Total Destruction Of The Human Form

Blood Freak

 

Horror Pain Gore Death Productions

Sortir un album le jour de la fête des morts, il faut avoir du culot, ou bien être inconscient. Après tout, la date n’encourage pas à la médiocrité, et mieux vaut s’assurer de la qualité d’un produit avant de le mettre sur le marché. A moins de manier l’ironie du désespoir, et compter sur la crédulité du chaland pour avaler n’importe quelle bouillie mal régurgitée. De finesse, il ne sera point question dans cette chronique. Nous sommes ici entre gens peu éduqués, qui rient pour n’importe quoi, et qui se tortillent de plaisir en regardant des immondices Gore mal réalisés, mais torchés de façon à nous faire éjaculer mentalement devant un maximum d’énucléations et de démembrements. La réalité du quotidien est suffisamment assez chiante pour que nous ayons le droit de l’occulter, pour nous replonger dans une adolescence de bruit et de fureur, et surtout de bruit d’ailleurs. Niveau bruit justement, les américains de BLOOD FREAK en connaissent un rayon, et pas seulement celui de l’outillage en gros. Remarquez, avec un blaze pareil le contraire nous eut étonné, et leur carrière entamée en 2003 sur les chapeaux de roue n’a pas vraiment connu de baisse de régime, puisque depuis leurs débuts, les monstres de l’Oregon nous ont pondu pas moins de cinq LP, sans même passer par la case démo ou EP. Des certitudes ? Oui, celle de faire leur travail consciencieusement, en déroulant un tapis rythmique dévorant, et des dégueulis de riffs repoussants. Que voulez-vous, le Gore c’est leur truc, le Death leur mascotte et le Grind leur biscotte, alors les trois mélangés donnent lieu à des exactions à peine exagérées, que Squalor, leur dernier LP en date de 2014 poussait dans leurs derniers retranchements.

Depuis, trois ans se sont écoulés, mais rien n’a changé. En signant chez les flingués de Horror Pain Gore Death Productions, les dévoyés ont paraphé un contrat avec le malin, qui depuis les oblige à jouer plus vite que leur vomi, dans une veine Gore Death très appuyée. L’argument promotionnel propose d’ailleurs ce sixième album à la frange la plus excitée des fans de l’extrême, et s’adresse aux aficionados des AUTOPSY, BIRDFLESH, BONEYARD, DEAD, ENGORGED, EXHUMED, FRIGHTMARE, GENERAL SURGERY, GHOUL, GRUESOME STUFF RELISH, HAEMORRHAGE, IMPALED, IMPETIGO, LORD GORE, MORTICIAN, PUNGENT STENCH, REVOLTING ou SPLATTERHOUSE. Mais le pire, c’est qu’ils ont raison, sans vraiment rendre justice à ce groupe qui loin d’être des touristes, ont tout compris à l’exagération depuis qu’ils ont posé leurs oreilles sur le Symphony Of Sickness de CARCASS. Dès lors, on atteint des sommets dans le n’importe quoi, à grands coups de hurlements gravissimes, de lignes de basse indicibles, et de guitares en missiles, qui nous percutent de plein fouet sans jamais ralentir la cadence de jet. Si la progression de l’ensemble ne permet pas vraiment de savoir si oui ou non les BLOOD FREAK ont composé de nouveaux morceaux ou juste réarrangés des anciens, la folie ambiante qui se dégage de cet effréné Total Destruction Of The Human Form est à l’image de sa pochette fouillis, suggérant une parfaite orgie en enfer, dans lequel se mélangent les corps rongés aux chairs meurtries. La règle est simple, foncer, tête baissée, ne jamais réfléchir, tout en laissant traîner sur le passage de petites miettes de mélodies accrocheuses, histoire de nous entrainer dans le piège de façon joyeuse. Et une fois encore, face à cette exubérance, on rentre dans la danse, et on en ressort avec les cervicales qu’on panse, sans vraiment les soigner…

