L’ibère est rude. Je m’excuse d’ors et déjà auprès du groupe pour ce calembour heureusement intraduisible, mais force est de reconnaître que le second album des madrilènes de CRIMSON SLAUGHTER est l’un des plus épais manifestes Thrash qu’il m’ait été donné d’écouter depuis fort longtemps. D’où cette lénifiante introduction que les plus complaisants jugeront cocasse, et les initiés à la cause espagnole de circonstance…Mais en parvenant à restituer la folie du premier VIO-LENCE, le sens de la démesure d’EXHORDER, et le radicalisme en pleine descente de toms des RECIPIENTS OF DEATH, le tout sans tomber dans le chaos et en agrémentant sa brutalité de percussions tribales que le SEPULTURA des grands jours n’aurait pas renié, tout en adoptant parfois une posture Techno parfaitement digne, Surveillance States s’impose comme la sortie revival Thrash du mois de novembre, et fait la nique à ses petits camarades en termes d’intensité et de crédibilité. Non que je me laisse emporter par l’enthousiasme, mais en reléguant les MUNICIPAL WASTE au rang de simples balayeurs déformés de Toxic City, et en collant une méchante rouste aux IRON REAGAN par la face Californienne, ces madrilènes au sang chaud et au verbe haut viennent de me coller une vilaine déculottée, moi qui pensais déjà avoir peaufiné mon top 10 de l’année. Pourtant, et très honnêtement, rien de neuf sous la fournaise atomique, puisque le groupe se contente d’utiliser des astuces convenues et reconnues, mais avec une férocité qui ne se dément pas sur les quasi cinquante minutes de ce LP, et une attitude bravache digne des meilleurs représentants des eighties, les CRIMSON SLAUGHTER s’imposent avec une facilité déconcertante comme l’un des plus beaux fleurons de la vague vintage qui vomit sur nous depuis une bonne grosse décade.

Fondé en 2015, ce quatuor exalté (Víctor Sánchez - basse/chant, Fran J. Rodríguez & Daniel Zolyniak - guitares, et le petit dernier Erik Raya - batterie, HAEMORRHAGE, et ex-AVULSED) n’a donc pas traîné, puisqu’il nous proposait dès 2016 son premier pamphlet sous la forme d’un longue-durée judicieusement baptisé, Cycle of Decay. Nous découvrions alors un combo sûr de son fait, et maniant les codes inhérents à son créneau avec un indéniable brio, mais deux ans plus tard, nous étions loin de nous douter que les mêmes affolés allaient approcher la perfection de près en se livrant à une joute musicale verbale de très haute volée. Car sur Surveillance States et sa prise de position altermondialiste, la synthèse est parfaite, mais pas seulement. Si les morceaux respectent des trames classiques, les arrangements de samples et de percussions font souffler un vent de fournaise sur l’ensemble, transformant de fait ce deuxième essai en quasi chef d’œuvre absolu du genre, de ceux capables de se placer au coude à coude avec les immortels Beneath The Remains, Eternal Nightmare, Fabulous Disaster et autres Protected From Reality. D’une méchanceté incroyable, cet album s’approche parfois de la démence rythmique et orgiaque des miraculeux INCUBUS, même si les accents Death sont gommés au profit d’une virulence typiquement Thrash ridiculisant la concurrence timorée. Dotés d’un niveau technique leur permettant toutes les audaces, ces quatre instrumentistes possédés ne ralentissent que très peu la cadence, sans sombrer dans le Thrashcore ou le Death/Thrash intempestif, et nous livrent bouillante une bordée de compositions explosives, qui rebondissent de couplets enflammés en refrains ébouriffés, pour mieux atterrir sur un tapis de breaks en fumée qui vous aveuglent encore plus efficacement que le proverbial agent orange des SODOM. Et non seulement la vitesse générale est d’une tension remarquable, mais elle est doublée d’une science du riff accrocheur éprouvée, un peu comme si Gary Holt avait effectué un stage intensif au sein de VIO-LENCE à la fin des années 80. Vous me pensez subjectif ? Assurez-vous du contraire, et ce, dès l’ouverture nucléaire de « Horror Chamber » qui synthétise mieux que n’importe quel argument mon point de vue et les qualités d’un combo béni des Dieux.

