Un side-project généralement, ça sort de nulle part. Ça prend les mecs comme une envie d’aller aux toilettes, et après une beuverie tardive, une jam dans un studio ou un local de répète, un nouveau truc émerge de deux ou trois déjà existants, pour la plus grande joie des protagonistes…Et souvent des protagonistes uniquement. Il y a des spécialistes de l’exercice, les accros au Grind notamment (reconstituer l’arbre généalogique des années 80 est une gageure que peu peuvent relever), ou Phil Anselmo, Paul Speckman, Nicke Andersson, Josh Homme, enfin, une liste longue comme le bras, mais des produits qui souvent n’en sont que de nom. Mais parfois, un side-project, selon les aléas de la vie peut devenir un projet à (très) long terme. Un machin qui murit dans le cerveau, ou au contraire, une vieille idée gardée sous le coude et jamais mise à exécution par manque de chance, hasard contradictoire, ou impondérables. Le cas qui nous intéresse aujourd’hui fait justement partie de cette catégorie, puisqu’on en trouve trace dès 1994, soit, il y a vingt-quatre ans. A l’époque, le chanteur d’un groupe de Doom fameux et ex-chanteur d’un groupe de Grind encore plus fameux s’était mis en tête avec quelques potes d’autres groupes tout aussi fameux (dont le sien) de retourner à ses racines musicales, histoire de se faire plaisir. Sauf que rien ne se passa comme prévu, et que l’idée aussi fortuite que géniale se retrouva bloquée au stade du concept, et qu’il fallut à ses géniteurs patienter la bagatelle de vingt ans pour enfin la faire avancer. Un EP naquit donc en 2013, la première œuvre des SEPTIC TANK, qui bien qu’annonciatrice d’une suite qu’on pressentait imminente, ne fut qu’une tentative de plus tuée dans l’œuf. Mais cinq ans plus tard, SEPTIC TANK revient enfin aux affaires sérieuses, avec ce premier LP qui aurait dû émerger il y a plus de deux décennies, et qui finalement, ne sort qu’aujourd’hui. Un mal pour un bien ? Je n’en sais rien, mais ce que je sais, c’est qu’en substance, Rotting Civilisation fait beaucoup de bien en faisant mal aux oreilles.

Qui dit side-project, dit évidemment main-project. Et les quatre gus embringués dans cette affaire ont un CV plutôt fourni dans le genre. Car loin d’être des inconnus ou des figures de l’ombre à la réputation timide, les protagonistes de cette aventure nous en viennent de l’orée de la violence instrumentale. Excusez du peu, et pardonnez-leur d’avoir été trop occupés pour s’occuper de vous, mais entre Lee Dorian (NAPALM DEATH - CATHEDRAL), Gary Jennings (ACID REIGN - CATHEDRAL), Scott Carlson (REPULSION - DEATH BREATH) et Jaime Gomez (AT DUSK - BLUTVIAL), le calendrier est du genre chargé, même si certains d’entre eux n’étaient pas forcément impliqués au départ. Mais passons outre le passé/passif du concept, puisque c’est son présent/futur qui nous concerne aujourd’hui, en l’occurrence ce fameux LP introductif qui commençait à prendre des airs d’Arlésienne. Distribué évidemment par Rise Above, Rotting Civilisation respecte les désirs de ses concepteurs, et se penche sur trente années d’extrême, en se proposant de synthétiser tous les courants qui ont entrainé la passion de ces musiciens pour la musique qu’ils ont toujours pratiquée. Sans connaître les tenants et aboutissants, et sans avoir posé ses oreilles sur Septic Tank il y a cinq ans, on pouvait craindre de la présence de Dorian et Jennings au casting qu’on nous refourgue des effluves moisies des PENTAGRAM, ST VITUS ou TROUBLE, histoire de faire le point sur un Doom historique, mais c’eut été mal connaître les affinités des deux fauteurs de trouble en question, dont la fascination pour l’extrême ne se limite pas à une pesanteur permanente. N’oublions pas les débuts de thrasher de Gary, et l’entame de carrière Punk-Hardcore de Lee, ni l’apport gigantesque du pionnier du Grind Scott Carlson, qui avec REPULSION et son légendaire Horrified, fut à l’origine de la naissance du genre, mais aussi de la dévotion de toute la scène anglaise qui acheta l’album sous le manteau.

