The Uninvited King

Heyoka's Mirror

06/03/2021

Autoproduction

Premier album pour un groupe qui n’est pas un nouveau venu, et dont le premier vol n’a pas échappé au radar des sites spécialisés. Les canadiens de HEYOKA'S MIRROR étaient donc plus ou moins attendus au tournant, et livrent avec ce premier album toute la richesse qu’on était en droit d’attendre d’eux. Quatre ans après son premier EP, Loss of Contact with Reality, le duo de base Omar Sultan (guitare) et Andrew Balboa (claviers, chant et guitare) se dévoile intégralement via The Uninvited King, qui à n’en point douter confirmera toutes les bonnes impressions dégagées par son premier témoignage. Soutenus dans l’expérience par la section rythmique Brendan Rottweil (basse)/Johnny Kerr (batterie), les deux concepteurs du projet font donc montre d’un sens de l’à-propos en termes de compositions alambiquées et épiques, qui ne sont pas sans rappeler l’époque nineties de la référence DREAM THEATER, le tout teinté d’un lyrisme déviant à la FATES WARNING. C’est donc à l’élite que le duo de Calgary se réfère musicalement, en empruntant de longs chemins de traverse pour illustrer sa thématique.

Il y a aussi du QUEENSRYCHE dans ce son, du CRIMSON GLORY, du PERIPHERY dans la dextérité, mais l’avantage du duo est de ne jamais perdre de vue la puissance inhérente à tout bon concept Metal progressif qui se respecte. Produit par le duo lui-même, mixé et masterisé par Casey Lewis, affichant quelques featurings (Bayan Sharafi, Casey Lewis, Ethan "Shorty" Askey, Renan Weignater, Jim Martin et Tamara Eaker), The Uninvited King se montre solide, aventureux, parfois culotté, solaire mais aussi sombre quand il le faut, collant de près à l’optique nominative du duo. En effet, terme Amérindien, les Heyokas sont des miroirs émotionnels vivants pour ceux qui les entourent. Le terme signifie « clown sacré » ou « fou ». Ils révèlent nos lacunes et nos faiblesses. Ils nous montrent nos défauts et ajoutent un moyen de développer ces défauts. Un propos assez spirituel et mystique donc, qui se traduit en musique par des structures mouvantes, des évolutions riches, et une instrumentation ferme et prolixe. Les deux musiciens maîtrisent leur sujet individuellement, et font preuve d’une belle osmose une fois ensemble, et dès « Heavy Rain », le ton est donné, et le Heavy corsé.

Beaucoup plus proche du Metal que du Rock, HEYOKA'S MIRROR ne cache rien de son amour pour une musique puissante, parfois à la lisière d’un Néo-Thrash vraiment efficace. Les riffs se succèdent à un rythme soutenu, parfois renforcés par des blasts tout à fait opportuns (« The Darkness Within »), tandis que la voix emprunte les inflexions de certains groupes de Death progressifs, à l’instar de l’OPETH de début de carrière. Rien à craindre donc en termes d’intensité, puisque le groupe garde la pression tout du long, tout en aménageant des espaces plus aérés et mélodiques. Mais lorsque la température monte de quelques crans, les canadiens ne craignent personne en matière de violence, domaine qu’ils maîtrisent à la perfection. Inutile donc de craindre des atermoiements précieux ni des dérives synthétiques à la Steven Wilson, ici, le Metal est roi, et la violence sa reine.  

En tant que frontman, Andrew Balboa fait preuve d’une assurance assez bluffante. Et même si le groupe nous avait dévoilé une partie de son répertoire sous forme de singles depuis 2019, on reste surpris de cette démonstration toute en emphase, mais qui ne tombe jamais dans le ridicule de claviers seventies ou d’inflexions champêtres. On ne peut s‘empêcher de penser parfois à une forme de Death progressif modulé pour ne pas s’empêtrer dans la bestialité clinique et démonstrative, et à ce titre, le long pamphlet « The Darkness Within » se pose en acmé de plus de dix minutes qui prouve tout le savoir-faire des deux créatifs. Les ambiances sont travaillées, le son exceptionnel de pureté, même dans les moments les plus intenses, et le travail vocal de Balboa est tout bonnement sidérant de versatilité. L’ajout de voix narrées, et d’interludes Ambient ne fait qu’ajouter à la mystique collective, et plus qu’à un voyage, c’est à une introspection que le groupe nous invite, à la recherche de notre moi profond, qu’il soit bon ou mauvais.  

