« Je suis MONOMAD. J’ai oublié qui j’étais, je n’ai pas de nom, pas de passé, ni futur, et j’ai à peine un présent. Tout ce qui me reste ce sont ces voix et ces visions de voyages sans fin que je revis encore et encore…Ces voix que j’entends, elles viennent des différentes dimensions de mon propre monde, un monde de rage, de peur, d’illogisme…Mais elles font toutes partie de moi. Nous ne faisons qu’un, je ne fais qu’un, je suis MONOMAD »

A cette brillante et explicative présentation, ajoutez le fait que l’homme aime à décrire sa musique comme étant du « Shroom Metal », et qu’en fait d’homme, ils soient visiblement plusieurs…Non que le mentor principal de l’affaire soit schizophrène, mais il semble que dans sa solitude de l’âme, il ait gardé quelques compagnons de jeu bien réels à ses côtés.

D’un point de vue des faits, MONOMAD a émergé des cendres de LEITHINIS en 2012. Les trois anciens membres qu’étaient Jeroen Van Ranst, Nick Smet et Bram De Witte ont donc décidé de poursuivre une nouvelle aventure ensemble, en changeant un peu leur point de vue musical.

Mais entre les difficultés à proposer une musique concrète et personnelle, les problèmes de complétion du line-up pour pouvoir jouer sur scène, et les désaccords sur la ligne artistique à suivre, la gestation du groupe prit plus de temps que prévu, jusqu’à ce que les membres décident de ne plus chercher et de garder cette configuration minimale…

Des boucles furent donc enregistrées, ainsi que des arrangements vocaux pour enrichir les performances scéniques, encore fallait-il préparer un premier album pour entériner la nouvelle identité, ce qui prit donc près de quatre ans…

Quatre ans, c’est long, et ça laisse le temps de réfléchir. Les musiciens ont pris le temps de murir et de définir leur volonté de façon plus précise, s’éloignant donc des considérations Thrash/Black pour se rapprocher d’une osmose bizarroïde entre le Thrash, le Sludge, la musique psychédélique et le Doom….

C’est donc ce mélange hétéroclite que l’on retrouve sur ce premier longue durée The Art of the Broken Mind, qui ma foi, mérite amplement son nom, et évoque de nombreux troubles de la personnalité, personnifiés par des culbutes d’un genre à un autre, sans jamais poser de matelas sur le sol, au risque de se briser la colonne vertébrale.

Il est très difficile en fait de vraiment savoir quel type de musique jouent ces Belges intrigants. Si les lourdeurs se taillent la part du lion, elles doivent batailler ferme pour protéger leur espace vital d’arrangements électroniques envahissants, tout en gardant sous surveillance les nombreuses imbrications vocales qui sinuent entre les sillons. Le mélange est pour le moins intrigant, d’autant plus qu’il s’articule autour de structures longues et amples, qui ne laissent que peu de ventilation pour réfléchir. Quelques références sont jetées en pâture à ceux désireux de se placer plus efficacement sur le terrain de la comparaison (qui dans ce cas précis n’offre que peu de repères), comme MASTODON, OPETH, RAMMSTEIN, MY DYING BRIDE, DIMMU BORGIR, MESHUGGAH ou PJNK FLOYD, mais eut égard à l’art consommé de ces artistes pour nous perdre dans le dédale de leur créativité, ne les mentionnons que comme information, et non comme base de réflexion.

Le « Shroom Metal » de ces allumés de la liberté est bien plus qu’une somme d’influences, même si les deux premiers titres de l’effort restent suffisamment compacts pour nous donner l’illusion d’une solution évidente.

Car en un peu plus de dix minutes, « Roadkills » et « Runamok » juxtaposent des ambiances héritées du Dark Ambient, du Doom, avancent avec précaution, et mélangent quelques accélérations de guitare à des empilements de voix contradictoires, souvent graves, parfois sous la forme de cris stridents, alors que la bande son semble suggérer un mariage entre le MY DYING BRIDE le plus intériorisé, et le TERRA TENEBROSA le plus terrifié.

