Il y a trois ans, je terminais la chronique d’Armageddon en ces termes :

« Car tous ces titres sont des indices qui en définitive forment une preuve. Une seule. EQUILIBRIUM est un très grand groupe, et Armageddon son achèvement. Pour l’instant. »

Et sans vouloir me la jouer, j’avais raison, des deux côtés. Car EQUILIBRIUM est en effet l’un des plus mésestimés des grands groupes modernes actuels, et son précédent album s’avérait être le meilleur. Mais avec de tels musiciens, tout est possible, y compris - et surtout - le dépassement. Et c’est certainement dans cet esprit que le tempétueux René Berthiaume a composé cette poignée de nouveaux titres, lui qui mène sa barque depuis 2001, en seul survivant d’un line-up d’origine moult fois modifié. Et lui qui se souvient qu’à l’occasion de leur premier concert, quelqu’un avait dit de son groupe qu’il disparaitrait aussi vite qu’il n’était apparu…C’était il y a quinze ans déjà, au Summer Breeze festival, et c’est peut-être cette remarque qui a forcé le guitariste à constamment se dépasser, faire mieux que précédemment, en offrir toujours plus à ses fans pour qu’ils ne regrettent pas de l’avoir suivi toutes ces années. Et toujours épaulé par Nuclear Blast qui confirme sa confiance, Renegades est donc le sixième né de la fratrie EQUILIBRIUM, et pas le plus timide de la famille. Continuant l’expérimentation entreprise, ce nouveau venu pousse encore plus loin la diversité, valide les choix électroniques, maintient le cap Modern Metal, sans pourtant cacher les influences Folk dans le placard des souvenirs. On trouve toujours ces mélodies au détour d’un refrain, mais modernisées, transcendées, incrustées, sans que le sextet ne donne l’impression de trahir la cause. Mais si l’on veut rester honnête envers soi-même, il faut accepter son évolution, et la traiter avec intelligence, ce que ce nouveau LP fait, en acceptant la nouvelle nature comme celle actuelle, et indéniable. Et sans aller trop loin, sans exagérer, sans affirmer que ces neuf nouveaux morceaux sont les meilleurs du répertoire des allemands (le recul n’est pas encore assez large pour ça), autant dire qu’ils font partie des grandes réussites du concept. Du bruit, de la fureur, de l’envie, des humeurs, et des tubes à la pelle. Et c’est déjà très bien.

« This is my destiny » hurle finalement Robert Dahn, sur « Path Of Destiny », partagé avec les stars Deathcore THE BUTCHER SISTERS. Plus qu’un aveu indirect, c’est l’assertion logique qu’on attend de tout nouvel album. Un nouvel album est une étape sur le chemin d’une destinée, et celle d’EQUILIBRIUM n’a pas été forcément tracée de façon linéaire. Les fans des deux premiers albums doivent avoir parfois du mal à comprendre les partis-pris actuels, mais s’ils aiment vraiment « leur » groupe, ils devraient s’enthousiasmer pour Renegades. Car c’est un album de Metal moderne bien dans son temps, qui en use les armes et qui en utilise les atouts pour sonner contemporain, sans trahir sa vision d’origine. Certes, il est de plus en plus difficile d’affilier le combo (René - guitare/claviers, Hati - batterie, Robse - chant, Dom - guitare, Skar - basse et Skadi Rosehurst - claviers) à une quelconque mouvance Folk, même si les harmonies malmenées de « Moonlight » nous renvoient aux temps anciens, ceux qui n’avaient pas encore à subir les assauts d’arrangements électroniques maousses, et de samples martiaux. Ecrit entre septembre 2018 et mars 2019, enregistré dans le home studio du groupe, mixé par Robin Leijon en Suéde et masterisé par Mike Kalajian à New-York, Renegades est donc un album cosmopolite, qui reflète bien les changements que René a ressenti dans sa vie privée, mais aussi ceux que le groupe a subi en fêtant l’arrivée de deux nouveaux membres. Désormais plus stable, il a pu se laisser aller à des choses moins évidentes, tout en nivelant le son pour lui faire adopter une homogénéité qui renforce l’impression de puissance qui s’en dégage. Et si le schéma est toujours le même pendant un peu plus de quarante minutes (des couplets surgonflés menant à des refrains aux mélodies privilégiées), chaque entrée à son individualité, même si la cohésion d’ensemble est manifeste. Le groupe s’autorise même des incartades sur le terrain de l’ultraviolence, suggérant une union entre STRAPPING et MINISTRY (« Kawaakari - The Periphery Of The Mind », plus Néo Power Metal, c’est impossible, ou alors dans un rêve humide des DRAGONFORCE). Et si pour certains, le résultat semblera « trop », « too much » ou « emphatique », il est inutile de nier l’évidence. EQUILIBRIUM voulait marquer son retour de la façon la plus tonitruante possible.

Ce que souligne sans ambages « Tornado » de son titre et de son souffle symphonico-épique. Le groupe a délibérément choisi d’enregistrer de petites symphonies de poche, superposant les couches, gonflant la rythmique, épaississant les guitares pour obtenir la patine brillante souhaitée, sans toujours éviter le piège de la redondance ou du Metal un peu trop opportuniste. On sent la recherche du plan fatal derrière toutes les idées, qui ne font pas forcément mouche, mais qui suffisent largement à atteindre un objectif global. Les sons synthétiques, singeant avec maladresse des tonalités d’orchestre symphonique ne sont pas toujours heureuses, et l’alternance chant clair/chant grave montre souvent ses limites, reproduisant les mêmes tics d’un titre à l’autre. Mais il est toutefois difficile de se montrer négatif à l’égard d’une telle démonstration d’exubérance, comme une absence totale de mesure et de limites. C’est ainsi que « Himmel Und Feuer » éclate telle une colère divine, avant de malheureusement tomber dans les travers d’un refrain très connoté « german Metal », fleurant bon les défauts nationaux. Mais nul n’en étant exempt, il est vain de vouloir les recenser pour pointer du doigt les quelques errements d’un album au-dessus de tout soupçon. Car Renegades assume de sa folie tous ses travers, qui parfois restent dans l’ombre, pour produire une démarque très crédible du KMFDM le moins club et le plus rave (« Hype Train »). La hype ? Pas vraiment une obsession pour EQUILIBRIUM qui parvient à nous faire danser et headbanguer en même temps, avant de tout lâcher sur le plus qu’ambitieux « Rise Of The Phoenix ». Intro délicate de claviers, blasts implacables, et déroulé de plus de sept minutes, écrasant de dramatisme, qui achève de conférer à ce sixième album l’aura larger than life qu’il mérite amplement. 

Pour en revenir à l’entame de cette chronique, je ne pourrais affirmer avec poigne que ce sixième album des allemands est leur achèvement. Peut-être n’est-il plus humblement qu’un pas de plus sur un parcours qu’on souhaite encore long, mais il est en tout cas la preuve que le groupe ne reste pas assis sur son propre trône.

   

Titres de l’album :

                          1. Renegades - A Lost Generation

                          2. Tornado

                          3. Himmel Und Feuer

                          4. Path Of Destiny (feat. The Butcher Sisters)

                          5. Moonlight

                          6. Kawaakari - The Periphery Of The Mind

                          7. Final Tear

                          8. Hype Train (feat. Julie Elven)

                          9. Rise Of The Phoenix

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par mortne2001 le 25/01/2020 à 18:52
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