Malgré ses cinquante minutes de jeu bien tapées, The Uninvited King reste passionnant de bout en bout. Le duo a le don de trouver une approche différente pour chaque morceau, s’aventurant sur les terres de la polyrythmie à l’occasion du trépidant « Asylum », déjà lâché en single l’année dernière. On se rappelle alors à son écoute du DREAM THEATER le plus percutant et inspiré de la fin des années 90, lorsque John, Mike et les autres nous lâchaient leur pamphlet définitif, Metropolis 2000. Mais l’art des canadiens est justement de s’inspirer sans copier, et il est assez marquant de constater qu’ils sont capables de fondre la précision du Progressif du nouveau siècle et l’efficacité rythmique élastique de la Fusion du début de la même décennie. Le mélange est donc explosif, et les compositions jouissives, et Dieu sait pourtant si les instrumentaux peuvent rapidement être pénibles. En se ressourçant à la rivière RUSH tout en conservant sa philosophie brutale, HEYOKA'S MIRROR agit en point de convergence de toutes les écoles progressives depuis sa naissance, tout en laissant de côté les casse-tête dramatiques de Canterburry loin derrière lui.

Superbes parties de claviers qui sonnent comme un grand piano, soli inventifs et sensibles, enchaînements diaboliques, tout y passe, et avec un brio inouï. Grosse basse pour efficacité immédiate et groove poisseux (« Deal with the Devil », que MASTODON aurait pu embourber avec panache), subtilité des thèmes que TOOL affectionne pour les diluer sur de longues minutes, mais ici résumés à leur essentiel, rapport avec le passé et certaines images déjà développées par SAVATAGE (« King of Deception »), dualité à la KING DIAMOND pour ajouter une touche occulte à l’ensemble, ce premier album est un modèle du genre, et atteint déjà une perfection que l’on sent reclassable par le groupe lui-même. Impossible de rester de marbre face à cette démonstration, qui exacerbe les sentiments, et qui force le respect. Et tout en utilisant un vocable d’usage, HEYOKA'S MIRROR reflète une autre vérité, celle qui montre le visage d’un progressif moderne et totalement décomplexé de ses influences.   

The Uninvited King est d’ores et déjà un chef d’œuvre, il ne tient qu’à vous qu’il parvienne à acquérir ce statut culte qu’il mérite amplement. Du sur mesure pour le prix du prêt-à-porter. Une occasion à ne pas manquer.   


                                                                                                                                                                                                        

Titres de l’album:

01. The Light Within

02. Heavy Rain

03. Shadow Man

04. The Darkness Within

05. Asylum

06. Deal with the Devil

07. King of Deception

08. Celebration of Light


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par mortne2001 le 25/03/2021 à 18:13
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Oups ! J'étais totalement passé à côté de cette chronique ! Merci @mortne2001 pour l'avoir rédigée !

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Rien de bien intéressant ici.

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Tu n’es donc pas optimiste.

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ha ha! nul!

18/04/2021, 00:02

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Tout est à chier, riffs insipides, claviers ultra kitch, refrain ultra mielleux. Ce son de gratte de merde, c'est époustouflant ! Cette mode des grattes 7/8 cordes me saoule, laissez ça à Meshuggah. Meme pas envie de juger le reste. Monde de merde! ;)

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On peut écouter la totalité à présent, et il faut bien dire que ça sort tout de suite du lot ! Je me tâte pour une commande.

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Wolf88

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NecroKosmos

Nous sommes vieux et nous avons bon goût. Bon, moi qui suis ultra-fan, j'adore le dernier album mais je trouve que la production y était un peu à chier. Mais je reste totalement confiant.

17/04/2021, 10:03

NecroKosmos

Bien vu le nom du groupe : facile à prononcer pour les non-biélorusses...  :)

17/04/2021, 09:59

Humungus

Mouais...Clairement pas terrible.Je rejoins Simony (sauf que moi j'avais plus qu'apprécié les deux derniers albums).Bref... A juger sur la longueur quoi... ... ...

17/04/2021, 08:51