A vu de nez, on pourrait se dire qu’un nouveau groupe suédois sorti de nulle part vient nous offrir une nouvelle démonstration de Hard Rock pas vraiment up in time, mais méchamment influencé par les références les plus classiques du genre, les UFO, IRON MAIDEN, la vague NWOBHM, mais aussi les classiques du Rock des seventies, lorgnant déjà vers un avenir tout tracé. Après tout, il n’y aurait rien d’incongru à ça, les scandinaves étant les rois du genre, et s’enfonçant sur leur trône un peu plus profondément d’année en année. Sauf qu’en y regardant de plus près, l’affaire semble subtilement plus complexe…VOJD, évidemment, ne dira rien à personne nommément, sauf à ceux qui noteront celui de Joseph Tholl coincé au milieu d’un line-up tout sauf anonyme…Car le bonhomme, outre son boulot abattu au sein d’ENFORCER, son combo principal, s’est aussi illustré dans un side-project un peu moins illustre, mais remarqué, BLACK TRIP, qui lui avait permis depuis 2014 d’évacuer un trop plein de passion pour le Heavy Metal racé. Le groupe avait d’ailleurs signé deux albums impeccables, Goin' Under en 2013 et Shadowline en 2015, qui avaient méchamment fait vibrer le cœur de puristes à la recherche de sensations nostalgiques. De là à dire que VOJD n’est que l’extension logique de ce passé, il n’y a qu’un pas que le principal intéressé franchit, puisque lui-même affirme que ce The Outer Ocean n’est rien de plus que le prolongement logique de Shadowline, et le troisième LP que BLACK TRIP n’a jamais eu la chance d’enregistrer. Et c’est donc avec un grand plaisir que nous retrouvons Joseph, à la barre non d’un nouveau navire, mais de sa caravelle habituelle, relookée pour l’occasion, et flanquée d’un nouvel équipage qui n’a rien à envier à l’ancien.

Gageons qu’avec ces nouveaux camarades de route, le tempétueux leader saura affirmer un cap sinon en revirement, tout du moins en légère déviation, puisque la tonalité générale de sa musique a subi elle aussi une modulation générale. Exit donc les sonorités un peu trop marquées par le Heavy, et bonjour l’ouverture d’esprit, avec un compas réglé sur un Classic Rock fondamentalement moins typé, mais tout aussi bouillonnant et respectueux. En s’entourant d’un trio rafraichi, le leader a fait le bon choix, et c’est aux côtés de Peter Stjärnvind (guitare, MERCILESS, PEST, MURDER SQUAD), Anders Bentell (batterie, ORDER OF ISAZ) et Linus Björklund (guitare, DELVE) qu’on le retrouve aujourd’hui fermement accroché à sa basse et à son micro, prêt à nous entonner de nouveaux chants à base de fascination pour le Hard-Rock smooth des seventies, et celui plus taillé en mélodies de l’orée des eighties. Nous avons même la surprise de tomber parfois en pleines digressions hors-contexte, puisque l’homme ose des influences externes particulièrement savoureuses, en tâtant d’un Hard bluesy qui n’aurait pas eu sa place sur les albums trop référencés de BLACK TRIP, mais qui permettent ici d’aérer un répertoire déjà très éclectique. Pas trop étonnant non plus de constater que le niveau de qualité est monté d’un cran, permettant au musicien de signer onze morceaux indispensables, tous animés d’un même esprit de révérence, et secoués d’harmonies dignes d’un THIN LIZZY en pleine possession de ses moyens. Et sans même avoir besoin de comparer l’évolution nominale et stylistique des deux projets en extension, VOJD se satisfait parfaitement à lui-même sans avoir besoin d’un parallèle ni d’une affiliation. Et ça, c’est très bon signe, spécialement dans ce créneau particulièrement exigeant.

