C’est bientôt Halloween. Oui, cette fête dérivée du Samhain celte, qui depuis a été rachetée par les grandes compagnies histoire de vous vendre des costumes, des bonbons, des films, et des attrape-couillons. Les gamins qui frappent aux portes engoncés dans des draps, flanqués de têtes de mort, le sourire au coin du masque espérant que vous n’allez pas leur refiler les vieux chocolats que grand-mère Yeta vous a laissés sur la table en formica. Mais bon, tout ce cirque, aussi bon enfant soit-il ne doit pas cacher la réalité des faits du folklore. La Toussaint, c’est la fête des morts, le jour où les deux mondes interagissent entre eux, le jour où les esprits nous rendent visite pour témoigner de leur présence, active ou passive, pour témoigner d’un au-delà dont beaucoup de gens ont peur, au cas où il symbolise la fin, nette et définitive…Mais c’est surtout pour le commun des mortels l’occasion de s’amuser, et éventuellement, d’adapter sa playlist aux circonstances en optant pour quelques classiques bien choisis, ou en tapant dans les nouveautés qui ne sont jamais avares de décibels rétro et enjoués. Preuve en est, ce troisième longue durée du maniaque MIDNIGHT, qui de son nom symbolise mieux que quiconque le passage à l’heure des sorcières, sortant du bois dans la lumière pour venir nous souffler quelques conseils bien pesés ou nous offrir des mixtures bien tassées…Ce projet, initié par Athenar (aka Jamie Walters) de BOULDER (mais aussi d’ABDULLAH, DESTRUCTOR, SLOTH, TERMINAL LOVERS et éventuellement MACH II), ne devait au départ se concentrer que sur des formats courts (démos, splits EP’s), mais a finalement cédé aux sirènes de la gourmandise, en osant deux LP aussi barbares que fondamentaux (Satanic Royalty en 2011 et No Mercy For Mayhem en 2014). Doit-on lui reprocher cette concession ? Surtout pas, puisque ces deux albums se sont avéré être des sommets de paillardise et de brutalité nostalgique, et ne l’ont guère empêché de continuer à étoffer une discographie déjà bien fournie…

Les amateurs savent déjà à quoi s’attendre et bavent de plaisir dans l’expectative de savourer pour la troisième fois les délires de leur auteur préféré. Il faut dire que si No Mercy For Mayhem confirmait les tendances Black N’Roll débridées de Satanic Royalty, certains pensaient que le créateur marquait le pas et semblait chercher un nouveau souffle dans la gentille cruauté. Au jugé de la vitesse d’abattage de l’instrumentiste masqué, on se demandait si l’inspiration faussement satanique n’allait pas se tarir comme une vieille trique ramollie, mais Sweet Death and Ecstasy tombe à point nommé pour infirmer ces craintes, et se rapprocher du « chef d’œuvre » de 2011, celui-là même qui plaçait le projet sous les feux d’une actualité toujours aussi demandeuse de vintage et d’old-school bien frappé. Seules les années passant nous diront si ce troisième chapitre se hisse à la hauteur de la légende dégoulinant de stupre et de délire, mais après quelques écoutes, je dois apposer en conclusion prématurée que cette mort douce et extatique est un véritable plaisir coupable pour les oreilles, digne des meilleurs giclées du maître qui s’est surpassé pour signer des compos bavant le stupre par tous les orifices, et annonçant un Halloween qui promet d’être méchamment lubrique. Bénéficiant d’une production parfaitement adaptée à l’époque qu’il souhaite transposer, Sweet Death and Ecstasy cache probablement les meilleurs pamphlets du sadique à la basse magique, et toise de sa jeunesse (il ne sortira qu’en décembre en version tape, merci Hells Headbangers) le reste de la production du bonhomme sans vraiment forcer. Il faut dire qu’avec une durée trop raisonnable d’une petite demi-heure, le pari n’était pas si dur à relever, encore fallait-il faire un effort pour faire rimer blasphème avec phénomène, ce que Jamie est parvenu à faire sans avoir à pomper l’âme de ses victimes dans son donjon intime.

