Je continue mon tour du monde, le sac US sur le dos, pour dénicher dans l’underground de quoi alimenter ces colonnes, et aujourd’hui, mon périple m’entraîne du côté de l’Equateur, à Quito, pour y rencontrer une bande de brutes épaisses donnant dans la nostalgie bestiale. CONJURE est donc un quintet aux pseudos fleuris (Otreum - guitare/choeurs, Insane Blast Beat - batterie, The Phantom - guitares, Hellion Drunken - chant, Death Fingers - basse) fondé en 2013 et très actif sur la scène d’Amérique du Sud, agitant la côte ouest de ses exactions diaboliques en concert ou en studio. Après deux démos initiales (Iniciacion en 2013 et The Riffer en 2015), un premier EP (Feeling The Power, 2016) aussitôt suivi d’un LP (Condénate al Cuero y Metal la même année), puis d’un live (Speed in Hell, toujours en 2016), et d’un second EP (Speed Metal Bestial, 2018), les équatoriens nous sont donc revenus en 2018 en version longue-durée pour un second chapitre ne niant en rien leurs convictions profondes. Mais à la lecture des intitulés, vous aurez immédiatement compris à qui vous avez affaire, et il n’est en effet pas très compliqué de piger que ces brutes-là officient dans un créneau de nostalgie, celle d’un Speed sud-américain assez diffus et brutal, tirant son essence des premières exactions des combos brésiliens et allemands. Rien de bien neuf sous le soleil brulant de Quito, mais plutôt un passage en revue des possibilités Power, Speed & Thrash, le tout emballé dans un packaging assez classique lui aussi, à base de graphismes morbides et grandiloquents, de textes gentiment blasphématoires, et d’une attitude frondeuse leur permettant tous les excès sans paraitre chargé. Après une écoute rapide du passé du quintette, il s’avère que ce second effort se place dans une lignée logique directe, le genre n’admettant que peu d’écarts, continuant d’explorer un passé non révolu, à base de riffs simples mais mémorisables, de rythmiques puissantes et de breaks légèrement téléphonés. Nous nageons donc en pleine résurgence d’un genre qui avait pratiquement tout dit lors de ses premières années, bien que l’opération séduction fonctionne, grâce à une créativité dans le classicisme assez notable.

Unissant dans un même élan les mélodies inhérentes à la vague Power des années 84/85 et la férocité du Speed/Thrash des années suivantes, les CONJURE nous offrent donc un album qui n’est pas sans ambitions, ce que la longueur des morceaux tend à prouver. Il est assez rare pour les groupes du cru de proposer de longues suites de plus de huit minutes, et un morceau comme « Beyond », à la lisière d’un Heavy épique témoigne des capacités d’un groupe un peu plus fin qu’il n’y parait. Et même si le dit morceau recycle pas mal de plans déjà utilisés par les grands maîtres, on y sent en filigrane une capacité de s’extirper de sa condition de simple copie pour tenter d’élaborer un répertoire plus personnel, même si la passion qui anime le quintet fait plaisir à entendre et lui permet de se démarquer de l’écurie des labels spécialisés dans le rétro nitro. Outre des riffs qui tranchent dans le lard mais qui n’hésite pas à abuser des harmonies, c’est bien sûr le chant infernal d’Hellion Drunken qui marque les esprits de son timbre rauque et râpeux, évoquant les premières heures du Thrash Black paillard, et la juxtaposition des deux optiques permet au groupe de créer un décalage intéressant entre mélodies et énergie brute, ce qui tendrait à classer les CONJURE dans la catégorie multiple du Speed/Thrash légèrement Heavy sur les bords, à l’instar de leurs modèles de DESTRUCTION, LIVING DEATH et toute autre entité ayant posé les bases d’une agression modulée. Cette dualité représente donc le point de focalisation le plus évident de toute cette affaire, qui sous des atours formels dégage donc un parfum très personnel, laissant même une basse gironde s’exprimer en toute liberté.

