On ne va pas se la jouer, le Glam, au-delà de l’aspect sexy que le genre aime s’auto-conférer, n’est pas toujours très classe. Entre les NEW YORK DOLLS qui confondaient les travelos de la 42ème et les escort-girls ukrainiennes, les WRATHCHILD anglais à peu près aussi séduisants et androgynes que feu Lemmy pendant une bachelor party déguisé en infirmière du Vietnam, et l’armada flamboyante des PRETTY BOY FLOYD qui abusaient du rimmel et du lipstick pour pouvoir se prendre pour des poupées Barbie après un passage chez le Dr Feelgood du scalpel, le bilan n’est pas brillant. En lieu et place du déluge de stupre que ces artistes étaient censés déclencher, on avait parfois le sentiment d’assister au triste spectacle de mâles en pleine crise d’identité, se rongeant plus volontiers les ongles de pieds pour une performance à dix dollars qu’à une représentation iconographique de Liberace revu et corrigé par Debbie Harry. Et si vous ajoutez à ça le sens de la rime badine des STEEL PANTHER, groupe pas si gag qu’il n’en a l’air, le Sleaze, c’est quand même le refuge idéal de tous les psychopathes entre-genres qui n’hésitent pas à troquer le bon goût pour des répliques de troquet d’égout. Mais comment en vouloir à des flingués notoires, à partir du moment où ils sont capables de nous trousser des hymnes teen aussi facilement que les LED ZEP dégainaient l’espadon pour satisfaire leurs groupies les plus exigeantes ? Impossible, j’en conviens, et par-delà l’image pas toujours flatteuse qu’ils projettent, ces malandrins de la syntaxe de lupanar sont souvent prompts à dégainer des refrains qu’on retient, jusqu’au bout de la nuit, parce que dans la journée, ces feignasses passent leur temps à roupiller. Mais on peut être surpris de constater que la dernière attraction à la mode Glam nous vient d’Espagne, puisque le style est plus réputé pour son formalisme totalement ricain, que pour son exotisme européen. Mais sans être bégueule, autant accueillir les raffinés EROTIC PSYCHO comme il se doit, puisque ces sagouins viennent de nous torcher le LP de Sleaze presque parfait.

Fondé à la fin de l’année 2012, le quatuor (Nando Saints - chant, Lokki - basse, Jay Martino - guitare et Frost Moore - batterie) est né de la rencontre inopinée entre un italien exilé (Jay Martino, le guitariste ébouriffé) traquant la donzelle du côté de Valence, et tombant par chance sur un vocaliste local oisif (Nando Saints, couineur mal attifé). Les deux parias de la délicatesse s’entendirent évidemment comme larrons en foire, et décidèrent donc de partager leurs vues sur un Hard-Rock chamarré, dans la grande tradition des MÖTLEY CRÜE, GUNS'N' ROSES, L.A. GUNS, SHOTGUN MESSIAH, PRETTY BOY FLOYD, SLAUGHTER, POISON, RATT, CINDERELLA, ALLEYCAT SCRATCH, VAIN, et autres FASTER PUSSYCAT, comme le précise leur bio. Enchantés de pouvoir compléter leur line-up par deux autres recrues aussi portées sur la sobriété qu’eux, les deux acolytes en devinrent finalement quatre, et produisirent leur premier EP en 2015, sous le titre Ô combien nuancé de Sex You Up ! Avec le leitmotiv le plus simple qui soit en pratique dans le domaine, à base de demoiselles à débaucher, de boissons à déguster et de poudre à renifler, ces musiciens/transformistes commencèrent donc leur carrière de poètes en goguette en travaillant leur partition, histoire de sonner encore plus grossiers et provocateurs que toutes leurs influences combinées. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils ont réussi, puisqu’ils nous en reviennent trois ans plus tard avec leur premier long, ce The Lost Boyz qui ne les montre pas si perdus que ça, autrement que dans leur délire haut en couleurs et empreint d’un certain classicisme machiste à rendre Gene SIMMONS plus timide qu’un nerd toujours puceau.

