G.O.H.E

In Cauda Venenum

09/10/2020

Les Acteurs De L'ombre Productions

Nous connaissons tous quelqu’un qui ne parle pas beaucoup. Quelqu’un qu’on ne voit que très rarement. Quelqu’un qui sait se faire discret, mais qui dès qu’il ouvre la bouche, se montre pertinent, créatif, et diablement intéressant. C’est ce genre de personne que j’aime plus que tout, loin des m’as-tu-vu et des forts en gueule qui ne peuvent pas s’empêcher de l’ouvrir même en sachant que leur discours est stérile et leur présence facultative. Depuis le début de leur carrière, Ictus (guitare/basse/chant) et N.K.L.S. (batterie) ne nous ont pas bombardé d’interventions et d’actions, mais ont savamment distillé leur art au travers de réalisations rares, dans tous les sens du terme. Leur premier LP éponyme de 2015 révélait les contours d’un art précieux, d’une façon étrange de traiter le Black Metal, franche d’un côté, mais presque Post de l’autre. Une façon étrange, mais ambitieuse, refusant les facilités nordiques, et le minimalisme frustrant des ensembles Post se contentant de quelques notes éparses répétées ad nauseam. En cinq ans, le duo a plus volontiers privilégié l’absence et le silence, même si le split en compagnie d’HEIR et SPECTRALE est venu rompre l’habitude de ne pas entendre parler d’eux, et de ne pas les entendre parler. Mais il fallait bien qu’un jour ce silence soit rompu, et en 2020, le duo revient par la grande porte avec un second long qui ne fait pas semblant d’être singulier. Et ce second album a été amené de la manière la plus intelligente qui soit, au travers d’un guise teaser de quatre épisodes cryptiques que vous pouvez toujours découvrir sur leur page Facebook. Des petits courts métrages abscons, filmés genre super-8, qui présentent une histoire qu’on pressent noire et tragique, et qui l’est assurément.

Alors, enfin, G.O.H.E nous rappelle au bon souvenir rare d’IN CAUDA VENENUM. Depuis la sortie de l’album éponyme d’OPETH, une recherche sur ces mots renvoie immédiatement en Suède, alors que notre groupe, celui de Lyon, mérite lui aussi tous les honneurs du moteur de recherche le plus célèbre du monde. Et G.O.H.E mérite en effet tous les honneurs des horreurs, développant la musique la plus riche et hypnotique de ce marché qui se satisfait souvent d’un verbatim sans intérêt. Une fois encore, l’association française a joué la complexité et l’hermétisme, n’offrant que deux longues compositions à ses fans, sans forcément chercher à s’en faire de nouveaux. Et c’est ainsi que cette nouvelle histoire nous entraîne dans les dédales de l’âme humaine pour y piocher ce qu’elle contient de plus sombre, et y décrire l’image via un Black Metal unique, qui n’en est pas vraiment, et qui prend de plus en plus des airs de Metal progressif extrême, sans aucun équivalent sur la scène, en termes artistiques. Au sein de l’écurie des Acteurs de l’Ombre, IN CAUDA VENENUM est à l’abri de l’extérieur et des labels peu à cheval sur l’esthétique et le parti-pris le plus pointu. Gérald n’exige pas de ses poulains qu’ils se produisent à intervalles réguliers, même si un petit featuring ne le gêne pas plus que ça. C’est ainsi que nous avons récemment retrouvé N.K.L.S. à la batterie et à la basse pour le premier album de CREPUSCULE D’HIVER, mais ne soyons pas dupes. Le percussionniste n’est jamais aussi à l’aise que dans son combo d’origine, qu’il épaule depuis 2012.

