Sorceress

Blood Curse

31/10/2018

Autoproduction

Tout ça va être très subjectif et partial, mais un groupe capable de citer conjointement comme influences CANNIBAL CORPSE et CINDERELLA, ou CARCASS et RUSH est tout à fait digne d’intérêt. Après tout, l’éclectisme est roi en domaine créatif, même si les fans de Metal ne sont pas toujours réputés être les plus ouverts. Affirmation contre laquelle je m’élève en faux, synthétisant les courants et les opinions à longueur d’année en juxtaposant les chroniques et les commentaires, qui semblent démontrer que notre cercle est d’initiés bien sûr, mais qui ne rechignent justement pas à sortir de leur zone de confort. Mais pour autant, inutile de vous attendre à une tentative fusion ou à de l’avant-garde sans peur mais avec reproches, puisque notre sujet de conversation du soir est plutôt du genre puriste, intègre, et surtout nostalgique d’une musique en vogue il y a quelques décennies, lorsque le style cherchait justement à trouver une transition idéale entre des 70’s référentielles et des 80’s se voulant révolutionnaires. C’est ainsi que les BLOOD CURSE nous en viennent de leur Kentucky natal pour nous offrir une version très américanisée des débuts de la NWOBHM, qu’ils citent abondement comme référence ultime de leur démarche, et que leur premier album s’évertue à remettre au goût du jour, un goût très prononcé ces dernières années d’ailleurs. Mais que peuvent donc bien apporter ces originaires de Caneyville à cette vague de nostalgie qui chaque semaine nous engloutit ? Pas beaucoup d’innovation évidemment, puisque tous les afficionados de la mode old-school reprennent les recettes de leurs modèles à la lettre, mais un petit vent de fraîcheur à la lisière d’un Heavy Metal de rigueur, qui ne rechigne toutefois pas à se diluer dans un Hard-Rock up in time du temps du SABBATH de Ronnie James DIO. Et après une mise en jambes en forme de démo en 2017, éponyme (ou presque) comme il se doit, ces nouveaux-venus assemblés il y a deux ans nous jouent donc la carte du longue-durée, qui reste quand même modérée.

Trente-cinq petites minutes et puis s’en vont, tel est le programme des BLOOD CURSE avec Sorceress. Juste le temps de lâcher quelques hymnes à la mémoire d’anciennes gloires, et de respecter un cahier des charges très précis. Un style qui louvoie entre Doom timide et Heavy intime, et des accointances avec les pionniers européens de l’orée des années 80, pour un cocktail sinon enivrant, tout du moins rafraichissant. Et en se plaçant dans la plus droite lignée des SATAN, WITCHFINDER GENERAL, ANGEL WITCH, TRESPASS ou DIAMOND HEAD, et en avouant des affinités indirectes avec la vague Thrash US et allemande, ce trio en demande (Aaron Franks - guitare/chant,  Olivia Franks - batterie et Scott Briggs - basse/chœurs) se permet donc des sinuosités assez intéressantes, tout en restant collé à une éthique balisée, faite de riffs francs mais mélodiques, évoquant parfois le SAXON le plus entraînant, ou le DIAMOND HEAD le plus franc. Heavy donc, par ressenti, mais harmonique par défi, tel est donc l’équilibre des forces en présence, et si Sorceress ne révolutionnera pas la mouvance vintage de son culot, il l’agrémentera de quelques brûlots, savamment dispensés sur un timing resserré pour ne pas lasser et jouer la citation un peu trop appuyée. Ce qui n’empêche nullement ces musiciens de se servir dans le patrimoine collectif, en nous livrant une très honnête reprise des éternels ANGEL WITCH, groupe culte qui voit son hit éponyme briller d’une seconde jeunesse dans des mains assez expertes.