Beaucoup de Hard-Rock, donc, mais aussi de sérieux clins d’œil en pied de nez aux détracteurs qui affirment que les suédois sont finalement tous les mêmes, et incapables de jouer autre chose qu’un succédané de Rock estampillé vintage, partageant même les sempiternelles influences qu’on replace dans le contexte. Ici, le boogie parvient même à se tailler un costard sur mesure, via l’endiablé « On an Endless Day of Everlasting Winter », qui en profite pour caser un riff en digression de l’imputrescible «La Grange » de ZZ TOP, qui à mi-parcours nous offre un surplus d’inédit et d’énergie qu’on apprécie d’autant plus. Impossible de la même façon de ne pas citer le fabuleux et suintant de feeling « The Outer Ocean », que les GRAVEYARD et CORROSION OF CONFORMITY auraient pu entonner un soir d’été entre Stockholm et la Nouvelle-Orléans. Une voix qui module ses aspirations, beaucoup de respirations, et surtout, une complémentarité de guitares dignes de l’ère magique des Brian Robertson & Scott Gorham, qui visent la tierce pour transcender finalement des pentatoniques moins classiques qu’elles n’en ont l’air…Ces allusions au LIZZY sont omniprésentes tout au long de l’album, même si le timbre assez Rock et rauque de Joseph est assez éloigné des feulements félins de feu Phil Lynott, et plus proche de celui éraillé de Nicke Anderson. Et à l’écoute d’un morceau aussi direct que « On The Run », ou aussi charmeur que « Delusions In The Sky », impossible de passer à côté de la référence sans occulter un énorme pan de la culture musicale européenne. Il est certain que l’ombre du combo légendaire de Dublin plane bas au-dessus des nuages suédois, mais il trouve en The Outer Ocean un hommage sincère et de grande qualité.

Toutefois, il serait injuste de considérer ce faux premier album comme un tribute habilement déguisé, au regard des deux exemples excentrés cités plus en amont, mais aussi d’un explosif « Heavy Skies », louchant sévère du côté MOTORHEAD où il va s’enivrer, et qui nous procure notre dose de grisant tant désiré. En optant pour une option multidirectionnelle, Joseph Tholl a eu les idées claires, et a pu s’appuyer sur des musiciens partageant ses vues et son talent. Entre des joutes guitaristiques affutées et complémentaires, une section rythmique soudée comme deux poumons, et un chant un peu en retrait, l’instrumental jouit d’un professionnalisme suffisamment sauvage pour qu’on adhère à son propos, et garde cette autorité qui transforme dans le meilleur des cas un simple side-project en groupe à part entière. On apprend donc à redécouvrir les obsessions d’un musicien fort attachant, qui revient régulièrement tremper son inspiration dans le Hard-Rock d’il y a trente ans (« On The Run », parfaite démonstration avec sa basse ronde, ses guitares girondes et ses chœurs ronflants), avant de s’exiler en terre Blues, pour une allégeance qui sent bon la sincérité (« Dream Machine », velouté, précieux et argumenté). En gros, de la cohérence dans la différence, et une rupture prononcée, pour un divorce pas forcément annoncé, qui démontre que le partage des biens a tourné à l’avantage de Joseph. Il peut donc afficher fièrement ses intentions, et terminer son album par une dernière salve aussi accrocheuse que teigneuse (« Walked Me Under »), avant de nous saluer d’un mouvement de chapeau un peu mystérieux (« To The Light », plus Rock que Hard, et plein d’émotion), histoire de baisser le rideau sans nous laisser trop de certitudes sous le manteau.

Tout cela valait-il un changement de patronyme ? Oui, car entre BLACK TRIP et VOJD, les différences sont marquées, même si l’ADN est partagé. On retrouve évidemment tout ce qui nous séduisait chez les premiers, avec ce petit plus apporté par une volonté de varier les plaisirs. De fait, The Outer Ocean se montre aussi convaincant que séduisant, en unissant dans un même élan Hard Rock et Rock des seventies, et Hard subtilement Heavy des eighties. En même temps, un groupe suédois sorti de nulle part, c’est toujours assez fréquent. Mais si jamais le cas se présentait, ne vous inquiétez pas. Il ne sera pas perdu pour autant.


Titres de l'album:

  1. Break Out
  2. Delusions in the Sky
  3. Secular Wire
  4. The Outer Ocean
  5. Vindicated Blues
  6. On an Endless Day of Everlasting Winter
  7. Heavy Skies
  8. On the Run
  9. Dream Machine
  10. Walked Me Under
  11. To the Light

Facebook officiel


par mortne2001 le 03/03/2018 à 18:09
88 %    96

Commentaires (2) | Ajouter un commentaire


jlouis
@78.192.38.132
03/03/2018 à 21:26:52
Je préfères le Thin Lizzy original

JérémBVL
membre enregistré
03/03/2018 à 21:41:02
Excellent! Ca fout la pêche! Ca me rappelle les Hellacopters!

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