Mais les neuf minutes de « Goose » changent la donne, et l’horizon évolue soudainement, plus électrique, moins emphatique, et même plus mélodique, tâtant de ci de là du Post Rock éthéré, pour mieux l’enterrer sous d’épaisses couches de magma sonore. Un peu de Death, un peu de Thrash, mais surtout, beaucoup de liberté de ton, et une direction qui change de cap assez régulièrement. Pour beaucoup, tout ça prendra des airs d’impro un peu mal gérée, mais je considère ces musiciens trop intelligents pour se laisser aller à des errances sans but…Phrasé Metalcore inondé de hurlements saccadés, violence instrumentale et vocale intense, pour une longue progression libre, assez typique de la scène Belge underground.

« Violet » confirme bien le fait que l’inopiné fait partie des stratégies de l’ensemble, et reproduit plus ou moins le schéma de « Goose », en restant toutefois un peu plus stable dans l’évolution. Harmonies déconstruites à grands coups d’accélérations foudroyantes, thèmes de guitare à l’avenant, compressions rythmiques étouffantes, les MONOMAD démontrent qu’ils ne sont pas forcément à l’aise avec les espaces positifs et blindent leurs morceaux jusqu’à l’overdose de sons, ce qui peut parfois perturber et même se révéler fatiguant pour l’auditeur peu habitué à ce genre de démarche.

Mais comme « Pigeonshit » s’offre de façon plus franche et propose enfin un riff accrocheur et presque Thrash, les opinions changent, mais la versatilité de l’ensemble s’enfonce un peu plus dans l’expectative. De quoi ? D’un peu de tout à vrai dire, puisqu’il est impossible de prévoir la succession de plans avant de l’avoir entendue. Agissant comme un curieux mélange de Metalcore moderne et de Sludge vraiment éprouvant, ce morceau se place de biais sur le terrain du Neo Thrash contemporain, sans vraiment faire partie de la famille. Mais c’est un des plus immédiatement efficaces, alors autant l’apprécier pour ce qu’il est.

D’autant plus que « Monologs » change encore de vision, et se complaît dans de lourdes percussions soutenant un chant incantatoire, comme si les DEUS composaient un hymne à l’absurde à l’aide de Jaz Coleman et de sa troupe de comiques mortels. Post Metal affranchi de toute contrainte, qui stoppe net pour se laisser aller à une dérivation spatiale onirique, vite envahie par des volutes de Doom éprouvant, se dispersant dans des fulgurances Thrash/Black opaques. Passage mélodique à la Devin Townsend, et puis, deux derniers morceaux qui reproduisent les mêmes effets, nous laissant avec beaucoup d’interrogations, et un sentiment amer de concept bouillonnant encore un peu trop…bouillonnant.

Brouillon, ce premier album semble l’être, même si je soupçonne ses auteurs d’avoir délibérément chercher à nous perdre dans leur univers. Mais en l’état, ce premier album bourré d’idées est encore un peu trop fouillis pour convaincre même si l’on sent poindre en arrière-plan une identité forte, apte à produire de grands albums pour peu qu’un tri soit fait dans les thèmes proposés.

Mais The Art of the Broken Mind est atypique, pique un peu les sens pour qui s’y frotte de trop près, et donne envie de poursuivre l’aventure.  

Une absence de style affirmé n’a jamais nié les individualités qui le forment, et c’est peut-être ça la singularité de MONOMAD.

 Attention toutefois de ne pas se perdre en routeen croyant trop fermement ne pas avoir d’avenir. Parfois, c’est le présent seul qui compte, et de ce côté-là, celui des Belges est encore un peu confus.


Titres de l'album:

  1. Roadkills
  2. Runamok
  3. Goose
  4. Violet
  5. Pigeonshit
  6. Monologs
  7. Proletarian
  8. Perceiver

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 09/12/2016 à 18:49
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