Professionnel, construit, intelligent mais viscéral, Releasing The Mighty Conjure est donc un peu plus qu’un simple décalque d’œuvres déjà existantes, et surtout, une envie de prendre ses distances avec la vague old-school sud-américaine. Car même si le propos est évidemment passéiste, il est traité avec un flair indéniable, et surtout, animé d’une envie un peu plus sincère que la moyenne. On le sent dans le traitement des intros, et notamment la principale, « The Majesty Of Power », qui de ses claviers dramatiques et occultes tisse une toile onirique fascinante, permettant à « Devilish Beast » de frapper encore plus fort. Et après une minute de mise en situation, posant les jalons d’une théorie en dualité, c’est le Speed sauvage qui se met à cavaler, sans tomber dans les travers Blackened d’une génération qui préfère la facilité d’une sauvagerie brouillonne à la difficulté d’une puissance qui détonne. Les références à la première vague brutale des années 80 est frappante, mais le respect de la NWOBHM l’est tout autant, sans que le groupe n’accepte le moindre compromis, préférant mettre les croix renversées sur les autels et s’adonner aux joies d’un Speed/Thrash vraiment véloce et féroce (« Brigadas De La Muerte », double grosse caisse à la Phil Taylor pour un chant ibère assez dément et dégoulinant). Si les titres de leurs morceaux ne laissent planer aucun doute sur leur foi, ils sont parfois trompeurs, à l’image de ce très ironique « Speed Metal Legacy », aussi Heavy qu’un ad-lib de RUNNING WILD et aussi plombé qu’un rappel de GRAVE DIGGER ou ACCEPT. Les équatoriens savent donc ralentir la cadence pour ne pas passer pour de gros bourrins indisciplinés, et même ces cassures plus lourdes n’en sont pas dénuées d’intérêt, puisque traitées de la même façon que les arguments les plus béton.

Mais comme ils ne sont pas là non plus pour bricoler ou rigoler, les CONJURE continuent de speeder, en gardant l’aiguille du compteur hors de la zone de surchauffe, pour rester alertes et efficaces sans se crasher. « Abduction » est rapide, certes, mais surtout mélodique, un peu comme si les brésiliens des nineties croisaient le fer avec leurs aînés de la décennie Thrash précédente, et VIPER de percuter de plein fouet les OVERDOSE pour un choc frontal exposant les harmonies sur la vilénie. Bien sûr, loin de dresser une hagiographie que le quintet ne mérite pas encore, je n’occulte pas les quelques points faibles qui parsèment cette réalisation, et notamment une tendance à parfois privilégier des mélodies un peu faciles et à répéter des plans réchauffés, spécialement sur « Metal Impaler » qui n’est pas spécialement ce qu’ils proposent de plus frais. Mais si globalement, les cinq musiciens tirent admirablement bien leur épingle du jeu, ils abusent parfois d’une linéarité que seules des intros futées viennent sauver (« Witches Dance », qui répète son bréviaire VENOM pour l’insérer dans un dictionnaire SCANNER). Mais pas d’inquiétude à avoir, puisque ce deuxième album reste quand même d’un niveau assez élevé, et pas seulement au regard de critères de jugement dévalués par les années. Il conviendra à l’avenir d’aérer l’inspiration de quelques éléments moins triviaux, et de travailler cette dualité mélodie/puissance crue pour vraiment s’affirmer, et surtout, de continuer à proposer des inserts et des outro de la trempe de « Embrace Of Death », qui clôt l’album sur une note un peu douce/amère.              

                      

Titres de l'album :

                        1. The Majesty Of Power

                        2. Devilish Beast

                        3. Brigadas De La Muerte

                        4. Speed Metal Legacy

                        5. Abduction

                        6. Metal Impaler

                        7. Beyond (The Gates Ov Hell)

                        8. Placer Y Velocidad

                        9. Witches Dance

                        10. Embrace Of Death

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par mortne2001 le 15/02/2019 à 17:27
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