Honnêtement, ce sixième LP est d’une limpidité cristalline. C’est un foutoir sans nom, qui pourtant, ne cède pas à la facilité d’une gerbe Gore trop vite restituée. Les titres sont un minimum construits, et font preuve d’une énergie de tous les diables, et l’expression peine d’ailleurs à retranscrire la folie qui anime des morceaux aux intitulés aussi explicites que « Rotting Skin Shroud », « Necrotic Pleasures » ou « Sepulchral Abominations ». Doté en sus d’une production en rouleau compresseur aplanissant le bitume de nos ouïes, Total Destruction Of The Human Form prend un malin plaisir à pulvériser toute notion de mesure, en toisant de sa superbe les régurgitations de légendes comme EXHUMED, IMPETIGO ou DEAD. Ce qui n’empêche nullement le groupe de structurer quelque peu ses éclaboussures, en se rapprochant parfois de l’ambiance de raclure d’un AUTOPSY, sur le fameux « The Bizarre Hallucinations Of A Twisted Mind », glauque comme les pensées déviantes d’un tueur en série sur la mauvaise pente. En version lourde et suffocante, BLOOD FREAK est largement aussi convaincant que lors de ses cavalcades ébouriffantes, distillant des riffs morbides que le groupe aime éclater d’accélérations incontrôlées, histoire de ne pas perdre le fil de sa narration horrifiée. C’est bien dans cette combinaison fatale de chaos et d’ironie catchy que le combo nous surprend le plus, surtout lorsqu’il se permet de signer quelques hits improbables qui nous font bien bouger, comme ce « Drowning In Sewage », au rythme nonchalant, qui provoque une rencontre à l’avenant entre les HELLACOPTERS et le ENTOMBED le plus rockant.

Touchant à tout et salissant tout de leurs pas pleins de boue, les originaires de Portland s’amusent avec le Punk, le Crust, le Grind (« Filthworm »), et transforment le tout en immense gigue qui tourne fou, en multipliant les breaks, les pirouettes stylistiques, enrichissant de fait leur foutoir d’un indéniable savoir-faire dans la psychose. Ici, pas besoin de traitement, les électrochocs sont fournis par la maison, et vous crament le crâne de courtes mais intenses décharges (« Abhorrent Beast »), vous transformant en zombi n’admettant qu’Herschell Gordon Lewis comme maître à frémir. Soli dignes d’un Bill Steer en pleine transition NAPALM/CARCASS (« Melted And Splattered »), grosse claque dans le dos pour signifier la complicité d’initiés en pleine descente Goregrind hallucinée (« Cartilage », le vôtre devrait céder), lubrification Black N’Roll à tendance Crust qui laisse soudainement les blasts vous terrasser (« Gnawgasms »), pour quelques minutes de plaisir nécrophile qui vous laissent choisir la plus belle fille sur la table de la morgue histoire de l’honorer en beauté (« The Night Of Unholy Desecrations », le coït est fugace, mais laisse des traces). En comptant sur un batteur en pleine dépossession de ses moyens, le gang avance coûte que coûte et tranche dans les chairs à vif de quoi nous pondre un hit instinctif (« Abattoir Of Depravity »), et multiplie les roulements, les fills, les changements de tempo, nous fouettant d’une bonne poignée de tripes en pleine gueule, genre plat de spaghetti à la bolognaise un peu trop rouge et gluante pour être honnête (« Total Destruction Of The Human Form »).

En signant un sixième album complètement barge, les BLOOD FREAK démontrent que leur envie est intacte, tout comme leur talent pour trousser des saillies Grind/Death de pure folie. Il est évident que beaucoup n’y verront qu’un cloaque repoussant, aux algues en putréfaction et à la surface en stagnation, mais les plus dégénérés d’entre vous sauront reconnaître une pathologie qu’on accepte sans rechigner, et qui provoque furoncles, poussées d’acné et pus qui coule le long des plaies. Un moyen de fêter la Toussaint sans se déguiser, et en montrant peu de respect pour des défunts qu’on nous encourage à déterrer. Pas joli-joli, mais éminemment jouissif. Un possible équivalent au chef d’œuvre The Necro Files, avec zizi de quarante centimètres, qui suinte un peu de l’urètre.


Titres de l'album:

  1. Introduction
  2. Filthworm
  3. Abhorrent Beast
  4. Convulsions
  5. Rotting Skin Shroud
  6. Melted And Splattered
  7. Necrotic Pleasures
  8. The Bizarre Hallucinations Of A Twisted Mind
  9. Drowning In Sewage
  10. Cartilage
  11. Gnawgasms
  12. Sepulchral Abominations
  13. The Night Of Unholy Desecrations
  14. Abattoir Of Depravity
  15. Total Destruction Of The Human Form

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par mortne2001 le 18/11/2017 à 17:12
75 %    428

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


alan
@78.192.38.132
18/11/2017, 21:00:25
je trouve la note plutôt faiblarde au vu du chef d'oeuvre ci-présenté. un bon 90% for sure

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