On fait dire un peu tout ce qu’on veut au Dark Metal. Après tout, on peut le voir gothique, BM, légèrement underground, parfois méchamment orchestral, mais la problématique (qui n’en est pas une) reste la même. La liberté de ton et de son est totale, et c’est une catégorie très pratique pour y ranger des groupes qu’on a du mal à cerner. D’ailleurs, dans quelle case placer les grecs de W.E.B. ? Du côté du Dark Web ? Ils n’en ont pas la vilénie et la sale habitude de satisfaire des travers et déviances peu recommandables, mais reconnaissons que leur musique sait aussi flatter les plus bas instincts de sa noirceur et de sa brutalité. Mais revenons en arrière aux origines du groupe qui ne remontent pas à hier. Formé en 2002, ces héros des ténèbres hellènes nous en venant d’Athènes ont pris le temps de développer leur univers, en sortant presque coup sur coup trois démos essentielles, mais encore balbutiantes d’enfers (Demo 2002, Promo 2003 et Futility Promo en 2004), avant d’oser enfin se lancer dans le grand bain du premier long, via l’encore en gestation Don’t Wake Futility, qui s’avérait suffisamment furieux pour éveiller l’attention de fans de ciels plombés et d’arrangements ciselés. Jesus Heist, trois ans plus tard s’échinait à peaufiner l’optique pour la rendre encore plus opaque, mais c’est bien For Bidens qui mit le feu aux poudres pour de bon. Aujourd’hui petits protégés de notre écurie nationale Apathia Records, les W.E.B. sortent donc leur grand-œuvre si l’on en croit leur label, jamais avare de compliments sur ses poulains. Mais reconnaissons qu’au-delà des sempiternels arguments promotionnels, les responsables de promotion ont joué la carte du réel en décrivant la grandiloquence de ce Tartarus avec une indéniable acuité…

Difficile de ne pas rapprocher ce quatrième effort d’autres tendances, celles prônées par les SEPTIC FLESH, les ROTTING CHRIST et autres DIMMU BORGIR ou BEHEMOTH, tant l’emphase mise sur la pénombre soudainement striée de lumières synthétiques est flagrante. Niveau production, nous avons droit au haut de gamme du luxe, avec des guitares qui sonnent comme des hallalis, une rythmique ultra compressée qui donne le tournis, et des tonnes de chœurs dramatiques qui apportent une plus-value orchestrale presque indécente. Nous évoluons donc en terrain cinématique, qui pourra certainement rebuter les plus ascétiques d’entre vous, mais qui séduira les amateurs de constructions en évolution, qui n’hésitent jamais à en rajouter dans le pathos sans tomber dans la folie d’une démesure en déséquilibre. L’adéquation du fond et de la forme ? Absolument, et lorsque l’atmosphère fricote avec le Rock le plus entraînant, avant de dériver vers un Black symphonique chargé en astuces de composition, le plaisir et total, et le décorum prend toute son ampleur. Les agapes hédonistes et pourtant misanthropiques des grecs sont foisonnantes, et étanchent cette soif de vice qui caractérise les orgies les plus suintantes de Dani Filth and co, sans tomber dans cette facilité de gimmicks qui empoisonnent les messes noires de CRADLE. Ici, on partage plutôt les vues d’un EMPEROR majestueux, celui qui combinait technique démente et brutalité patente, et ce sentiment est confirmé par des morceaux à l’amplitude large comme « I, The Bornless » qui en se basant sur un simple riff redondant nous transporte aux confins d’un monde onirique cauchemardesque, par l’entremise de clins d’œil cryptiques.

