Nous en devisions il y a peu, face à l’invasion de groupes new school obsédés par le Thrash old-school, il devient très difficile de faire la différence entre l’originalité et la démarque à peine prononcée. Non que cette mouvance soit inintéressante, loin de là, mais à force d’écouter des LP qui font tout pour nous persuader qu’ils auraient pu être enregistrés il y a trente ans, on se retrouve bien incapable de faire la différence entre un acteur underground de l’époque et de petits nouveaux qui cousent eux-mêmes leurs patches de SLAYER sur leur veste en jean flambant neuve. Ceci est-il vraiment gênant dans l’absolu ? Musicalement parlant, pas forcément, puisque tout le monde est gagnant. Pour les autres, ceux qui agissaient dans l’ombre en temps et en heure, la question de la crédibilité se pose. Le débat n’est pas forcément d’importance pour le fan lambda, mais il peut l’être pour des musiciens ayant défendu la cause au bon moment, et qui se retrouve noyés dans la production pléthorique. Il est certain que lorsqu’on affiche plus de trente ans de carrière et qu’on ne bénéficie pas d’une exposition plus conséquente que celle dont jouissent de jeunes branleurs copiant plan pour plan les idées des aînés, ça a de quoi vexer un peu. Il nous incombe donc à nous, journalistes, de faire la part des choses et de déterrer l’histoire pour vous en présenter les faits tels quels, et de mentionner que certains ensembles furent des pionniers du genre, sans se servir de cette caution pour encenser de façon subjective des disques qui ne le méritent pas vraiment.

Sauf que parfois, ceux-ci le méritent. Prenons le cas des finlandais de NATIONAL NAPALM SYNDICATE. Formation en 1986, premier album éponyme en 1989 sur Parlophone, la branche d’EMI, hiatus d’une bonne dizaine d’années avant un comeback inopiné, puis une histoire/légende qui suit son cours de longue-durée en compilation, de splits en EP, pour aujourd’hui ajouter au tableau de chasse un quatrième album qui a largement de quoi tenir la dragée haute à la nouvelle génération. Loin de moi l’idée de vous résumer la bio de ces thrasheurs fous, puisqu’elle est disponible sur leurs pages officielles, mais je pourrais et devrais mettre en avant l’abnégation dont ont fait preuve ces musiciens pour s’accrocher à leur amour de jeunesse…Envisagé au préalable en tant qu’exutoire permettant quelques reprises des monstres sacrés METALLICA et EXODUS, le groupe est vite devenu une valeur sûre et presque unique (ils n’avaient pas vraiment de concurrence en Finlande à l’époque), que l’on retrouve aujourd’hui toujours aussi motivée, mais dotée d’un répertoire original qui a de quoi donner bien des suées. Toujours dominé de la guitare et des épaules par le seul membre originel Jukka Kyrö à la six-cordes, NATIONAL NAPALM SYNDICATE peut aujourd’hui se reposer sur une formation solide (Ilkka "Ile" Järvenpää - chant, Harri Lampinen - guitare, Niko Karppinen - basse et Ville Hanhisuanto - batterie) pour continuer d’écrire sa propre histoire, toujours consacrée à la gloire d’un style qui n’en finit plus de faire des émules, et sans doute encore plus qu’à son heure de gloire des 80’s. Quatrième LP donc en plus de trente ans de carrière, c’est peu, mais ça permet d’apprécier chaque chapitre comme le cadeau précieux qu’il est, d’autant plus que si la quantité n’est pas l’obsession des finlandais, la qualité l’est.

