The Age Of Entitlement

Acid Reign

27/09/2019

Dissonance Productions

Hats off to 2019. Depuis le début de l’année, les sorties essentielles s’accumulent, au point que les chroniqueurs sont obligés de décerner la palme de l’album du mois au moins trois fois. Pensez-donc, entre les retours attendus des stars actuelles (SLIPKNOT, KORN, OPETH) qui alignent tous des efforts dignes des meilleurs moments de leur carrière, et les comeback complètement inopinés de légendes d’hier (XENTRIX, EXHORDER, SACRED REICH), il semblerait que notre bonne vieille année 2019 soit placée en convergence favorable de tous les astres célestes. Comment va-t-on terminer les quelques moins qui nous restent, à genoux, implorant les Dieux de tant de clémence ? En sueur, attendant derrière notre écran la dernière révélation sur le chemin de Damas ? La question reste en suspens, et malgré le caractère euphorique de ce constat, la lucidité est de mise. Nous vivons une période exceptionnelle en termes de Metal et de musique en général, et sachons apprécier ce qu’on nous offre. En l’occurrence, des albums presque parfaits (et parfaits dans certains cas, OPETH et EXHORDER sont là pour en témoigner), qui nous redonnent foi après des périodes de vaches maigres qui nous forçaient à réfléchir sur notre pauvre condition d’aiguilleurs du ciel artistique. Mais alors qu’on pensait la série en mode pause, voici qu’un autre retour pas vraiment attendu nous heurte de plein fouet, et pas des moindres. Si certains groupes disparaissent corps et âme avec l’eau du bain de la mode de façon très injuste, d’autres finissent par se taire, condamnés par les tendances ou rongés par les problèmes internes. Et dans certains cas, le silence est parfaitement justifié, et l’absence durable totalement acceptée, et même appréciée. Je concède que dans les années 90, lorsque les anglais d’ACID REIGN ont mis un terme à leur carrière, j’ai sans doute fait partie des nombreuses personnes à ne pas les pleurer. En deux albums, et autant de démarquages malhabiles du Mosh d’ANTHRAX façon Royaume-Uni, ces branleurs nous avaient tapé sur le système avec leur musique gauche, répétitive, et leurs albums lénifiants de banalité, et qui plus est détruits par des productions exécrables. Admettons un instant que Scott Ian a acheté leur première démo par correspondance, ce fait leur accordait-il une quelconque légitimité, un adoubement tacite ? Non, car Moshkinstein, leur premier EP ne méritait aucune pitié, et encore moins le parrainage d’un musicien célèbre. The Fear n’avait pas fait grand-chose pour nous réconcilier avec leur fun, et Obnoxious avait tout de la notice nécrologique parfaitement méritée. Alors, de fait, vous comprenez bien qu’un retour éventuel des potaches n’emballait pas grand monde, et surtout pas votre serviteur. Et pourtant – magie 2019 oblige – je suis bien obligé de reconnaître que H et ses nouveaux comparses m’ont pris à rebours. Car The Age Of Entitlement se place lui aussi – et d’une façon très légitime – dans le peloton de tête des sorties de l’année.

Surprise ? Oui, et non des moindres. Jamais la musique du groupe n’avait soulevé autre sentiment qu’un ennui profond, ou un vague amusement plus lié aux arrangements qu’au talent des musiciens (quoique l’intro de « Humanoia » était rythmiquement sympathique, mais pas assez pour étouffer les rires débiles provoqués par les bruits de pet), alors autant reconnaître que la claque monumentale que je viens de me manger en confiant mon sort à ce troisième longue durée – le premier en vingt-neuf ans, bonjour Axl Rose - m’a complétement déstabilisé, mais trouve sa raison dans des motivations très claires et logiques. Seul survivant du dernier line-up officiel d’ACID REIGN, le chanteur H a su s’entourer de pointures, et à très intelligemment compris que le Mosh moisi de sa jeunesse ne ferait pas illusion longtemps. Et en laissant le très estimé Mark Wilkinson (IRON MAIDEN, JUDAS PRIEST) s’occuper de la pochette de ce nouveau longue-durée, il a souhaité souligner la rupture brutale avec son passé. Et même si l’artwork n’est pas le meilleur de ce brave Mark, il est toutefois très utile au moment de juger de l’ancrage de l’œuvre dans un univers peu familier au groupe. Celui du Metal pur, tel qu’on le pratique aujourd’hui quand on a bien connu celui d’hier. Alors autant jouer la franchise et dire les choses comme elles sont, The Age Of Entitlement est un putain de bon album de Thrash old-school, avec cette petite touche de modernisme le rendant encore plus irrésistible. Comprenons-nous bien. ACID REIGN n’est pas EXHORDER, et n’a pas accouché d’un chef d’œuvre absolu et intemporel. Mais au regard de son parcours et de sa carrière, la qualité atteinte par les dix morceaux de cette nouvelle livraison est tout bonnement effarante, et digne d’être soulignée. Qu’elles sont loin les exactions juvéniles de pétomanes traumatisés par la scène Crossover américaine, qu’elle est loin la compétition pitoyable de la fin des eighties lorsque les groupes anglais rivalisaient de grotesque pour essayer de se faire remarquer, car aujourd’hui, ACID REIGN est devenu une bête de compète, et non plus une simple attraction de foire. On sent les prémices de la déviation dès l’entame instrumentale de « T.A.O.E. », mais c’est véritablement « The New Low » qui définit les standards du new high.