G.O.H.E développe donc une histoire que je vous laisserai suivre via les paroles imprimées à l’intérieur du splendide digipack proposé par la maison de disques, qui affectionne toujours autant le support physique, et qui le considère comme une œuvre d’art à part entière. Et quelle autre dénomination pour désigner le contenu d’un album massif de deux compositions de plus de vingt minutes, qu’on écoute comme un livre d’horreur pour les oreilles. « Malédiction » et « Délivrance », en tant que deux chapitres uniques, forment un ensemble voué à l’extrême le plus bouillant, le plus créatif, et j’avoue m’être surpris moi-même de la brièveté effective de l’ensemble. On pourrait craindre avant d’écouter cette musique des longueurs insupportables, mais il n’en est rien, bien au contraire. Sans rien changer à leur art et leur approche de la violence, les deux musiciens jouent presque le même jeu que les HYPNO5E, mais transforment la lumière en ténèbres éternelles, et nous entraînent dans une spirale descendante, comme le faisait le génie Reznor à l’époque de The Downward Spiral. Entre la crudité d’un BM basé sur les guitares, la basse et le rouleau compresseur de la batterie, ce chant écorché et désincarné, et ces parties de cordes qui renforcent le tout d’un paradoxe de délicatesse, G.O.H.E poursuit les expérimentations d’In Cauda Venenum, mais va beaucoup plus loin, beaucoup plus fort, et aussi longtemps. En basant leur philosophie sur des images sonores et des atmosphères mélodiques ou brutales, et le duo propose une musique unique en son genre, parfois lancinante comme du Doom, parfois ambitieuse comme du Symphonique, mais délibérément hors du temps, hors des modes et des genres, pour échapper à toute étiquette.

Il est difficile de séparer les deux morceaux, qui sont construit peu ou prou sur le même modèle. Des alternances incroyables, des fulgurances géniales, et cette sensation de se plonger dans un maelstrom d’idées qui se télescopent comme des évènements à l’issue inéluctable, à l’image de ces films désespérés dont on connaît la fin avant qu’elle n’arrive. En tissant un canevas très serré qui permet tout juste à quelques inserts narratifs de passer les mailles, IN CAUDA VENENUM distille ses indices, mais ne se révèle jamais complètement, comme si ce secret se devait d’être encore partiellement caché pour protéger l’avenir. Mais les passages intenses le sont vraiment, les rares silences sont imposants, les cordes volent comme des lames et coulent comme des larmes, et les segments les plus rapides proposent une sorte de jonction entre EMPEROR, le classique français, et les BO anglaises de films victoriens. A part sur la scène, les musiciens le sont aussi dans le cœur de leurs fans qui savent qu’ils ne seront jamais comme les autres, et qu’ils continueront leur exploration sans s’autoriser la moindre concession. Et c’est pour ça qu’on aime par-dessus tout ces riffs sombres, ces plans rythmiques lancinants, ces harmonies amères qui suggèrent une tristesse non feinte. Et la production de l’album, massive à souhait, ne fait que renforcer la personnalité compacte et complexe d’un concept album qui vous emmènera loin des heures et plus près des heurts, loin des automatismes stériles de centaines de groupes se contentant de rabâcher la même formule jusqu’à épuisement. Le premier album d’IN CAUDA VENENUM était un petit miracle en soi. Le second en est un aussi, et je ne crois pas aux coïncidences.

Appréciez ce disque comme vous si vous y découvriez une histoire unique, racontée de dizaines de points de vue différents. Comme si des dizaines de voix s’élevaient pour rapprocher les cieux de la terre. Et délivrez-vous d’une condition humaine bien trop restrictive de nos jours.               

                                               

Titres de l’album:

                       01. Malédiction

                       02. Délivrance


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Bandcamp officiel


par mortne2001 le 06/10/2020 à 18:06
92 %    421

Commentaires (6) | Ajouter un commentaire


opomax
@195.242.213.135
11/10/2020, 10:30:59

De la bonne chro bien pompe-dard !


mortne2001
membre enregistré
11/10/2020, 17:14:02

Et sinon opomax, t'as des soucis pour te faire pomper le tien ou pas? 


grinder92
membre enregistré
11/10/2020, 21:11:02

Salut Opomax.

Pour info, chez Metalnews, on ne chronique pas tout, on reçoit trop de demandes. Du coup on préfère parler de ce qu'on aime, car on n'a pas de plaisir particulier de descendre une production.

De plus, en matière d'art en général et de musique en particulier, l'appréciation d'une œuvre est purement et simplement subjective.

Libre à toi d'apprécier ou non nos écrits, le respect devant rester une notion incontournable dans les échanges...

Merci


opomax
@82.102.24.227
13/10/2020, 20:06:40

Ben non mortne2001 puisque tu ne te fais jamais prier pour. ;)


mortne2001
membre enregistré
14/10/2020, 11:35:08

Ah ah quel merveilleux sens de la répartie. Reviens quand tu veux tu es le bienvenu, on aime le beau verbe ici, spécialement lorsqu'il est proportionnel aux attributs ;)


Arioch
@92.174.137.249
14/10/2020, 12:36:09

Bah du coup, ça m'intéresse d'écouter ça ('tain de firewall au boulot !).

Allez, file au pot Max !   

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