Toujours aussi fascinés par la brutalité en vogue entre 1986 et 1990, le quintette nous livre donc seize morceaux pour une heure de musique, ce qui est assez loin des canons du genre qui a toujours préféré frapper fort et partir en trombe. Mais lorsque la durée s’accompagne d’un soin particulier apporté à la composition, on ne se montre pas bégueule sur le dépassement horaire, et on savoure ces interventions pleines de hargne et de créativité, qui ne se contentent pas de paraphraser des riffs et rythmiques anciennes histoire de gloser dans le vide de la modernité. Les NATIONAL NAPALM SYNDICATE avec Time Is the Fire restent donc dans la plus droite lignée de leurs travaux précédents, et transposent leur colère d’époque dans un contexte contemporain, histoire de ne pas passer pour d’indécrottables nostalgiques incapables de faire la différence entre SLAYER et WARBRINGER. Certes, et avec soixante minutes inédites au compteur (ou presque, nous préciserons plus tard), la redite ne manque pas de signaler sa présence, même si les instrumentistes font ce qu’ils peuvent pour la laisser dans l’ombre. Subtil mélange de sévérité usuelle et de fluidité moderne, ce quatrième longue-durée fait donc la part belle à l’équilibre entre vitesse et puissance, entre férocité et tempérance, et nous offre un beau passage en revue des cartes postales envoyées de la Bay-Area depuis les années 80, sans occulter les quelques missives nordiques que les 90’s ont oblitéré avec certitude. Toujours à l’affût et affutés, les finlandais savent alterner les mid-tempi diaboliques qui nous ramènent à la vague Néo-Thrash des mid nineties (« Drowning ») et les accélérations fatales symptomatiques des DEATH ANGEL, EXODUS et autres FORBIDDEN (« Bringer Of Pain »).

Mais loin de se contenter d’une simplicité de surface qui leur aurait quand même permis de plaire aux masses, les instigateurs de la véhémence du froid savent aussi alambiquer, assembler, moduler pour nous offrir de mini-symphonies à la gloire du Metal le plus intrépide, en calquant les soli de King/Hanneman sur des riffs estampillés Holt/Hunolt (« In The Dead Of The Night »). Désirs progressifs pour une volonté d’aller de l’avant, telle est la combinaison que développe Time Is the Fire, qui parfois se laisse aller à dériver au long de l’inspiration Kill Em’All que les membres d’origine chérissaient tant à leur débuts, en la masquant derrière des emprunts au TANK le plus serein (« Animal Is Out of Control »). Il est tout à fait possible de trouver ça un peu redondant parfois, spécialement lorsque les guitares semblent balbutier leur partition déjà décryptée, mais lorsque le compteur s’affole et se frotte aux excès allemands des ASSASSIN, on en oublie volontiers les erreurs laissées en chemin, surtout lorsqu’elles sont récupérées par les restes de mémoire qui n’ont pas oublié l’importance de New-York dans la balance (« Unholy Madness »). Vous avez dit OVERKILL ? Et vous avez tout bon, puisque nos cinq lascars se lâchent à l’occasion d‘une reprise de notre combo en béton, via le séminal « Blood And Iron » se cachant en fin de métrage. Petit cadeau histoire de replanter le décor et mettre tout le monde d’accord ? Peut-être, mais aussi une jolie façon de nous remercier pour notre fidélité en piochant dans le glorieux passé.

Et celui des NATIONAL NAPALM SYNDICATE peut être fier de leur présent, qui n’a pas grand-chose à envier à des débuts puissants mais balbutiés… Time Is the Fire sans manquer de créativité, bavarde parfois, glose, mais ne gonfle jamais, malgré un timing un peu relâché. Et si le temps est un feu qui se consume, la flambée du destin des finlandais n’est pas prête de s’éteindre à jamais…            

   

Titres de l’album:

      1. Pig Moon Rising

      2. Obey the System

      3. In the Dead of the Night

      4. Kuolema

      5. Bringer of Pain

      6. Knife Against my Throat

      7. Drowning

      8. Fallen Gardens

      9. Original Sin

     10. Ken tästä käy saa kaiken toivon heittää

     11. Animal is out of Control

     12. Unholy Madness

     13. Welcome to Tomorrow

     14. Faces

     15. The Worm Moon

      16. Blood and Iron (Overkill cover)

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par mortne2001 le 09/06/2018 à 14:30
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Je passe mon tour aussi. cela dit j'aime bien le clip enfin du moins l'ambiance qui règne.


Pressé d'en découvrir plus ! "Neoteric Commencements" était déjà bien chouette !


Mouais, pas mon truc décidément. Mais il a l’air de bien s’amuser.
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