Sickness Divine

Red Death

29/11/2019

Century Media

Il y a des groupes que l’on chronique et qu’on oublie. D’autres qu’on ne chronique pas sans se demander pourquoi. Lorsqu’un journaliste fonctionne en haut débit et aligne les proses, sa mémoire lui fait parfois défaut, et il lui arrive de retomber sur des groupes déjà traités sans que l’évidence ne le frappe au coin de bon sens. Et puis, il existe aussi une catégorie très restreinte d’artistes dont la rencontre est déterminante, et chaque étape marquante. En remarquant le nom de RED DEATH dans la liste des nouveautés, je n’ai pas hésité une seconde, puisque justement, ma mémoire a fait tilt dès lecture et vision. Et pour cause, puisque ces américains rythment mon quotidien depuis quatre ans maintenant en alignant les longue-durée/parpaings comme d’autres les anecdotes de bas de page à peine dignes d’être mentionnées. Néophytes, sachez que je vous envie, car découvrir les RED DEATH est un plaisir qui se déguste, une beigne qu’on se mange en tendant immédiatement l’autre joue, et surtout, le plus important, la preuve que DC n’a rien perdu de sa superbe avec les années. En deux albums, les originaires de Washington ont redéfini le Crossover comme les initiateurs avaient pu le définir dans les années 80, sans se faire remarquer sciemment, autrement que par la qualité de leur musique. Et si Permanent Exile était un extraordinaire brouillon digne d’une copie A+, Formidable Darkness était de ces chefs d’œuvre mineurs que le temps réhabilite avec un peu de sagacité et d’honnêteté. Car la puissance dégagée par les œuvres de ce quintet (DHD – chant, Ace & Alfredo – guitares, Robin – basse et Connor – batterie) n’est rien de moins que digne d’un croisement opportun entre les miraculeux EXCEL, les lumineux LEEWAY, et les impitoyables AGNOSTIC FRONT, le tout emballé dans une rage qui fait défaut à bon nombre de combos actuels encore occupés à singer les astuces les plus évidentes de leurs influences. Alors à l’annonce de la sortie de Sickness Divine, je n’ai pas hésité une seconde, et j’ai préparé mes superlatifs les plus flatteurs. Sans savoir qu’ils allaient encore être un peu faibles pour qualifier le bloc de béton que je m’apprêtais à recevoir sur la gueule.

Aujourd’hui signés sur le référentiel Nuclear Blast, les RED DEATH sont prêts à jouer dans la cour des grands, leur domaine, évident. En à peine plus de trente minutes et une dizaine de morceaux, les américains ont encore perfectionné leur recette sans l’édulcorer ou la stériliser, et sans transformer en automatismes ces accès de rage qui les caractérisent. Objectivement, pas grand-chose de neuf depuis la bombe Formidable Darkness, puisque la recette est exactement la même. Un juste milieu trouvé entre l’épaisseur d’un Metal tendance Thrash et la fluidité haineuse d’un Hardcore vraiment fielleux, un peu à la manière des lapidaires EXILE ou des magiques ENFORCED dont le dernier album m’avait peu ou prou fait le même effet. Et pour cause, puisque les deux groupes ont emprunté la même voie. Une épaisseur à rendre verts de rage des SLAYER en retraite, et une liaison gracile à faire tourner fou les SUICIDAL de la grande époque. En disposant du meilleur son de leur carrière, les américains se lâchent, et nous fracassent, de leurs rythmiques pur OVERKILL en version saindoux et tripes de goret, et de leurs riffs méchants et sournois qui tournoient comme des vautours. La méthode est traditionnelle, mais portée à ébullition, dans une cocotte qui explose à la moindre occasion, c'est-à-dire sur chaque titre. Ainsi, « Sword Without a Sheath » se veut parangon de cette approche, mis développe aussi des trésors d’inventivité, alertant des passages d’une solidité effrayante et des trouvailles de guitare en forme de gimmick indispensable. Et lorsque les RED DEATH sont Heavy, personne ne l’est plus qu’eux, même pas DOWN ou PANTERA. Lorsqu’ils sont Thrash, ils ne font pas semblant, comme en témoigne le cruel et lapidaire « Sheep May Unsafely Graze ». Et pour la faire courte, lorsque les RED DEATH sont, ils sont les meilleurs de leur catégorie, plurielle, mais unique dans les faits. Une tempête décoiffante, une détonation assourdissante, et un massacre organisé par des gens intelligents et conscients de leurs moyens. Les plus dangereux.

Rien n’est incongru chez eux. De l’utilisation d’une cowbell pourtant connotée à l’insertion de soli purement Heavy dans un contexte Core. Aucune idée, aucun plan ne semble forcé ou rapporté, pour augmenter un timing ou se rapprocher d’un courant. On sent que les astuces les plus traditionnelles (l’intro classique de « Path of Discipline » en est un bon exemple) sont là pour planter un décor et non pour boucher un trou, et que les enchainements les plus prévisibles ne sont utilisés que pour décupler l’efficacité (le mid tempo du même morceau qui donne des fourmis dans les poings). Les crises harmoniques rappellent évidemment tout le talent d’un Rocky George, mais elles s’accompagnent la plupart du temps d’accélérations fulgurantes qui laissent sur le flanc (« (Refuse to Be) Bound by Chains »), à la mode Crossover/Speedcore des années 80. Toujours prompts à nous marcher sur les docs et sur les tympans, les originaires de DC font honneur à leur héritage et leur patrimoine, et nous bombardent d’une basse gigantesque sur fond de saccades tranchantes (« Ravage » on ne pourrait imaginer titre plus approprié). Le côté instantané de leur musique s’accompagne pourtant d’une maturité qui laissera le temps juger, positivement évidemment, et leur œuvre avec ce troisième du nom prend une ampleur énorme, qui risque fort de les ranger (si ce n’est déjà fait) dans le clan très fermé des leaders d’une nouvelle génération méchamment énervée. Et il est d’autant plus sidérant de constater que le quintet se fait une place au soleil sans proposer réellement quelque chose de neuf, mais en décuplant une puissance déjà existante, à l’image du final terriblement emphatique de « Exhalation of Decay ».

Certains remarqueront l’efficacité immédiate de « Face the Pain », archétype de Crossover hargneux et percutant. On ne saurait les en blâmer, puisque justement ce morceau fait tout pour convaincre sur le moment, mais les plus investis et curieux se diront que les qualités les plus fondamentales de Sickness Divine se cachent dans les détails les moins perceptibles, et surtout dans cet équilibre stable entre volonté Heavy, purisme Core et furie Thrash (« Sickness Divine ») qui au final, délivre un cocktail assommant, mais n’altérant pas la lucidité auditive. Mais à quoi bon tourner autour du pot lorsque celui-ci trône au milieu de la pièce ? RED DEATH est la synthèse de violence la plus efficace que vous pourrez trouver sur le marché, et l’un des plus grands groupes de sa catégorie. Une tuerie dirait-on pour simplifier. Un groupe que l’on chronique et que l’on n’oublie jamais en fait.      

                                  

Titres de l’album :

                          01. Sickness Divine

                          02. Face the Pain

                          03. Sword Without a Sheath

                          04. The Anvil’s Ring

                          05. Sheep May Unsafely Graze

                          06. Path of Discipline

                          07. (Refuse to Be) Bound by Chains

                          08. Dreadful Perception

                          09. Ravage

                          10. Exhalation of Decay

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par mortne2001 le 14/12/2019 à 14:35
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