Et si les plus asthmatiques des esgourdes espéreront à l’écoute de ce brulot une accalmie à mi-goulot, ils en seront pour leur frais. Car les espagnols n’appuient que très rarement sur la pédale de frein, préférant dévaler les pentes que d’arpenter tranquillement les trottoirs de la Bay-Area. Pour vous rassurer, de temps à autres, un mid tempo se fraye un chemin vers le destin, et le monstrueux et aplatissant «.O.A.L. (Prostitution of a Legacy) » de se fixer sur une gigue au pas plus contrôlé, tout en nous assommant d’un lick percutant et de parties de double grosse caisse fracassantes. Et après analyse approfondie du projet en question, déjà travaillé d’un brouillon démo un peu plus tôt (trois titres publiés en janvier 2018), on en arrive à la conclusion que rien n’aurait pu être plus peaufiné avant d’arriver, tant tous les secteurs d’approche ont été minutieusement élaborés pour mieux nous enthousiasmer. Sans se fixer sur un thème ou une mélodie précise et trop répétitive, mais sans non plus sombrer dans le piège du versatile à outrance, CRIMSON SLAUGHTER a tenté le pari des dix bombes sur la gueule et l’a réussi, puisque même en faisant preuve d’une extrême mauvaise foi, impossible de déceler la moindre faille dans cet édifice érigé en honneur de l’horreur absolue, qui dénonce les travers du monde dans lequel il évolue avec une fougue sans retenue. Entre une paire de guitaristes qui n’ont pas le médiator dans la poche, et qui sont capables de se hisser à la hauteur de Holt/Hunolt et de King/Hanneman à la fois tout en ayant assimilé le répertoire juvénile de Robb Flynn, un bassiste/chanteur né de l’union brutale entre Tom Araya et D.D Verni, et un batteur combinant la folie de Tom Hunting, la précision de Dave Lombardo et le groove d’Igor Cavalera, nous tenons-là l’équipe de mercenaires les plus implacables depuis trente ans, mais qui mettent leur hargne au service d’une musique efficace et d’une cause juste. En gros, et pour vous éviter les métaphores et autres comparaisons redondantes et inutiles, le meilleur groupe de Thrash depuis…EXODUS.

Oui, je l’avoue, l’image est forte, mais totalement justifiée par la qualité incroyable d’un LP qui ne souffre d’aucune comparaison avec une production contemporaine. En retrouvant l’impulsion d’origine et en lui offrant un son à décorner les cocus californiens, les espagnols prouvent que les privilèges du respect ne sont pas uniquement dus aux américains et aux allemands, ni aux brésiliens, et que Madrid a aussi les compétences requises pour présenter à un monde médusé des musiciens brillants et référents. Et sans aller jusqu’à disséquer un LP qui de toute façon ne présente aucune scorie, puisque la linéarité serait une insulte au caractère diablement cohérent mais diversifié de ce travail, je me contenterai de gratifier les CRIMSON SLAUGHTER d’une note quasi maximale, uniquement nuancée d’un point que j’estimerai leur accorder ultérieurement, au regard de la marge de progression dont ils disposent encore et au jeune âge de leur formation. Mais attention, nous tenons-là l’un des grands du Thrash 2K, de ceux que l’on retrouvera un jour sur la mainstage d’un festival établi à l’orée de la nuit. Je tiens le pari, et cochon qui s’en dédit.                

 

Titres de l’album :

                         1.Horror Chamber

                         2.Pain Traders

                         3.Ruthless Pacificator

                         4.Trophy Hunter

                         5.Faceless Henchmen

                         6.Corporatocracy

                         7.Decaying World

                         8.P.O.A.L. (Prostitution of a Legacy)

                         9.Order Through Terror

                         10.Dystopia

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par mortne2001 le 30/12/2018 à 14:54
99 %    209

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


Jus de cadavre
membre enregistré
30/12/2018 à 21:39:28
Une boucherie sans nom.

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