Allez, je parie que ça vous est arrivé aussi. D’échafauder des plans avec un ami, de vous promettre mutuellement une collaboration quelconque sur un projet défini, et de remettre aux calendes grecques le dit projet. Si, si, ne niez pas, c’est une chose plus courante que l’on croit, comme ces voyages qu’on planifie dans le moindre détail et qui n’arrivent jamais à destination. Et l’album du jour est de ce genre d’histoires que l’on raconte pendant des décennies, et qui finissent par devenir un running-gag entre potes, avant de miraculeusement se concrétiser sans que personne ne s’y attende, presque par hasard…Et si le nom de ce groupe ne déclenchera aucune alarme dans votre mémoire, les plus fins musicologues des années 80 sauront y reconnaître deux patronymes connus de la scène Rock, ceux de deux musiciens ayant travaillé ensemble il y a « quelques » années, au sein d’un collectif que la NWOBHM avait placé au rang d’espoir majeur. Souvenez-vous, les TYGERS OF PAN TANG, l’écrin au sein duquel un certain John Sykes avait brillé de ses soli enflammés et de ses riffs enragés. Un groupe plus que culte, qui au travers d’une poignée d’albums avait défini les orientations mélodiques à venir d’une décennie vouée au culte de l’hédonisme et de la personnalité, et qui avait brutalement mis fin à ses jours quelques temps après le départ de son guitar-hero emblématique. A cette époque charnière de sa carrière, TOPT cherchait un nouveau souffle, et avait pour cela fait appel au talent de vocaliste d’un originaire de Cardiff, Jon DEVERILL, histoire de se débarrasser de ses oripeaux Punk pour prendre une direction plus mélodique et puissante. Et après une tournée triomphale ponctuée de l’envolée de son fils prodigue, le groupe se trouva fort marri de perdre sa figure de proue, surtout qu’une tournée française pointait le bout de son nez. C’est à ce moment-là qu’intervint le second protagoniste de notre affaire quotidienne, Fred PURSER, qui remplaça Sykes au pied levé et sans audition, après sept jours de préparation pour apprendre le répertoire. Mais une fois encore, et alors qu’on pensait la machine relancée, cette dernière s’enraya, laissant le courageux guitariste avec de nouveaux morceaux sur les bras, destinés à illustrer l’album d’un groupe qui n’existait déjà plus.

Tout ceci est arrivé il y a plus de trente ans. Et c’est le temps qu’il aura fallu pour que les deux musiciens se décident à retravailler ces morceaux ensemble pour un nouveau concept, celui de PURSER DEVERILL, qui ironiquement se retrouve signé sur le même label que le comeback des…TYGERS OF PAN TANG. Trente ans pour donner le jour à une poignée de chansons qui auraient dû naître dans les années 80, et qui pourtant s’adaptent très bien à l’air du temps, qui se satisfait parfaitement de ces sonorités AOR délicatement progressives, symptomatiques d’une décade harmonique. Et loin d’un petit plaisir coupable ou d’un caprice étalé sur la durée, ce Square One s’avère bien plus qu’une mémoire qui revient à la surface, et prend la forme d’un album abouti, réfléchi, mais qui a su garder la fraîcheur de sa conception initiale pour ne pas dénaturer l’envie d’alors. Mais avec deux pilotes comme Fred et Jon, il n’est pas étonnant de constater que Square One sera sans doute l’album le plus conjointement spontané et professionnel que vous pourrez écouter en ce mois de décembre décidément très frais. Frais comme la motivation de musiciens toujours verts, et fidèles à leur nature mélodique prononcée, qui signent une bonne dizaine de compositions éclectiques et électriques faisant autant appel aux racines Hard-Rock séculaires qu’aux envies Pop légendaires. Un disque qui se place sur un équilibre parfait entre puissance et nuance, et qui domine des couplets et des refrains la production actuelle, rappelant par moments la magie de SPACE ELEVATOR, sans les aspects les plus théâtraux et conceptuels. Nous retrouvons donc avec plaisir la voix magique de Jon DEVERILL, lyrique et au vibrato sensible, mais aussi la solidité de composition de Fred PURSER, faisant feu de tout bois aux claviers, à la basse et évidemment à la guitare, les trois instruments occupant la même portion d’espace sans se marcher sur les cordes où les touches. Alors, tout ça valait-il les trente années de patience, de désillusion et d’espoirs déçus ? La réponse est un oui massif, tant la pertinence du projet saute aux oreilles dès les premières minutes de son développement.

