Généralement, dans le ventre de notre mère, bien au chaud, et à l’abri des dangers de ce monde, on est plutôt du genre paisible. On attend patiemment que la lumière nous inonde pour sortir de notre tanière, et affronter le monde avec les armes à disposition. Plutôt cool comme situation, de quoi rendre taciturne et patient. Mine de rien, et sans en avoir l’air, je viens de placer en deux phrases bien senties le nom du groupe du jour et le titre de son album, et j’en suis plutôt satisfait. Mais de là à dire que ces musiciens-là sont du genre placide et calmes, il y a un gouffre que je ne franchirais même pas sur un câble électrique. Non, ces mystérieux lusophones sont complètement fascinés par le bruit, la malséance, l’inconfort, et le dérangement mental, et ce premier EP officiel prouve qu’ils ne conçoivent la musique que sous son aspect le plus brut et viscéral, d’autant plus qu’ils n’en abordent l’aspect artistique qu’à travers un prisme Black assez prononcé, mais pas forcément situable. Les WØMB ont donc vu le jour probablement une nuit de sabbat, n’ont pas d’identité, mais accumulent les sorties depuis 2012, en s’offrant le loisir de deux démos et de quatre splits. En juin de cette morne année 2018, ils se paieront le luxe d’un premier 7’’, ce fameux Taciturn si mal nommé que j’ai ingurgité entre la poire et le fromage, et qui m’a méchamment ramoné les oreilles et atténué l’optimisme. Difficile toutefois de décrire une musique qui se veut aussi basique qu’une répète des MAYHEM de 1987, et qui pourtant ne sombre jamais dans la facilité de l’approximation. Si les accointances avec le BATHORY le plus bruitiste sont évidentes, on retrouve aussi un certain goût de la provocation en vogue chez Mories depuis sa naissance, et le tout à des allures de plongée en apnée dans les abysses de l’humanité, histoire d’en ressortir encore un peu plus écœuré.

Pas vraiment d’analogie à mettre sur le tapis, mais plutôt une propension à préférer l’efficacité morbide à la démonstration, ce que ces sept morceaux courts prouvent à chaque seconde. Sans pouvoir en dire plus sur leur identité qui me reste inconnue, les deux membres (présumés) de WØMB nous offrent donc un festival de riffs grossiers et graves, qu’une rythmique minimaliste tente tant bien que mal de mettre en exergue, tandis qu’un chant souffreteux mais maléfique, mixé en arrière-plan, égrène ses litanies de mort sans se demander si quelqu’un comprend son message. Avec un seul segment dépassant les trois minutes, et quatre restant sous la barre des deux, les portugais jouent la parcimonie, mais n’en délivrent leur concept qu’avec plus d’efficacité. Philosophie de l’opaque, abstraction, dissimulation derrière un paravent de violence, pour un passage en revue des sonorités les plus abrasives du genre, qui propulsent le duo dans une dimension de bruit et de fureur, un peu comme si le DAKTHRONE le moins impliqué se faisait les dents sur quelques compos de REVENGE, en les expurgeant de leurs tics les plus répétitifs et irritants. Bruyant, mais pas noisy, cauchemardesque mais intelligible, Taciturn est le genre d’œuvre qui laisse avec pas mal de questions en tête, mais peu de réponses en bouche. On assiste un peu pantois à un défilé de figures underground imposées, sans que le timing resserré ne nous laisse la latitude nécessaire pour juger. En se basant sur les quelques indices laissés par la discographie antérieure, on comprend assez vite que les dogmes de base sont respectés, et que la transition s’effectue en douceur, sans trop bousculer les convenances. Mais pour un néophyte (catégorie dont je fais partie), l’ensemble reste intrigant, glauque, et suffisamment brutal pour séduire.

De là, chacun choisira sa position pour jauger du potentiel d’un groupe qui s’exprime pour la première fois sur une durée moins restreinte. Ce simple à les défauts de ses qualités et les qualités de ses défauts, et permet d’être introduit à l’univers d’un groupe à part, sans que l’on puisse vraiment savoir où tout ça va nous mener. Mais en ne prenant en compte que la musique sourde proposée, il est assez facile de tomber sous le charme de ce BM torve, moite, qui compte sur un tempo alerte mais maîtrisé pour mettre en pratique ses conceptions de la violence, et qui bride les guitares pour qu’elles restent en terrain grave et distordu connu. Une façon comme une autre de digresser sur les obsessions séculaires du Black, telles qu’elles ont été conçues il y a une trentaine d’années, tout en y apportant une touche contemporaine. Un 7’’/EP qui vaut donc le coup d’oreille, et qui risque de séduire tous les amateurs de sobriété, de vilénie, et d’atrocités « raisonnables ». Attendons-donc de savoir si les WØMB en version longue-durée tiendront la route, et s’ils offriront un peu plus que ces quelques idées qui pour le moment, demandent à être développées.


Titres de l'album:

  1. He is the Preacher of the Gods
  2. In the Abyss of this Darkness in which the Spirit has Died to Itself
  3. Nychthemeral
  4. Master-Slave
  5. Ritual Union Through Sex Magick
  6. Hic Est Sanguis Meus
  7. Ekénōsen

Soundcloud label


par mortne2001 le 04/06/2018 à 14:46
75 %    200

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