A une époque, quand on parlait de Metal, on parlait de Metal. Mais ça, c’était avant qu’un petit malin ne mette des cerises confites dans la choucroute pour voir si les goûts se marraient bien. Et puis, quelques relations de ce même gastronome de l’extrême ont commencé à se dire qu’un peu de Funk dans le Hard-Rock ne pourrait que le rendre plus fluide et dansant.

Et d’autres, s’engouffrant dans le filon ont décidé de mélanger les guitares Heavy et les rythmiques bondissantes et élastiques. Alors, ça a commencé à donner des trucs bizarres, qu’on a appelé par facilité Fusion, Metal Indus, Neo Metal quand on s’agrippait à son Hip-Hop, et même Techno Metal quand les REVOLTING COCKS ont décidé qu’ils étaient les plus sexy.

Et depuis, des délires, des excroissances, des abus, des déviances, MARILYN MANSON, WHITE ZOMBIE, FEAR FACTORY, mais aussi KILL II THIS, SENSER, ORGY, MUSHROOMHEAD, STABBING WESTWARD, KMFDM, SOAD, et puis RAMMSTEIN ou SPINESHANK….

Mais pourquoi ce paragraphe long et visiblement informatif ? Pour jouer les érudits ? Non pour placer dans le contexte et parler de cet album étrange des SEEK IRONY, qui visiblement ont assimilé toute l’ironie de superposer de gros riffs bien Metal sur des couches de sons électro qui donnent tout autant envie de danser que de headbanger tout seul dans sa chambrée, ou en live, bien entouré.

Les SEEK IRONY, c’est d’abord l’histoire de deux frangins Israéliens, Kfir Gov (chant) et Rom Gov (batterie), originaires de Tel-Aviv, mais relocalisés à Austin, Texas, sans pour autant s’adapter aux coutumes musicales locales.

Après des années d’ajustements, de rencontres, et de complétion d’un line-up encore fluctuant, les deux frangins deviennent partie d’un tout, et enregistrent à titre d’auteur un premier album qui fait grand bruit et leur permet de tourner aux USA dans de bonnes conditions, avant qu’une grosse structure ne récupère leurs efforts en route pour les éditer de façon plus professionnelle.

C’est ainsi qu’on les retrouve aujourd’hui étrangement sur le label germain UDR, plus volontiers spécialisé dans le Heavy bien marqué. Mais après tout, le beat ne fait pas l’avoine, et un peu d’ouverture d’esprit ne peut pas faire de mal. Alors savourons aujourd’hui ce Tech N'Roll, qui de son nom suggère une mutation, qui pourrait bien s’avérer la plus équilibrée dans un style pourtant risqué, apte à faire groover autant que de se déchaîner.

Si vous avez lu mon long préambule introductif, vous avez tous les éléments à charge pour appréhender les onze morceaux proposés par ce gang chamarré qui use autant les dancefloor que les pits de salles bien bondées. Les noms utilisés sont les bons, et les références affluent, et l’époque dans laquelle nous replongent les SEEK IRONY pourrait se situer en jonction de nineties en fusion et d’un vingt-et-unième siècle de déraison. Evidemment, l’électro domine les débats de ses sonorités synthétiques et groovy, mais avec l’apport d’Alex "Sasha" Campbell à la guitare et d’Adam Donovan à la basse, les frères Gov ont fait le bon choix, et l’osmose entre les quatre musiciens est palpable, et aussi stimulante qu’un samedi soir passé dans une boite un peu louche à l’affluence interlope, entre bimbos aux seins débordants et créatures de l’ombre aux costumes effrayants. Le tout pulse, s’agite, régurgite, mais reste léger, costaud et ludique et donne salement envie de bouger ses petons tout en hurlant comme un démon, ce qui est toujours bon signe lorsqu’on a posé son exemplaire de Technikart sur le Necronomicon.

Ne faisons pas la fine bouche, même si Tech N'Roll a parfois des airs de farandole qui tourne un peu en rond sur la platine, il recèle suffisamment de petites perles coulantes pour enthousiasmer les moins croulants. On pense évidemment assez souvent à une version très accessible d’un NINE INCH NAILS débarrassé de ses obsessions Indus (genre Pretty Hate Machine, mais en version disco-mobile), notamment sur le diabolique et dégoulinant de stupre « Running Towards The End Of The World », ou à un STABBING WESTWARD plus à l’aise avec les portes des backstage que celles des backroom (« When You Lie »).

