publié en 2009. Une absence qui aurait dû passer inaperçue, mais un retour tonitruant et placé sous le signe de la stabilité, puisque depuis, le quatuor a enchaîné sans discontinuer les sorties. Articulé autour d’un tandem d’origine, ce combo sorti des limbes de l’oubli a donc trouvé l’énergie nécessaire à une nouvelle impulsion, et nous a offert au mois de janvier son second longue-durée, cet Atrocious Perdition dont nous allons parler aujourd’hui. Se situant dans une mouvance de Death germain subtilement influencé par ses homologues américains, CONVICTORS ne cherche pas la complication, et pilonne tous horizons pour nous écraser de ses pulsions morbides, transcendées par une production plus qu’efficace creusant les graves pour y enterrer les médiums. C’est donc à un album de facture très formelle auquel nous avons affaire, efficace et puissant, qui ne révolutionne certes pas le genre, mais qui lui offre un éclairage personnel non dénué de qualités individuelles. Et c’est autour du tandem Lasse (guitare, depuis 1986) et Fabian Frey (chant, depuis 1986 aussi) que nous retrouvons Samuel Maier (PESSIMIST, MAERSUNG, basse, 2011) et Daniel Zuflucht (ex-DESTINATION:HELL, ex-PESSIMIST, batterie, 2011), pour une nouvelle charge en bonne et due forme, sous la forme de huit morceaux concis et brefs qui vont à l’essentiel, tout en aménageant quelques espaces créatifs. Pas de quoi fouetter un croque-mort, je vous l’accorde, mais une musique sombre et violente qui alimente le bestiaire Death contemporain de son vocable ancien, puisque les origines du groupe sont toujours patentes au détour de chaque note.

Une fois encore, il est difficile de gloser sur un quatuor qui fonde l’essentiel de son essence sur une efficacité de tous les instants, et si des écoutes répétées révèlent quelques failles dans l’édifice, l’ensemble agit comme un énorme bloc de béton vous tombant sur le coin de la tronche en pleine rue. Se basant sur une optique résolument véhémente, les CONVICTORS prônent une sorte de débauche à l’américaine, s’inspirant des plus grandes légendes du genre qu’ils adaptent à leur sauce, épaisse, mais digestive, prenant le contrepied de l’esprit évolutif ou old-school qui dominent les débats depuis plus d’une dizaine d’années. Si l’ambiance globale rappelle méchamment les exactions 90’s du créneau, le tout se savoure comme on avale une bonne choucroute, et suggère une fascination pour CANNIBAL CORPSE, influence que les allemands assument tout comme celles de DESTRUCTION, SLAYER, HATEBREED, BENEDICTION, ou CELTIC FROST. Pourtant, difficile de valider ces noms sans émettre quelques réserves, bien que la patine Thrash de certains titres soit assez épaisse en surface. Mais pas de tromperie sur la marchandise, Atrocious Perdition est bien un LP pur Death jusqu’au bout de la corde de mi, pas de ceux qui osent transgresser, mais de ceux qui permettent d’avancer. A bon rythme d’ailleurs, même si les blasts ne sont pas systématiquement monnaie courante ici, et il n’est pas incongru de rapprocher les originaires de Wehr de leurs collègues de MORGOTH, dont les deux premiers albums partageaient bien des points communs. Et si en 1986, Fabian, Lasse, Thomas et Atom, les quatre membres originels acceptaient le parrainage des éternels POSSESSED, DESTRUCTION, KREATOR et SLAYER, on sent que le temps n’a pas totalement effacé cette période, puisque certains riffs que l’on retrouve ici gardent les stigmates d’une entame de carrière placée sous l’égide d’un Death naissant, encore simple rejeton damné d’une caste Thrash qui régnait en maîtresse sur la scène extrême. De la lourdeur donc, en plus d’une occurrence, mais aussi de la hargne, de la cruauté, le tout bien équilibré pour ne pas lasser, d’autant plus que le second effort des allemands passe à peine la barre des trente minutes.

Une demi-heure donc, et pas le droit à l’erreur, c’est donc la leçon à tirer de l’écoute de ces huit titres qui ne manquent pas de relief. Un fil conducteur facile à suivre, pour une emphase naturelle mise sur les ambiances délétères, mais un refus de sombrer dans la monotonie d’un Death à la suédoise, qui n’a pas droit de cité ici. Si le vibrato est souvent sollicité, et si le MORBID ANGEL le plus lapidaire est souvent cité, ce sont aussi les croix inversées de DEICIDE qu’on observe tatouées sur le front de morceaux comme « Abandoned Freaks ». Et la superposition des deux légendes permet de mieux appréhender la réalité des faits des CONVICTORS, qui ont visiblement bien écouté ce qui s’est fait durant leur hiatus. Ainsi, des traces patentes d’Once Upon The Cross et de Covenant sont décelables de çà et là, bien que les origines lointaines des allemands leur permettent de revendiquer un statut de précurseurs, même si leur unique démo est longtemps restée enterré dans l’underground le plus profond. Mais il n’y a pas de mal à vouloir remettre le couvert, spécialement lorsqu’on sait se montrer efficace et direct, et « Withdrawn » d’entamer les débats de la manière la plus véhémente qui soit. Déluge de blasts pour remettre les pendules à l’heure, et reprise des hostilités là où Envoys of Extinction les avaient laissées, malgré les cinq années séparant les deux méfaits. Et lorsque Fabian grogne un médian « You disgust me », on n’a aucun mal à le croire, tant sa voix caverneuse mais précise domine les débats de son phrasé à haut débit. Il n’est d’ailleurs pas interdit de rapprocher les allemands de notre propre scène Death/Thrash des années 80, en citant les MASSACRA, mais aussi le NO RETURN le plus vociférant, et évidemment les immanquables AGRESSOR, bien que le son des CONVICTORS soit moins diffus et leur thématiques bien plus précises.

Et finalement, malgré des enchaînements assez prévisibles, le tout fonctionne aux premier et second degrés, puisque le quatuor a pris le temps de travailler sa partition, pour délivrer une symphonie de déraison que quelques accès de fièvre Heavy viennent moduler (« Remnants of Sanity »). En évoluant constamment sur le fil du rasoir, mais en prenant soin de ne pas trop valser près du ravin, les allemands gèrent bien leur affaire, qui aurait sans doute pu être plus variée, mais qui en l’état, présente un combo sûr de son fait. Difficile de résister à l’emphase putride de « Fading Epitaph » dont les chœurs évoquent une mise en terre exubérante, et la succession de riffs purement Death et de syncopes plus volontiers Thrash confère à l’œuvre un délicat parfum de nostalgie, sans que le projet ne s’enfonce dans les affres glissantes de l’old-school un peu trop appuyé. La boue est donc encore fraîche, et la dualité des vocaux, dans la grande tradition de Glen Benton, l’accumulation de riffs en exagération de vibrato, les bends qui rendent hystériques, mais aussi ces aplatissements Heavy transforment Atrocious Perdition en produit tout à fait compétitif, pas de ceux qui marquent les mémoires au fer rouge, mais ceux vers lesquels on revient de temps à autres pour laisser reposer les grands classiques sur l’étagère.     


Titres de l'album :

                          1.Withdrawn

                          2.Remnants of Sanity

                          3.Fading Epitaph

                          4.Afflicted with Vermin

                          5.All Hope's Gone

                          6.Criteria

                          7.Abandoned Freaks

                          8.Aesthetic Mutilation

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par mortne2001 le 24/03/2019 à 18:01
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