Mais outre cette appropriation qui en dit long, le reste du répertoire des américains a suffisamment d’arguments pour vous tenir la main, et vous amener non vers demain, mais plutôt vers avant-hier, spécialement lorsque les arrangements et les compositions font tout pour retrouver le parfum de rébellion de la première vague de chevaliers Heavy européens, ceux-là même que les suédois d’aujourd’hui admirent sans retenue (« Kill You (Tonight) »). On pense donc à un crossover entre une approche typiquement US du genre et quelques outsiders fameux, dont les MANILLA ROAD, et les actuels défenseurs scandinaves (NIGHT FLIGHT ORCHESTRA, DEAD LORD, etc…), le tout arrosé d’une énergie palpable qui va puiser aux racines du Heavy le plus mordant de quoi nous donner notre grisant (« Breaking Reality », presque Thrash sur son refrain aux à-coups de double grosse caisse en pas de loup), tout en louchant du côté du Doom des CANDLEMASS/ANGEL WITCH de quoi nous écraser sous son marteau de sorcière (« Conqueror Worm »). En gros, un genre de synthèse absolue de tous les courants émergents d’il y a bientôt quarante ans, qui a des airs de fausse compilation de reprises ou de tribute-band de l’ombre, tout en gardant une patte très personnelle qui rend ce premier album terriblement attachant. Et puis - encore une fois, soyons partial - un album qui débute par un morceau intitulé « Isabelle » ne peut pas être foncièrement mauvais, spécialement si l’hommage à ce prénom féminin s’accompagne d’un déroulé de riffs syncopés ultra-cliché sur fond de galopade de basse à la Steve Harris. Et outre une intro aux synthés dévorants, on appréciera un motif hyper gluant et redondant qui nous plonge immédiatement dans le bain pour nous faire headbanguer jusqu’au matin. Bin vu d’avoir entamé les hostilités avec une telle accroche, d’autant que les « burning hell » scandés de concert sont d’une efficacité…d’enfer.

Musiciens capables, les BLOOD CURSE ne s’embarrassent donc pas de fioritures inutiles, bien que le talent de soliste d’Aaron Franks soit assez évident. La section rythmique abat un boulot conséquent, et même si le marquage appuyé du tempo semble être la préoccupation principale du tandem Olivia Franks/Scott Briggs, ils n’en demeurent pas moins un pivot suffisamment inventif pour propulser la machine à riffs en avant (« Destitute » au multiples changements de cadence), mais aussi largement assez pertinent pour soutenir les avancées les plus élancées (« Sorceress », le genre de morceau que la NWOBHM composait au mètre, mais recréé ici pour le plus grand bonheur des anciens amateurs de brocante remise au goût du jour), et de fil en aiguille, et d’armure en masse d’armes, le charme opère, puisque le trio aménage même quelques intros venteuses du plus bel effet, et sait amener son propos principal avec pertinence et bienséance (« Her Spell », on tombe vite sous le charme de cet up tempo pas lourdaud). Voix un peu fluette mais conquérante, osmose générale en place, et clôture finale en dernier clin d’œil, pour un Sorceress qui se déguste sur le pouce, mais vers lequel on revient pour ressentir une fois de plus les émotions initiales réactualisées. Il est d’évidence que les thèmes, les riffs, soli et autres breaks sont tous estampillés classiques, que l’inspiration générale pille le legs des plus anglais des défricheurs, mais comme le tout est restitué avec entrain et fraicheur, on accepte de se prendre au jeu même si on en connaît les règles par cœur. Pas de surprise donc, mais du plaisir, même si on conseillera aux BLOOD CURSE de s’affranchir un peu de leurs obligations contractuelles pour nous permettre d’apprécier un deuxième album un peu moins connoté.  

 

Titres de l'album :

                          1.Isabelle

                          2.Sorceress

                          3.Her Spell

                          4.Destitute

                          5.Breaking Reality

                          6.Kill You (Tonight)

                          7.Conqueror Worm

                          8.Angel Witch (ANGEL WITCH cover)

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par mortne2001 le 09/12/2018 à 14:56
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30/06/2020, 06:29

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Le plus important c'est qu'il se porte bien et continue de chanter le plus longtemps possible.
Simplement dommage pour Goatess.

30/06/2020, 01:57

Saddam Mustaine

Mdr.

Necrobutcher c'est le gentil de classe qui est pote avec les voyous mais qui fait rien et se barre en courant des qu'il y a une bagarre.

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