Mais qui dit retour en fanfare dit morceaux d’ouverture en cauchemar. Et de ce côté-là des choses, MIDNIGHT n’a pas lésiné sur les effets, et s’est affublé de son costume le plus effrayant d’épouvantail Heavy Black Metal pour mieux nous surprendre au détour d’une rue sale et nous détrousser de nos pensées les moins avouables. En tant qu’hymne fatal, « Crushed By Demons » fait partie de ce que le taré a composé de plus efficace et souillé, et cette rythmique écrasante sur fond de riffs pesants est une entrée en matière fort peu discrète, qui nous ramène au temps béni du Hard occulte, lorsque MERCYFUL FATE incarnait le mal absolu, alors que BULLDOZER tentait de nous la mettre bien profond dans le…vécu. C’est évidemment classique dans le fond et la forme, et plus symptomatique d’une époque qu’un patch de VENOM, et pourtant, ça fonctionne, non parce que les gimmicks collent, mais parce que le fond a été travaillé pour percuter, et nous sauter à la gorge de sa qualité. De là, impossible de résister à ce troisième LP qui retrouve toute l’énergie du premier, et qui parfois se prend à rêver d’incarner l’épitomé d’une carrière qui ne fait pourtant que commencer. Avec Jamie, c’est Halloween tous les jours de l’année, et si le bon goût et la finesse sont une fois de plus aux abonnés absents, on prend son pied à dévorer cette tranche de Metal en barre, qui nous en colle une bonne. Crise de priapisme musicale, Sweet Death and Ecstasy est une orgie de plaisir auditif létale, nous incitant à céder au péché pour tourner le dos au divin, et le plus rapidement possible, comme l’exige le très Speed et EXCITER/VENOM « Penetratal Ecstasy », aussi urgent qu’un Cronos qui n’en peut plus de tirer son coup après avoir maltraité sa basse jusqu’au bout.

La structure est toujours la même, mais on se laisse avoir sans problème, surtout plongé dans un bain de sueur et d’acide comme « Melting Brain », qui nous broie les neurones pour laisser nos muscles sur le trône, et nous fédérer d’un refrain d’acier, simplissime au possible, mais efficace comme un bœuf éclair entre MOTORHEAD et SEXTRASH. L’homme derrière le concept n’est pas fou, et connaît ses limites, bien que ses capacités techniques lui autorisent bien des délires, qui la plupart du temps sont aussi catchy qu’une party en compagnie des POSSESSED ayant troqué ses croix renversées pour de jolies demoiselles pas vraiment effarouchées (« Rabid ! »). Cru, drue, velue, cette bête faite album enchaîne fête sur fête, et explose d’une virilité que les trois de Newcastle pourraient envier, au moins le temps d’un « Bitch Mongrel » qu’on aurait largement pu retrouver sur un Welcome To Hell qui nous avait pourtant bien remués. En occultant le simplisme et le populisme pour la simplicité et la popularité, Athenar incarne le MC parfait et adulé, ne prenant personne pour une bille, mais plaçant les siennes sur les marches de l’escalier, histoire de nous faire choir dans l’hilarité générale (« Poison Trash », comment résister à un truc aussi basique mais ludique d’un Speed lubrique ???). Et si l’inspiration le laisse parfois divaguer sur de longues minutes débridées (« Before My Time In Hell »), c’est pour mieux laisser le Heavy assombri résonner jusqu’au bout de la nuit….

MIDNIGHT, c’est toujours l’absence de juste milieu. On rentre dans le jeu, ou on passe son tour, mais une fois sur la piste, on se trémousse et on s’agite au son d’un Heavy/Black/Thrash pas si crétin qu’il n’en a l’air, et surtout, largement assez accrocheur pour ne pas regarder l’heure. Un genre de célébration sans bonbons, mais avec l’assurance de s’en mettre plein les oreilles. Et Sweet Death and Ecstasy se révèle bande son d’un Halloween perpétuel, de ceux qui laissent rentrer les gosses pour ne pas les laisser ressortir avant d’en avoir fait de vrais petits vampires. Ça suce et ça coupe. Dommage que ça coupe !


Titres de l'album:

  1. Crushed By Demons
  2. Penetratal Ecstasy
  3. Here Comes Sweet Death
  4. Melting Brain
  5. Rabid!
  6. Bitch Mongrel
  7. Poison Trash
  8. Before My Time In Hell

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par mortne2001 le 19/11/2017 à 14:15
78 %    324

Commentaires (1) | Ajouter un commentaire


alan
@78.192.38.132
19/11/2017 à 19:27:27
un bon 55% pour ma part

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