Sans oublier que ces morceaux devaient à la base servir de trame à un nouvel album des TYGERS OF PAN TANG, il est facile de se rendre compte qu’ils auraient fait dévier le groupe vers un AOR de grande classe, mais pas forcément à-propos dans le parcours général. Entre spontanéité remarquable et soin méticuleux admirable, ces dix chansons refusant les obligations de genre louvoient entre Hard grandiloquent et Pop musclée, tâtant même à l’occasion d’un Progressif à la GENESIS des jours Billboard, lorsque le symphonique emphatique s‘invite aux agapes d’un Hard-Rock qui happe, sur le miraculeux et envoutant « Darkest Cloud », qui use de chœurs désincarnés pour imposer sa vision d’une musique plurielle, mais véritablement émotionnelle. Pour autant, inutile de vous attendre au faux-pas de la réunion d’anciens combattants, puisque les deux soldats n’ont rien perdu de leur talent. L’envie est palpable, et pas seulement celle d’une revanche sur le destin, mais surtout celle d’enflammer le cœur du public de sonorités vintage remises au goût d’un jour nouveau, ce qui est plus que patent sur l’ouverture tonitruante de « Square One », au riff humant bon le YES le plus abordable. Rythmique souple et élastique, mélodies estampillées west-coast, chant poignant et refrain saignant, pour un passage en revue de tous les souvenirs d’eighties qui n’en finissent pas de renaître. On ne se pose pas de questions inutiles sur la pertinence de la démarche, puisque sa validité s’en trouve effective dès les premières secondes, appuyée par une production qui mixe le meilleur d’hier à l’excellence d’aujourd’hui. On se demande même si l’écurie italienne Frontiers n’est pas verte de rage d’avoir laissé passer cette excellente occasion de briller, tant PURSER DEVERILL s’affilie indirectement à la charte de qualité du label de Serafino. Hard-Rock évidemment, eut égard au background, mais pas seulement, et si la solidité s’affirme, la fragilité reste intime, et s’accorde parfaitement de la juxtaposition de guitares proéminentes et de claviers omniprésents, lorsque résonne la subtilité de « Hypnotise ».

Mais pas question de sombrer dans la guimauve de retrouvailles pré-andropause, même si la délicatesse d’un TOTO ou d’un SURVIVOR taille sa route sur « Travel The World », puisque les intentions de départ étaient de frapper un grand coup, ce que le déhanché et chaloupé « Beat Them Join Them » démontre de sa batterie plombée et de sa basse martelée, évoquant la vague Pop-Metal de la fin des années 80, sans sombrer dans le pastiche ou la parodie. Et entre des inserts presque Bluesy (« Make It True », sur lequel le talent éclatant de Fred PURSER brille de mille notes), des attaques féroces mais polies dans le mainstream (« Factor X »), et des incursions plus Rock qu’un MIKE AND THE MECHANICS découvrant la Californie anglaise des STAMPEDE (« Captured In Freefall – Lost In Space »), Square One résout la quadrature du cercle et nous plonge dans un vortex d’espace-temps, où le temps justement n’a plus d’importance et passe au gré d’un plaisir infini. Et comme un ultime clin d’œil à cette vieillesse annoncée qu’on refuse de voir vous éprouver, « Apocalypse Then » de nous laisser sur une note agressive et progressive, révélant une bataille stellaire entre des claviers déchaînés et une guitare enflammée, pour bien montrer que le Hard-Rock n’a pas été oublié dans les placards de la mémoire. Trente ans. C’est long trente ans. Il faut être patient, et ne jamais arrêter d’y croire. Mais patience et longueur de temps font plus que force ni que rage. Et pour les PURSER DEVERILL, les deux à la fois.


Titres de l’album :

                         1.Square One

                         2.Hypnotise

                         3.Travel The World

                         4.Beat Them Join Them

                         5.Make It True

                         6.With You

                         7.Factor X

                         8.Captured In Freefall – Lost In Space

                         9.Darkest Cloud

                         10.Apocalypse Then

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par mortne2001 le 19/12/2018 à 16:24
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Très belle pochette.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

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Excellente nouvelle


Arrêtez, merde, je me prends un sale coup de vieux à cause de vous ! ^^


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AH AH AH !!!
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