The Foam Of Despair

Mourning Dawn

12/01/2024

Aesthetic Death

Plus de vingt ans de carrière, six longue-durée, deux EP’s et deux splits, le parcours des parisiens de MOURNING DAWN est exemplaire. Depuis 2002, et après avoir débuté en tant que one-man-band, le quatuor n’a eu de cesse de repousser ses propres limites, pour attendre un équilibre parfait entre brutalité et contemplation, entre agressivité et mélancolie macabre. Et deux ans à peine après Dead End Euphoria, qui montrait déjà des signes de perfection, le groupe nous assène un gigantesque coup de massue avec son sixième album, très justement et poétiquement baptisé The Foam Of Despair.

Cette écume qui sèche sur les lèvres gercées est de celles qui obligent à ressentir le monde tel qu’il est. Toujours fasciné par des styles complémentaires, MOURNING DAWN poursuit donc son deuil, après avoir enterré la joie de vivre il y a bien longtemps. Dans un registre de Black/Doom très convaincant, et agrémenté d’une petite touche amère de Post-Rock, le collectif parisien se pose désormais en leader d’une scène plus si underground, même si la reconnaissance qu’il mérite n’est pas encore acquise. Mais après avoir découvert l’ample et majestueux « Tomber du Temps », gageons que les hordes de la nuit accueilleront en leur sein cette idole du désespoir.

A la manière d’un HYPNO5E encore plus noir, The Foam Of Despair raconte son histoire en utilisant de nombreux samples, ce qui permet de rapprocher ce nouveau chapitre du désormais classique Acid Mist Tomorrow. La lancinance, les riffs hypnotiques, la narration logique mais heurtée, beaucoup de points communs lient les deux œuvres, et il n’est pas incongru de les penser liées par un fil invisible. Evidemment, le travail de MOURNING DAWN est beaucoup plus simple, et repose sur la juxtaposition d’un discours enregistré et d’une bande-son torturée à l’extrême, mais lourde et efficace. Les deux groupes partagent donc ce besoin de souligner leurs obsessions de ces voix froides en arrière-plan, à la manière d’un documentaire compilant reportages d’époque et témoignages modernes.

Laurent Chaulet (guitare, chant), Frédéric Patte-Brasseur (guitare), Vincent Buisson (basse) et Nicolas Joyeux (batterie) ont une fois encore brossé un tableau très précis de leur univers désolé, mais faussement statique. On prend acte des évolutions et des micro-différences entre chaque album, et si tous ont été parfaits ou presque en termes de production, The Foam Of Despair atteint un niveau stratosphérique au niveau artistique. On peut presque sentir la résignation transpirer des pistes numériques, et l’abandon qui suppure des blessures musicales.

Empruntant au Doom ses répétitions et au Black Metal sa liberté de ton, MOURNING DAWN réconcilie le Post-Hardcore nineties, Le Black emphatique à la française, mais aussi le Doom anglais le plus fétide. Le mariage de ces trois membres d’une presque même famille donne donc un inceste glauque mais magnifique à la fois, qui se manifeste par de longues plaintes qui tiennent autant de l’orgasme traumatique que de l’effondrement personnel (« Apex »).

       

« Borrowed Skin », troisième de couverture est un monument à lui seul, qui utilise avec beaucoup d’intelligence la sobriété de riffs acides pour instaurer une ambiance clinique et figée. On y parle de mort, de souffrance, d’humains qui finalement tiennent bien plus à la vie que ce qu’ils veulent bien s’avouer, le tout sur fond de percussions tribales caractéristiques de la mouvance Post-Hardcore US des années 1990/1995. Cette longue suite peut être perçue comme une acmé, un pic atteint alors même que l’album n’en est qu’à sa première partie, et qu’il nous reste encore pas mal de condoléances à recevoir.

MOURNING DAWN dispose maintenant de son propre univers, ouvert et perméable, dans lequel on tombe sur une basse énorme, sur quelques notes répétitives martelées comme un mantra, sur ces samples utilisés à bon escient, sur ces riffs qui écorchent le bois des cercueils, éléments qui, lorsqu’ils sont dosés avec soin nous entrainent hors d’un monde trop prévisible et de toutes ses obsessions vintage.

On trouve le groupe à son meilleur sur le pesant et obsédant « Suzerain », faux instrumental mais vraie transition oppressante, et même au-delà lorsque « The Color of Waves » laisse ses nappes synthétiques colorer le ciel en blanc immaculé. Symptomatique de la démarche des parisiens, qui ne troqueraient jamais leur lancinance contre une violence facile et stérile, cette longue évolution de plus de neuf minutes clôt la trilogie amorcée par « Tomber du Temps » et continuée par « Borrowed Skin ». Quelques cassures valant mieux que de nombreuses déviations, nous suivons avec curiosité le chemin tracé par ces titres à tiroir, qui densifient le Doom d’une approche Black impitoyable, formalisée par un son de guitare cryptique et une production rythmique dotée d’un écho fantastique.

The Foam Of Despair fait partie de ces œuvres magiques qui nous éloignent des sentiers battus. Vraiment Doom puisque lent et lancinant, partiellement Black eu égard à cette voix atroce et à ce son de cathédrale gothique, MOURNING DAWN poursuit son chemin sans jamais chercher à triturer son ADN pour rentrer dans une petite case plus pratique.

La beauté se cache souvent dans les ténèbres, et MOURNING DAWN sait vous l’éclairer de son crédo romantique mais morbide. A vous d’apprécier les monstres qui s’y cachent, et qui protègent un secret nocturne longtemps passé sous silence.