Attaque massive qui lâche un gros clin d’œil au passé, avant qu’une rythmique en coup de boutoir nous oblige à réviser nos classiques périmés. Avec sa nouvelle équipe en quatuor, constituée de Pete Dee (basse), Paul Chanter (guitare), Marc Jackson (batterie) et Cooky (guitare), H s’est enfin lâché, et ose même se rapprocher d’un Techno-Thrash absolument crédible, avec ces patterns irréguliers, ces guitares qui saccadent à tout va, mais qui n’empêchent pas la bande de distiller une puissance digne du meilleur EXODUS contemporain. On pense à un miracle d’inspiration sur quelques instants, mais heureusement pour nous, le miracle se prolonge, et s’étend sur la durée globale de l’album. H, conscient que son chant présentait un caractère juvénile très peu en phase avec la nouvelle orientation a changé d’optique, et opté pour une vision plus Hardcore et teigneuse, en adéquation parfaite avec la bande instrumentale. Les chœurs puent le pit bondé à plein nez, les breaks sont précis, le déroulé fluide, et «.#newagenarcissist » de confirmer que nous n’avons plus du tout affaire au même groupe. Fini les blagues pitoyables, fini les titres à rallonge usant d’un thème jusqu’à la lie, bien que certains timings restent étirés, mais jamais gratuitement. L’influence de la Bay Area se fait plus sentir que jamais, et l’efficacité a enfin été prise en compte, ce qui nous permet d’apprécier une somme conséquente d’idées qui se répercutent d’un morceau à l’autre. Les plus lapidaires, à l’image de l’impitoyable « My Peace of Hell » pérennisent l’héritage eighties, avec des syncopes percutantes et des ambiances plus sombres que la moyenne, mais l’atmosphère globale a su renouer avec la bonne humeur d’un combo qui avait misé gros sur l’humour. Il est toujours présent, mais aujourd’hui soutenu par des mélodies et des attaques solides, même lorsque la bande s’attaque à une improbable reprise de Suzanne Vega. « Blood Makes Noise » est pourtant tout sauf un pastiche, et sonne comme la cover de « Got The Time » de Joe Jackson par les parrains d’ANTHRAX. En version longue, le quintet joue la modération, mais ne perd pas sa crédibilité en route, et « Within the Woods » de présenter un visage différent, mais pas moins convaincant. De progressivement chiant, le combo est passé au stade de l’évolution logique et riche, et alterne avec bonheur les moments d’ambition et les crises de folie Punk (« Ripped Apart »).

Les plus lettrés de la cause Thrash reconnaîtront d’eux-mêmes que le retour d’ACID REIGN est bien plus convaincant que celui des plus respectés SACRED REICH (bien que ce cas précis soit sujet à débat), ce qui achève de conférer à ce The Age Of Entitlement une aura particulière. Et si les blagues les plus courtes sont les meilleures, des exceptions notables contredisent la règle. En voici un exemple frappant.    

             

Titres de l'album :

                        1.T.A.O.E.     

                        2.The New Low

                        3.#newagenarcissist   

                        4.My Peace of Hell    

                        5.Blood Makes Noise

                        6.Sense of Independence       

                        7.Hardship     

                        8.Within the Woods   

                        9.Ripped Apart          

                       10.United Hates

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par mortne2001 le 17/10/2019 à 16:57
88 %    534

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


NecroKosmos
@90.32.190.66
17/10/2019, 21:49:50
Oui, superbe album. Surtout que c'est le vieux fan que je suis qui parle. Certes, c'est moderne et différent mais la réussite est totale !!

rastacool
@78.192.38.132
19/10/2019, 15:05:03
Modern melo metal

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Vink Dup

Excellente chronique !Il devient rare de nos jours de tomber sur des pepites du genre.Un album explosif !!Une bonne continuité depuis Expneration Denied.

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Je comprends parfaitement cher Humungus et connaissant un peu les gaillards de CONVICTION, c'est tout sauf une posture mercantile en plus !Du coup, comme tu le dis : Achat !

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C'est très con à dire, mais ce truc de "un album réalisé par des fans de True Doom Metal, pour les fans de True Doom Metal" me parle (...)

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Excellent titre et précommande faite. Cependant n'y a t'il pas un air / une inspiration du générique de Game of Thrones dans les premières notes ?

03/12/2020, 08:50

metalrunner

Depuis 88 et le pseudo retour ce groupe est pour ma part devenu une arnaque.

03/12/2020, 08:31

Arioch91

Je plussois !

03/12/2020, 07:40

Arioch91

Ca me semble intéressant et mérite que je m'y penche.

03/12/2020, 07:39

Satan

Après avoir écouté ça, il m'est impossible d'écouter autre chose sans risquer d'être dans le dénigrement. Empyrium ou le sens de la magie pure...

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OUl ! Je l'attends de pied ferme, celui là.

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