Taciturn

Womb

06/06/2018

Purodium Rekords

Généralement, dans le ventre de notre mère, bien au chaud, et à l’abri des dangers de ce monde, on est plutôt du genre paisible. On attend patiemment que la lumière nous inonde pour sortir de notre tanière, et affronter le monde avec les armes à disposition. Plutôt cool comme situation, de quoi rendre taciturne et patient. Mine de rien, et sans en avoir l’air, je viens de placer en deux phrases bien senties le nom du groupe du jour et le titre de son album, et j’en suis plutôt satisfait. Mais de là à dire que ces musiciens-là sont du genre placide et calmes, il y a un gouffre que je ne franchirais même pas sur un câble électrique. Non, ces mystérieux lusophones sont complètement fascinés par le bruit, la malséance, l’inconfort, et le dérangement mental, et ce premier EP officiel prouve qu’ils ne conçoivent la musique que sous son aspect le plus brut et viscéral, d’autant plus qu’ils n’en abordent l’aspect artistique qu’à travers un prisme Black assez prononcé, mais pas forcément situable. Les WØMB ont donc vu le jour probablement une nuit de sabbat, n’ont pas d’identité, mais accumulent les sorties depuis 2012, en s’offrant le loisir de deux démos et de quatre splits. En juin de cette morne année 2018, ils se paieront le luxe d’un premier 7’’, ce fameux Taciturn si mal nommé que j’ai ingurgité entre la poire et le fromage, et qui m’a méchamment ramoné les oreilles et atténué l’optimisme. Difficile toutefois de décrire une musique qui se veut aussi basique qu’une répète des MAYHEM de 1987, et qui pourtant ne sombre jamais dans la facilité de l’approximation. Si les accointances avec le BATHORY le plus bruitiste sont évidentes, on retrouve aussi un certain goût de la provocation en vogue chez Mories depuis sa naissance, et le tout à des allures de plongée en apnée dans les abysses de l’humanité, histoire d’en ressortir encore un peu plus écœuré.

Pas vraiment d’analogie à mettre sur le tapis, mais plutôt une propension à préférer l’efficacité morbide à la démonstration, ce que ces sept morceaux courts prouvent à chaque seconde. Sans pouvoir en dire plus sur leur identité qui me reste inconnue, les deux membres (présumés) de WØMB nous offrent donc un festival de riffs grossiers et graves, qu’une rythmique minimaliste tente tant bien que mal de mettre en exergue, tandis qu’un chant souffreteux mais maléfique, mixé en arrière-plan, égrène ses litanies de mort sans se demander si quelqu’un comprend son message. Avec un seul segment dépassant les trois minutes, et quatre restant sous la barre des deux, les portugais jouent la parcimonie, mais n’en délivrent leur concept qu’avec plus d’efficacité. Philosophie de l’opaque, abstraction, dissimulation derrière un paravent de violence, pour un passage en revue des sonorités les plus abrasives du genre, qui propulsent le duo dans une dimension de bruit et de fureur, un peu comme si le DAKTHRONE le moins impliqué se faisait les dents sur quelques compos de REVENGE, en les expurgeant de leurs tics les plus répétitifs et irritants. Bruyant, mais pas noisy, cauchemardesque mais intelligible, Taciturn est le genre d’œuvre qui laisse avec pas mal de questions en tête, mais peu de réponses en bouche. On assiste un peu pantois à un défilé de figures underground imposées, sans que le timing resserré ne nous laisse la latitude nécessaire pour juger. En se basant sur les quelques indices laissés par la discographie antérieure, on comprend assez vite que les dogmes de base sont respectés, et que la transition s’effectue en douceur, sans trop bousculer les convenances. Mais pour un néophyte (catégorie dont je fais partie), l’ensemble reste intrigant, glauque, et suffisamment brutal pour séduire.

De là, chacun choisira sa position pour jauger du potentiel d’un groupe qui s’exprime pour la première fois sur une durée moins restreinte. Ce simple à les défauts de ses qualités et les qualités de ses défauts, et permet d’être introduit à l’univers d’un groupe à part, sans que l’on puisse vraiment savoir où tout ça va nous mener. Mais en ne prenant en compte que la musique sourde proposée, il est assez facile de tomber sous le charme de ce BM torve, moite, qui compte sur un tempo alerte mais maîtrisé pour mettre en pratique ses conceptions de la violence, et qui bride les guitares pour qu’elles restent en terrain grave et distordu connu. Une façon comme une autre de digresser sur les obsessions séculaires du Black, telles qu’elles ont été conçues il y a une trentaine d’années, tout en y apportant une touche contemporaine. Un 7’’/EP qui vaut donc le coup d’oreille, et qui risque de séduire tous les amateurs de sobriété, de vilénie, et d’atrocités « raisonnables ». Attendons-donc de savoir si les WØMB en version longue-durée tiendront la route, et s’ils offriront un peu plus que ces quelques idées qui pour le moment, demandent à être développées.