Pour autant, pas question de monolithisme ici, ni de focalisation excessive sur une seule option. Le quatuor a justement choisi de ne pas choisir, et de se faire plaisir en nous faisant plaisir. On retrouve donc la jeunesse des quatre olibrius étalée comme un tapis de bain, et c’est par plusieurs versants qu’ils abordent la montagne de violence qu’ils gravissent avec une aisance déconcertante. Aussi Punk qu’il n’est Hardcore, aussi Death qu’il n’est Crust, aussi Thrash qu’il n‘est Grind, Rotting Civilisation est une carte du tendre de l’extrême made in 80’s, qui revisite à sa propre sauce spicy but cool le Crust de DISCHARGE, le Grind de REPULSION et HERESY, le Punk des CRASS et l’Anarcho-Core de ses propres racines, s’arrêtant même sur la case occulte/glauque si chère aux CELTIC FROST et HELLHAMMER, tout en faisant des appels du pied à la scène Death suédoise des nineties, qui tétait encore son biberon de vodka alors que Lee et sa bande enregistraient déjà. Avec un tel panel de références, on pouvait légitimement craindre une dispersion tout à fait probable, mais c’est bien l’inverse qui se passe, et qui aboutit à un petit miracle. Sans s’accrocher aux branches, ni passer pour de vieux cons donneurs de leçons qui raccordent les wagons au petit bonheur la chance, les potes de SEPTIC TANK nous démontrent qu’ils n’ont pas oublié comment s’amuser sérieusement, ni comment rendre hommage sans piller le répertoire des légendes. Eux qui en sont d’ailleurs, offrent ici l’image de passionnés indécrottables, revenant au temps béni du tape-trading avec leur propre album dans la boom-box. Et autant le reconnaître, c’est le panard. Si le Punk et le Hardcore se taillent la part du lion, les allusions Thrash et accolades Death sont savoureuses, et lorsque le groupe se lâche sur un terriblement Frostien « Death Vase », c’est l’euphorie tant les riffs sombres et sommaires de ce morceau auraient eu leur place sur le séminal et génial Morbid Tales. Ils imitent à merveille d’ailleurs l’austérité sombre de Warrior & co, mais autant prendre ça pour un gimmick, tout comme l’incarnation plus vraie que nature de DISCHARGE que « Who », ou « Lost Humanity » nous offrent.

Partageant le timing entre fulgurances et instances plus larges, le quatuor se démène pour nous faire passer un bon moment, et le temps parait d’ailleurs très court en leur compagnie. Il passe tellement vite qu’on a même du mal à suivre le tempo (« Self-Obsessed », « Fucked », on n’a pas fait partie de NAPALM DEATH ou de REPULSION pour faire joli les enfants), mais on s’accroche quand même à la voix bien rauque de Lee qui nous guide à travers ce tour en roller-coaster, accélérant sur « Whitewash » pour transposer les MINOR THREAT au vingtième siècle, pour mieux décélérer sans ralentir sur « Digging Your Own Grave ». Grosse basse, mid tempo qui lamine (« Social Media Whore, joli règlement de compte), batterie qui s’envole vers les cimes (« Treasures Of Disease », celui-là, Barney et les autres auraient pu nous le coller sur Enemy Of The Music Business), et beaucoup d’autres petits plaisirs même pas coupables qui justifient la très longue attente qui nous aura frustrés pendant tant d’années. Alors j’en conviens, SEPTIC TANK n’est qu’un side-project. Mais il nique leur race à tellement de groupes majeurs qu’on jouit encore plus de le savoir à la hauteur. Et puis franchement, vingt-cinq ans c’est quoi ? Une carrière ? Ça tombe bien, il y en a peut-être une nouvelle qui démarre.


Titres de l'album:

1. Septic Tank

2. Who?

3. Victimised

4. Social Media Whore

5. Divide and Conk Out

6. Treasurers of Disease

7. Fucked

8. Whitewash

9. Death Vase

10. You Want Some

11. Digging Your Own Grave

12. Danger Signs

13. Walking Asylum

14. Lost Humanity

15. Never Never Land

16. Self-Obsessed

17. Living Death

18. Rotten Empire

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par mortne2001 le 05/05/2018 à 18:04
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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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