Rotten Human Kingdom

Subterraen

20/11/2020

Transcending Obscurity

Transcending Obscurity, pourvoyeur de travers musicaux en tous genres, quatre titres pour quarante-huit minutes dont un interlude d’à peine deux, la sentence paraissait irrévocable et inévitable. OUI, et en majuscules, les SUBTERRAEN se vautrent dans la fange Doom et Sludge, comme le goret dans sa soue, et n’ont pas honte de leur déviance en lourdeur majeure. L’on aurait pu croire la belle ville de Nantes si joliment chantée par Barbara plus propice aux divagations romantiques, mais visiblement, la cité des Pays de la Loire pousse aussi ses musiciens à la lucidité urbaine la plus désolée, de la même manière que Denver oblige ses résidents à sombrer dans la violence la plus crue. Nous sommes ici bien loin d’une ode de saison à l’automne, et si les feuilles tombent dans les faits, autant être dure de la sienne pour apprécier ces longues litanies qui ne prennent pas en pitié nos tympans. Pour être honnête, il est même possible d’appréhender ce premier album comme la bande-son idéale d’une époque de noirceur, de solitude, de désespoir et d’envie de suicide, entre des décisions gouvernementales à l’emporte-pièce, la condamnation des petits commerces, le renforcement de l’état policier, et ce sentiment d’insécurité qui nous étreint tous lorsque nous pensons à l’avenir. Visiblement, le concept d’avenir n’existe pas pour ces trois nantais, qui ne conçoivent la musique que dans le passé (la note qui s’achève) et le présent (celle qui commence à naître). Et comme tous les fidèles suivant la procession du Sludge et du Doom vers les cathédrales de douleur artistique, les SUBTERRAEN prennent leur temps, imposent des ambiances pesantes, et cheminent d’un pas éléphantesque sur la route de la résignation.

Pas étonnant que ce label ait insisté pour signer les nantais : ils représentent la quintessence de la direction artistique de la maison de disques indienne, et sont parfaitement à leur place dans son cheptel d’animaux torturés à l’esprit tortueux. Fondé en 2017, SUBTERRAEN n’a rien publié dans l’ombre pendant trois ans, travaillant son grand soir pour qu’il ressemble à une nuit éternelle. Milvus (batterie), Chris KKP (guitare, design sonore) et Clem Helvete (guitare/chant), ont profité de leur expérience au sein de combos comme ABJVRATION, HKY, HANGMAN'S CHAIR, TIME TO BURN, HUATA, EVERY REASON TO ou OWL COVEN pour se bâtir un répertoire solide, qu’on imagine très bien émaner du soupirail d’une vieille cave nantaise, à l’abri des regards et du jugement des passants. Alors Doom et Sludge, forcément, puisque la rythmique ne franchit jamais le cap de la blanche appuyée, puisque la guitare reste bloquée sur des thématiques graves et redondantes, mais pas que, puisque ce chant capté du fond des temps nous indique aussi des accointances Post Black Metal, voire Black tout court. Ainsi l’appellation vulgaire de Blackened Sludge semble être la bonne, malgré son côté trivial et inventé, mais la musique du trio s’apparente plus facilement à une expérience de douleur auditive et sensorielle, unissant les obsessions hypnotiques de NEUROSIS, l’acidité létale et la vilénie de PRIMITIVE MAN, et le goût immodéré pour les immondices de l’humanité d’EYE HATE GOD. Et à la lecture de ces trois références, tous les vicieux et pervers Noise de la création de prendre le train en marche, et de faire fonctionner leurs instincts de petits voyeurs à deux sous. Mais vous avez raison, rejoignez-nous. La morale n’a rien à faire ici.

Ici, seule la perversion s’impose, et dans les grandes largeurs. Sonnant comme un énième coup de génie du tandem Kurt Ballou/Brad Boatright, Rotten Human Kingdom empeste la rancune, le rance, les égouts de l’âme qui débordent, et l’envie de se terrer au creux de la résignation pour oublier l’injustice d’une époque vaine et sans porte de sortie. « Blood for the Blood Gods » met d’ailleurs les choses bien au point, aucune lumière ne filtrera par les persiennes, et personne n’en ressortira grandi, bien au contraire. Le son est ample, comme un ciel d’orage, les deux guitares sonnent comme l’hallali, et la batterie sourde donne le la d’une marche sans but, sentiment mis en exergue par un chant exhorté comme un dernier soupir, ou un avertissement arrivant trop tardivement. L’approche est classique, mais le rendu est personnel, les breaks et cassures nombreux, mais l’homogénéité ne souffre pas de ces changements de cap. Ici la logique de l’unicité est reine, et les motifs insistants, pourtant, il émane quelque chose d’étonnamment progressif de ces longues compositions. Le savoir-faire des uniques NEUROSIS revient à la surface, et si le surplace à tendance à dominer les débats, il n’est jamais gratuit. Il impose une humeur, un ressenti, et vous oblige à regarder le démon en face. Et si dans le fond, « For a Fistful of Silver » n’est pas vraiment différent et représente plus une extension qu’une suite, le chant brulant les poumons déchaîne les idées les plus sombres, et le processus de contamination a déjà commencé : le virus est en vous.

« Oceans are Rising » pourrait être considéré comme une rupture dangereuse pour le groupe, mais sa parcimonie en mélodie amère joue justement sur les nerfs, et accentue la claustrophobie. Comme un mince filet d’air passant par les interstices du cercueil, il vous laisse humer une dernière fois la vie, avant que l’interminable et éprouvant « Wrath of a Downtrodden Planet » ne referme le couvercle de sa lourde et emphatique intro.

Véritable pamphlet composé à la gloire du Doom le plus maladif, cette clôture de dix-huit minutes est en quelque sorte la synthèse parfaite des méthodes peu recommandables dont use le groupe tout au long de ce premier album. Il y a du GOATLORD là-dedans, des intentions claires, et une lancinance en goutte d’eau qui fait déborder le vase de la patience. Avec un break central grave comme un diagnostic fatal, et une reprise encore plus écrasante, cette épiphanie d’insistance à raison de nos derniers espoirs, et se termine dans un crescendo répétitif, mantra noir et triste épilogue d’une vie sans importance. Et si les SUBTERRAEN souhaitaient mettre en illustration le désespoir d’une époque annonciatrice de temps encore plus cruels, il ne s’y serait pas pris autrement : son premier album est aussi enthousiasmant qu’une sentence de prison prononcée sans un trémolo dans la voix par un juge blasé.                           

              

                                                                                                                               

Titres de l’album:

01. Blood for the Blood Gods

02. For a Fistful of Silver

03. Oceans are Rising

04. Wrath of a Downtrodden Planet


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par mortne2001 le 25/08/2021 à 14:52
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