Tout ceci n’est évidemment pas très fin, mais on s’en serait douté sans même avoir besoin de coller nos oreilles trop près de l’entame subtile de « Mainstream Whore », au titre évocateur qui laisse songeur. Amis de Baudelaire et de Rimbaud, rapprochez-vous donc de leur feu intime pour avoir chaud, vous serez servis à grands coups de métaphores crétines et autres allusions de parties fines, puisque les trois espagnols + 1 italien ont bien bossé pour ne pas passer inaperçus, mais en ayant au moins le mérite de nous titiller les poils des bras avec des chansons simples, mais complètement craquantes. A cent lieues des branleurs incapables et frondeurs que nous étions en doit d’attendre au coin d’une rue, les EROTIC PSYCHO s’avèrent être de redoutables compositeurs et d’adroits interprètes, très à l’aise dans leur domaine et dans leur slip, et capables de torcher un hit aussi définitif que l’imparable « Sweet Suicide », à faire baver d’envie les PRETTY BOY FLOYD en rupture de khôl. Il faut dire que chacun dans son domaine est un cador, et entre les riffs taillés à la machette par un Jay Martino visiblement très acclimaté à l’ambiance américano-espagnole, et la voix de chat écrasé agonisant de Nando Saints, le tableau est complet, et toutes les figures imposées au programme respectées. Exubérance, violence, sexisme de bas étage, mais respect d’un Rock n’Glam vraiment pas sage, pour un festival de vers à faire fuir au diable vauvert n’importe quelle féministe activiste. Et le sommet de romantisme qu’est « Squirt Baby Squirt », qui évoque avec doigté les coulées de cyprine que ces quatre-là sont susceptibles de déclencher entre les cuisses de leurs fans féminines, prouve que l’art séculaire des refrains d’enfer sur fond de rythmique lapidaire n’est pas prêt de tomber dans l’oubli, tant que des dégénérés pareils lui voueront un culte.

Ça trépide, ça allume et ça turbine, et finalement, malgré un mixage étonnement déficient qui donne l’impression d’écouter l’album dans la cave de sa maman, ça fonctionne à plein rendement, parce que les bougres s’y connaissent en boogie chauffé à blanc (« Stinck Boy Blues »), en carpaccio de Rock saignant (« Lost Boyz », celle-là, même les BLACKRAIN ne l’ont pas vue venir), en binaire le gland turgescent (« The Only Way Is Down », une trique du matin qui dure jusqu’au soir), et en pseudo crise amourachée qui cache des désirs moins avoués (« We’ll Go Wild », une mélodie pour les sauvages, de la braguette bien sûr). Loin de se contenter de torcher vite fait une bordée de rock songs hâtivement troussées, les espagnols nous offrent donc un véritable festival de la diversité, et passent en revue toutes les nuances, les ambiances, pour imposer la leur, hot évidemment, mais découlant d’un indéniable talent. Alors, on danse ? Evidemment, spécialement sur le très D.A.D. « Suite In Hell », ou sur l’overspeedé et festif à crever « Rock 'n' Roll Is Not Dead (You Are) », qui conclut l’affaire en nous emballant à l’arrière, traduisant l’esprit originel des DOLLS et de BOLAN dans un vocable californien des années 80. C’est aussi frais qu’une vieille prostituée hollandaise trop fatiguée d’essuyer ses vitres souillées, aussi honnête qu’un deal proposé à la porte d’un hôtel de passe, mais exactement ce qu’on cherche quand on traîne dans les bas-fonds de l’art à la recherche de quelques gus susceptibles de vous offrir une dose de grisant qui ne laisse pas sur le flanc. En gros, The Lost Boyz c’est le bon ramonage à fond qui laisse le fion élastique comme un ballon, et qui fait jouir avant de tourner les talons. Pas top pour la romance à Venise, mais parfait pour une branlette chez Denise.


Titres de l'album:

  1. Mainstream Whore
  2. Lost Boyz
  3. Hot Gun Killer
  4. The Only Way Is Down
  5. Sweet Suicide
  6. Squirt Baby Squirt
  7. Stinky Boy Blues
  8. We'll Go Wild
  9. Suite in Hell
  10. Rock 'n' Roll Is Not Dead (You Are)

Site officiel


par mortne2001 le 21/04/2018 à 18:02
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