Titres de l'album:

  1. He is the Preacher of the Gods
  2. In the Abyss of this Darkness in which the Spirit has Died to Itself
  3. Nychthemeral
  4. Master-Slave
  5. Ritual Union Through Sex Magick
  6. Hic Est Sanguis Meus
  7. Ekénōsen

Soundcloud label


par mortne2001 le 04/06/2018 à 14:46
75 %    353

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Licence to Kill

mortne2001 04/06/2020

Mood Swings

mortne2001 02/06/2020

Wintersun

JérémBVL 01/06/2020

Songs For Insects

mortne2001 30/05/2020

Solstice

mortne2001 28/05/2020

The Triumph Of Steel

JérémBVL 27/05/2020

The Gathering 2006

RBD 26/05/2020

End Of Society's Sanity

mortne2001 25/05/2020

Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
Amazing Copy

Les Cro-Mags doivent être contents. :-)

06/06/2020, 20:48

Jus de cadavre

"Les premiers numéros sont parus fin 1992 et nous venons de sortir notre n°87 en février dernier."
Eh ben... Chapeau ! C'est ce qui s'appelle la passion.

06/06/2020, 12:39

RBD

Excellent ! Je les avais vus il y a dix ans pile, bonne claque de Sludge Stoner pur, propre, bourru et très en place, qui sortait pourtant des sentiers battus du style côté bayou ou côté asphalte.

06/06/2020, 12:19

KaneIsBack

Jamais vu le groupe en live, en grande partie à cause de leur réputation catastrophique. Mais j'adore sur album, et ce disque, malgré ses défauts, reste une de mes références (il faut dire qu'il fait partie des premiers albums que je me suis payé). Par contre, je tiens à dire ici haut et for(...)

05/06/2020, 21:41

poybe

Perso je les ai vus il y a une dizaine d'années à la coopé de Clermont (tournée avec Moonspell, Turisas et Dead Shape Figure (là j'ai du rechercher le nom du groupe ^^)), je n'en garde pas un mauvais souvenir. Le son était bon, la prestation correcte, sans être non plus transcendante ... j'av(...)

05/06/2020, 18:45

Hair-dressing Curiosity

@ Humungus :
:-)))))

N'empêche que pour ceux qui avaient biberonné aux 4 Horsemen dans les 80's, devoir subir des curetages du prose comme Load/Reload/St Anger... bordel ! la cicatrisation des sphincters a pris du temps. C'est un peu comme les rhumatismes, ça se réveille mêm(...)

05/06/2020, 17:05

Reading Bouquinerie

Naaa, c'est de la petite série, réimprimé par paquets de 12. :-D

Raaa n'empêche j'ai hâte de lire ça ! Ca va raviver des souvenirs !
(mode "vieux con", avec ses demo tapes sous le bras)

05/06/2020, 16:51

Lifting Catastrophy

J'en viens à penser que le récit d'un BON concert de Cradle ça permet finalement de démasquer à coup sûr un pseudo spectateur qui en fait ne les a jamais vus live. :-))))))




Non allez, pas tapé !! c'était juste pour faire du mauvais esprit. :-)))))

05/06/2020, 16:47

Goughy

Je n'ai que cet album et "Beauty", vu 5 ou 6 fois, toujours en festival ou "gros concert" dons ils n'étaient pas tête d'affiche, je n'ai jamais entendu pareille bouillie sonore pour aucun groupe, même du grind de squat.
On en parle parfois avec mon pote qui me dit que je ment, qu'on les a v(...)

05/06/2020, 15:57

Humungus

4ème réédition putain !?!?
Musso n'a qu'à bien se tenir !

PS : A quand dans la Pléiade ???

05/06/2020, 13:12

Humungus

Bah écoutes, j'ai fort bien fait de ne faire aucun commentaire hier soir car tu as (d)écrit en mille fois mieux qu'elle était mon ressenti sur le sujet...
Merci Professeur Hair-dressing Curiosity.

05/06/2020, 13:10

Hair-dressing Curiosity

Je pense que c'est un tout.
S'ils n'avaient pas à ce point retourné leur veste, il y aurait eu une meilleure acceptation du look, parce qu'ils avaient un tel capital sympathie et affectif avec le public que les fans auraient évoqué ça 6 mois plus ce serait passé crème.
Mais quand (...)

05/06/2020, 12:27

Reading Bouquinerie

maLin

05/06/2020, 12:20

Reading Bouquinerie

C'est main, je viens de me délester de 46 balles. :-))))

(merci MetalNews !!)

05/06/2020, 12:20

Arioch91

Excellent ouvrage que je recommande !

05/06/2020, 07:09

Humungus

Sachant que j'ai dû les voir 3 ou 4 fois, j'ai donc eu l'immense malchance de tomber à chaque fois sur une de leurs 5 mauvaises prestations live.

The Trve Humungus.

05/06/2020, 05:22

Satan

Deux choses :
1) C'est "Whore" en non "Wore".
2) De plus, c'est le nom de l'opus qui prend des petits points (au nombre de 5) et non le titre éponyme qui s'écrit d'une seule traite.
Désolé d'être pénible mais on se doit de respecter les chefs-d’œuvre jusque dans les moindr(...)

04/06/2020, 23:18

Satan

Il est parfaitement risible que l'argument number 1 de l'époque était "ils ont coup leurs cheveux". Ça en dit long sur le degré d'immaturité de bon nombre de métalleux malheureusement.

04/06/2020, 23:05

lolo

pas mal le chat planqué dans les gradins!

04/06/2020, 15:55

Humungus

"Age tendre et têtes de con" voulais-tu dire non ?

04/06/2020, 13:07