  

                    

Titres de l’album:

01. Tomber du Temps

02. Blue Pain

03. Borrowed Skin

04. Apex

05. Suzerain

06. The Color of Waves

07. Midnight Sun


Facebook officiel

Bandcamp officiel


par mortne2001 le 26/03/2024 à 17:15
85 %    222

Commentaires (0) | Ajouter un commentaire

pas de commentaire enregistré

Ajouter un commentaire


Derniers articles

Anthems Of Steel VI

Simony 24/05/2024

Live Report

Pessimist + Demiurgon

RBD 14/05/2024

Live Report

Voyage au centre de la scène : ARGILE

Jus de cadavre 12/05/2024

Vidéos

Mercyless + Nervous Decay + Sekator

RBD 08/05/2024

Live Report

Birds in Row + Verdun

RBD 02/05/2024

Live Report

Hexagon Doom Tour

Simony 29/04/2024

Live Report

Midnight + Cyclone + High Command // Paris

Mold_Putrefaction 24/04/2024

Live Report

DIONYSIAQUE + JADE @La Chaouée

Simony 23/04/2024

Live Report
Concerts à 7 jours
Tags
Photos stream
Derniers commentaires
DPD

@LeaJ'exprime mon avis tout le monde me tombe dessus je défend mon point de vue et voilà tout. Il y a toujours quelqu'un pour remettre une pièce dans la machine, pour moi j'ai effectivement tout dit du coup je m'amuse un peu que voulez-vous.

27/05/2024, 16:40

DPD

Je vois pas l'homophobie, je réalise les souhaits d'un homosexuel, j'essaye d'aider, tu veux quoi, j'y vais direct au Talmud ?

27/05/2024, 15:49

Lea

DPD je ne comprends pas du tout pourquoi tu t'acharnes comme ça, on a bien compris tes messages. Tu te fais plaisir à cracher sur tout et n'importe quoi, je vois pas trop le délire, tu t'emmerdes ?

27/05/2024, 12:50

Cämille

Vous pouvez pas virer cette merde homophobe ? Histoire de remonter le niveau. Merci

27/05/2024, 12:19

Gargan

Merci pour ce live report étoffé, va vraiment falloir que je me bouge les miches pour le prochain !

26/05/2024, 21:48

Gargan

Y’a pas de batteur ? J’aurais du mal à comprendre un changement de style..

26/05/2024, 20:55

NecroKosmos

26/05/2024, 19:13

NecroKosmos

J'y étais dès le jeudi et c'était vraiment top !! Mes coups de coeurs sont, dans l'ordre d'apparition, SWAMP LORDZ, WITCHES, VENEFIXION, ABYSMAL GRIEF et SKINFLINT. Quelques déceptions (musicales) mais peu importe. Quel bon festival !! J'ai bie(...)

26/05/2024, 18:59

Humungus

Putain d'affiche c'est clair...Ne serait-ce déjà que pour ABYSMAL GRIEF.Je dois les voir dans un peu plus d'un mois en Belgique... Et ta critique Simony me fout l'eau à la bouche bordel !!!Pis DESTRUCTION... Totalement d'accord av(...)

26/05/2024, 11:02

DPD

J'y peux rien si cette interface de clodo m'empêche d'éditer mes messages, habituellement j'écris très vite je poste et je me relis ensuite.Donc ouais, Bescherelle dans ton cul je sais que t'aimes ça pé(...)

25/05/2024, 16:19

DPD

Je vais te foutre un Bescherelle dans le cul va, ça te rappellera des souvenirs!

25/05/2024, 16:16

Steelvore666

Atrocia (les copains !!!!!), Skelethal, Venefixion... quelle affiche !!!!!!Et dire que j'avais gagné un pass pour m'y rendre...

25/05/2024, 10:30

Humungus

Buck Dancer je t'aime... ... ...

24/05/2024, 21:00

MorbidOM

"si je le ferais ce serait un album culte mais j'ais autre chose à foutre."Consulter un Bescherelle ?

24/05/2024, 03:50

DPD

Ceci dit si je le ferais ce serait un album culte mais j'ais autre chose à foutre.+ metallica c'est de la merde depus longtemps, rien à foutre de Slayer, pareil pour Iron Maiden. Les nostalgiques devraient dégager-

24/05/2024, 01:06

DPD

On aura au moins pu constater que DPD>UPS.

23/05/2024, 10:56

DPD

@UPSJe peux brancher ma guitare avec mon pc jouer avec une boite a rythme et sortir quelque chose de merdique en 1 semaine, est-ce que ça en vaut la peine? tellement de sorties polluent la scène.Je suis absolument contre l'idée que faire quelque (...)

23/05/2024, 10:54

Buck Dancer

Franchement, je ne m'attendais pas à un album aussi bon. Quelques morceaux peuvent vite devenir des classiques et surtout le groupe semble avoir son identité. Bien sûr c'est similaire  à Motley Crue.... euh Slayer, mais c'est pas un simple copi&eacut(...)

22/05/2024, 21:11

fuck the fuck off motherfucker

Calmez-vous les boomers mentaux, Rock Hard va bien vous pondre un article sur AC/DC pour vous contenter.

22/05/2024, 14:36

UPS

Effectivement, ne faisons rien et restons vissés à nos sièges en pleurant sur internet : on aura l'air nettement moins vieux jeu et plus aventureux comme ça. 

22/05/2024, 12:35