Luxe, violence, débordements de haine, mais réel amour du détail, voici donc les axes qui se dégagent de cette nouvelle livraison des W.E.B. qui n’hésitent jamais à alterner les compressions en blasts et sextolets de grosse caisse et tentations groovy plus pêchues et accrocheuses. On ne tombe que très rarement dans la démonstration gratuite d’un catalogue de figure imposées, et lorsque les soli s’enflamment d’un lyrisme exacerbé, les flammes des Hadès se déchainent pour venir nous chatouiller les pieds (« Morphine For Saints »,  et son break central purement Heavy qui donne des fourmis dans les jambes engourdies). Pour avoir une idée claire de ce qui vous attend, un simple regard à cette impressionnante pochette à la rigueur graphique certaine suffit, elle qui de ses touches sombres et de ses ors nous en dit beaucoup plus qu’il n’y parait. Elle s’accorde à merveille des ambitions décibelliques d’un quatuor (Sakis Darkface – guitare/chant, Petros Elathan – basse, Sextus Argieous Maximus – lead et Nikitas Md – batterie) qui via son title-track nous montre un potentiel exponentiel assez redoutable, qui utilise toutes les ficelles à sa disposition pour instaurer des climats de déraison. Harmonies doucereuses, soudaines poussées de fièvre aphteuse, assemblage de parties nuancées, pour un Black/Dark épique de première catégorie, qui loin de singer les tics des références les plus consensuelles apporte sa touche cruelle à un style qui ne supporte pas la tiédeur de la moyenne. « Tartarus », le morceau, semble vouloir résumer à lui seul toutes les possibilités évoquées par les groupes influences/références déjà cités, tout en refusant le recyclage trop facile. Nous nageons alors en eaux troubles, dont le courant nous entraîne sans retour possible, mais le fait de savoir que ce morceau pourtant imperfectible n’est que le prologue d’une trilogie aux aspirations encore plus grandioses laisse pantois, tout du moins jusqu’aux premières mesures de « Thanatos », qui en trois volumes justifie tout le bien que l’on peut penser d’un album hors normes.

Mais les normes étant faites pour être dépassées, les W.E.B. s’en donnent à cœur joie et profitent de vingt minutes de digression intégrale pour nous en mettre plein la vue, une fois encore grâce à leurs qualités intrinsèques et non des ficelles usées de m’as-tu-vu. Intros qui plantent le panorama, multiples cassures et autres changements de direction impromptus, pour une aventure riche et vénéneuse qui évoque le meilleur d’un Metal sans concessions, qui ne tourne pas autour du pot mais qui refuse la linéarité d’une route bien tracée. Voix rauque au possible agonisant sur un piano céleste, ou des cordes discrètes, et les images affluent dans l’inconscient qui se laisse guider au feeling d’une brutalité acceptant la subtilité de vocaux féminins enchanteurs et envoutants. La pièce pour les oreilles qu’incarne Tartarus sidère de sa beauté noire, et distance les productions récentes évoluant plus ou moins dans la même mouvance, en évitant le bourrage de crâne de successions incessantes d’un feu déroulant. Et bien que « Thanatos Pt III – Mnemosynon » abatte les cartes maitresses sans chercher à bluffer ou cacher son jeu, on reste sidéré par tant d’arrogance instrumentale et de violence verbale.

Il est évident que les accointances suggérées par le label vous aiguilleront dans la bonne direction, mais les capacités personnelles des grecs se suffisent à elles-mêmes, et justifient de quinze ans d’expérience que l’on sent capitalisées sur ce dernier né qui ne souffre d’aucun défaut notable. Ni foncièrement BM, ni complètement gothique, totalement Métal mais ésotérique et épique, Tartarus risque fort de marquer les esprits et de servir de pierre angulaire dans quelques années bien tassées. Du Dark Metal, car finalement, c’est l’appellation qui convient le mieux. Mais un Dark Metal aux contours bien dessinés et aux ambitions pas vraiment mesurées. Mais on n’est pas toujours obligé de rester raisonnable lorsqu’on vise le haut du panier. A noter en bonus que l’édition digipack de l’album comprend un DVD live hautement recommandable, ce qui en fait un cadeau de Noël tout à fait adapté.


Titres de l'album:

  1. Ave Solaris
  2. Cosmos In Flames
  3. Dragona
  4. I, The Bornless
  5. Morphine For Saints
  6. Tartarus
  7. Thanatos Pt I: Golgotha
  8. Thanatos Pt II: Epitaphios
  9. Thanatos Pt II: Mnemosynon
  10. Where Everything Begun

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par mortne2001 le 24/11/2017 à 17:56
85 %    320

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Machine Head a quand meme m'y un bon coup de pied au cul a pas mal de monde sur Burn My eyes.

Le reste n'a rien d'extraordinaire, sauf le second et the blackening qui sont de bon défouloir.

Les deux albums Neo c'est du pompage pour surfer sur la vague.


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