Le spectre de PRODIGY n’est jamais loin non plus, spécialement lorsque le beat est plus appuyé et les vocaux plus traités («Skin 2 Skin », aux trouvailles bidouillées dur, plus « Breathe/Firestarter » que nature), mais loin de plagier les magiciens de la techno/technique, le quatuor propose sa propre version de refrains hautement accrocheurs tranchant dans le vif de couplets agités et électroniques jusqu’au bout de l’échantillonneur.

Alors tout ça nous donne droit à un festival de morceaux au format Pop, qui se permettent de chatouiller le Metal de rythmiques purement atypiques.

Et ça fonctionne, parce que l’équilibre est quasiment parfait, même lorsque les danseurs préfèrent la sensualité à la gestuelle déstructurée (« Low »), ou que le phrasé Rap s’invite au banquet Post Disco rebondissant sur un up tempo (« Peel me Away », sorte de « Guilty » des GRAVITY KILLS revu et corrigé Metalcore).

De temps à autres, les SEEK IRONY adaptent la furie d’un RED HOT/SNOT à un contexte Funk/Techno pas piqué des syncopes (« Ravelution Push », trip sous acide dans une rave Metal à gauche, Electro à droite et Rap au milieu, de quoi douter de l’acuité de ses oreilles et de ses yeux), ou se prennent pour un Rob Zombie plus hirsute que nature dans un espace confiné où les murs ondulent sous la pression de guitares apprivoisées (« Tragically Drivers », une fois de plus, refrain qui tue sur couplets qui suent).

Mais ils le disent eux-mêmes, ils ont le diable au corps, et on en réclame encore (« Devil In Me », qui déhanche sexy à la Michael Hutchence, alors que Reznor triture la friture jusqu’au bout de la nuit), et finissent par se révéler sans fard, dans le petit matin, pour un premier café qui remonte le moral et invite la nostalgie à la table des dérives (« Head Above The Water », piano intimiste et ambiance un peu triste).

Tech N'Roll, ou l’art de bouger son corps avec une guitare en bandoulière et des samples amples plein la cuillère. Une belle façon de se rappeler qu’aussi antagonistes soient-ils, des styles cohabitent avec malice pour peu qu’ils soient unis par de véritables artisans de l’hybridation qui glisse le long d’une ossature Metal chargée d’un exosquelette techno tout sauf factice.

 Un disque high on energy, qui déplace les boîtes de nuit pour les caser sur la pelouse d’une metal party, et fait s’agiter des chevelus et des ravers en folie. Main dans la main, riff contre beat, et c’est parti…


Titres de l'album:

  1. She
  2. Tech N'Roll
  3. Devil In Me
  4. Skin 2 Skin
  5. When You Lie
  6. Running Towards The End Of The World
  7. Low
  8. Peel Me Away
  9. Ravelution Push
  10. Tragically Driven
  11. Head Above The Water

Site officiel


par mortne2001 le 02/02/2017 à 17:45
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https://wickedmetalreview.wixsite.com/wickedmetalreview/post/reptilium-adrenochromacy?fbclid=IwAR3mQiBqH-HFePj2K1w3WrzchVjL2mABPa-drsZ2slIrmbxKotYt1qe3r6g


Ah, effectivement : la pochette est terrible !!


merci pour ton report
Je n'ai pas pû me déplacer pour cette affiche monstrueuse, ce qui rend la lecture douce et cruelle à la fois.


Un produit plastique crée de toutes pièces, sasns identité ni âme. Merci Nuclear Blast de cracher sur le patrimoine.


Seul le premier album était excellent, les 2 autres dont celui-ci de moins en moins bons.


Et bien... quelle chronique Mr Mortne une fois de plus !
Un album pas encore écouté pour ma part, mais j'ai limite l'impression pourtant, tellement on en entend parler partout. J'y jetterais une oreille certainement, en asseyant de faire fi des polémiques l'entourant.


Ah ah ah !!!
C'te pochette est juste géniale bordel !