Songs of a Broken Future

Intense

27/03/2020

Pure Steel Records

Encore un groupe à la carrière assez étonnante, pas vraiment erratique, mais aux longues pauses et à la condition intimiste assez surprenante au vu de la qualité des efforts proposés. Nous en venant de Basingstoke dans le Hampshire, les INTENSE justifient plus leur baptême de leur densité électrique que de leur production soutenue, puisque depuis sa création à l’orée des années 90, le groupe n’a publié que trois LPs, et qu’il lui a fallu plus de dix ans pour accoucher de son premier long professionnel. Après avoir enfilé les démos comme les perles sur le collier de l’underground dans les nineties (cinq en huit ans), publié un premier EP assez prometteur (Dark Season en 1997), connu divers problèmes de line-up avec des membres pas vraiment concernés par les diverses directions prises, INTENSE a donc fini par se stabiliser en 2004, avec l’arrivée du dernier membre permanent Stephen Brine à la basse. Depuis plus de quinze ans le quintet n’a donc pas changé de configuration, restant en quintet avec en sus de Stephen les deux membres originaux Nick Palmer à la guitare et Sean Hetherington au chant (seul à n’avoir jamais quitté le navire), Dave Peak à la guitare et Neil Ablard à la batterie. Mais si le groupe a bien assis ses positions dans les années 2000, publiant « presque » coup sur coup trois albums (Second Sight en 2004, As Our Army Grows en 2007 et The Shape of Rage en 2011), il a finalement une fois encore disparu dans les limbes pendant neuf ans, les fans attendant désespérément une suite à cette aventure entamée il y a de nombreuses années et dont ils sont friands…C’est donc avec bonheur que ces fans ont découvert Songs of a Broken Future en mars dernier, publié par la firme allemande de puristes Pure Steel Records, label qui a dû se réjouir de ce Metal sans concession, à la limite du Progressif dans les ambitions, et à la lisière du Power Metal sans vraiment tremper sa guitare/épée dans la lave.

INTENSE est donc une sorte de croisement dans les faits, un croisement entre la première vague de NWOBHM populaire de l’orée des années 80, et celle de Power Metal de la fin de la même décennie. En connaissant leur parcours et en écoutant ce nouveau-né, on comprend vite que les influences des anglais sont en parties nationales, avec pas mal de MAIDEN dans l’équation, un poil de JUDAS PRIEST aussi, mais également des clins d’œil au-delà des frontières, à MANIGANCE chez nous, et à NEVERMORE aux Etats-Unis, sans oublier les PRIMAL FEAR en Allemagne. C’est donc à un voyage cosmopolite que les anglais nous convient avec en exergue une ligne de conduite qui ne dévie que très peu du schéma initial : un duo de guitares qui se complète à merveille façon Smith et Murray, un chanteur aux capacités sobres mais qui sait affirmer ses lignes vocales, des riffs qui empruntent au PRIEST sa fascination pour le Thrash de Painkiller, et des ambiances plus ou moins tamisées, symptomatiques du Power Metal le plus empreint de mysticisme. D’ailleurs, en plaçant « End Of Days » en réelle entame de son quatrième LP, les anglais ont pris soin de mettre leur énergie en avant, imitant à la perfection le meilleur HEATHEN sans risquer d’être pris pour un groupe de Speed, avec des claviers très présents et une rythmique entreprenante. Malheureusement, et c’est le reproche principal qu’on peut adresser au groupe, cette peur de jouer trop fort et trop vite qui confine les morceaux dans un carcan de mid-tempo qu’on aimerait voir décoller plus souvent. Certes, le refrain de ce premier véritable morceau est fédérateur comme du HELLOWEEN, mais on regrette que la cadence d’abattage n’ait pas été maintenue, malgré une densité de riffs assez conséquente.

Les atouts de la formation anglaise sont évidents dès les premières mesures. Une inspiration noble et classique transcendée par une mise en place moderne, des plans héroïques, des chœurs présents qui soulignent les parties vocales les plus harmoniques, un sens du crescendo assez patent, un léger dramatisme, et une connaissance encyclopédique des méthodes de composition des années 80. Mais aussi une propension à la nostalgie qui n’occulte pas l’époque actuelle, un son clair et profond, qui permet à la basse de claquer lorsqu’il le faut, et une osmose globale entre les musiciens palpable. Si le Heavy Metal classique est évidemment l’influence la plus marquante du quintet (« Head Above Water »), le Speed façon Power est aussi une bonne recette maison, et avouons que les musiciens se débrouillent plus que bien dans ce créneau. Ainsi, lorsque Neil Ablard garde la cadence élevée, on pense à SCANNER, au STRATOVARIUS des débuts, mais aussi à HELLOWEEN, PRIMAL FEAR, NEVERMORE, et tous les groupes flirtant avec les frontières pour imposer la puissance (« The Jesters Smile »). Très portés sur les longs morceaux à ambiance (plus de quatre au-delà des six minutes), les membres d’INTENSE savent aussi résumer et concentrer leur propos, et proposer des titres plus aérés et compacts, à l’image du très catchy « The Tragedy Of Life ». Le tout est donc très équilibré, et n’hésite pas à durcir le ton quand il le faut, avec des inserts plus intenses - sans aller jusqu’à évoquer un Thrash léger mais presque - et « Stand Or Fall » de provoquer un headbanging immédiat de ses saccades efficaces. D’un autre côté, les chapitres les plus développés et alambiqués ne manquent pas de piquant, et sans aller jusqu’à provoquer IRON MAIDEN sur son propre terrain, les anglais savent lui piquer ses astuces les plus emphatiques (« Songs Of A Broken Future »).

Des mots positifs, un bilan qui se veut penché du bon côté de la balance, un sens de l’à-propos qui leur permet de proposer des approches plus modulées et douces sans perdre de leur puissance (« Until The Memories Fade »), mais aussi…des défauts qu’il m’est impossible d’occulter. Premièrement, des titres qui l’un après l’autre finissent par se ressembler, avec une heure de musique qui aurait sans doute gagné à être rognée, et deuxièmement, un chanteur au timbre un peu trop soft et monocorde qui finit par lasser. Loin des hululements de Kiske, Dickinson ou Halford, Sean Hetherington se contente de médiums qui lui vont très bien, mais qui manquent d’ampleur et d’émotion. Parfois, le soufflé retombe à plat, et alors qu’on se croit en droit d’attendre des envolées lyriques poignantes, le vocaliste reste sur la même portée, condamnant l’instrumental à une linéarité pas forcément méritée. Mais en gardant la raison, en occultant quelques morceaux dispensables, et en se concentrant sur les mélodies et les rythmiques, Songs of a Broken Future reste un album largement au-dessus de la moyenne, qui sonne parfois daté à cause de ce chant trop en avant et de quelques thèmes un peu usés. Pas de quoi fouetter un chat, mais pas de quoi non plus rameuter les foules.                         

                                                      

Titres de l’album :

                           01. The Oncoming Storm

                           02. End Of Days

                           03. Head Above Water

                           04. Final Cry

                           05. I Agonise

                           06. Songs Of A Broken Future

                           07. The Social Elite

                           08. The Jesters Smile

                           09. The Tragedy Of Life

                           10. Until The Memories Fade

                           11. Stand Or Fall

                           12. Children Of Tomorrow

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par mortne2001 le 09/08/2020 à 18:11
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