Aujourd’hui, plus besoin de monter un groupe. Plus besoin de trouver un label à tout prix. Plus besoin d’aller enregistrer dans des studios couteux ne vous permettant que vingt-quatre ou quarante-huit heures d’enregistrement sans avoir à vendre un rein. Pour peu que vous ayez des capacités, vous pouvez tout faire de chez vous, seul, avec un bon matos, et des capacités techniques. Ce qui est immanquablement le cas d’Hal Microutsicos, qui depuis 2015 agite l’underground extrême de son talent éclatant qu’il a fait jaillir des abysses de ses enfers personnels. Seul aux commandes de son navire, l’originaire du New Jersey ne s’est donc pas encombré de partenaires, maniant la guitare comme personne, utilisant la basse sans notice, et programmant avec flair, pour nous trousser deux EP de Death technique à souhait. Toujours en lien avec le label italien Everlasting Spew Records, l’américain vient donc compléter sa trilogie avant visiblement de se lancer dans les grands travaux d’un premier LP, et osons-le dire : le bonhomme a un sacré talent. Un talent indéniable, mais aussi un don remarquable. Celui de citer ses influences sans les paraphraser, alors même que le style qu’il pratique n’offre que très peu de marge de progression et d’erreur. On le sait, le Death technique n’est pas l’apanage des timorés, mais le culot dont fait preuve Hal depuis ses débuts lui permet de franchir les obstacles avec panache, ce que Transcend démontre de son petit quart d’heure. Je ne suis pourtant pas friand d’exactions morbides échafaudées comme des plans d’architecte fou, mais autant dire que le projet ENGULF a de la gueule, et que mis bout à bout, les trois chapitres de sa saga forment un triptyque complet et fascinant.

Dans les faits, ce troisième EP nous narre les aventures d’un homme expérimentant un voyage extracorporel, durant lequel il sera témoin du passage de trois entités sur terre pour accomplir « l’évènement ». Thème récurrent dans le Death qui ne se limite pas à la fascination pour les exactions physiques et méthodes de torture diverses, et qui s’accorde très bien du parti-pris musical choisi par le musicien. Sans vraiment chambouler la donne, Hal continue le travail entrepris sur Gold and Rust, tout en y ajoutant un soupçon d’accroche supplémentaire pour accoucher de l’œuvre la plus mémorisable de son catalogue. Certes, les fans de SUFFOCATION, de GORGUTS et des premiers MORBID ANGEL y trouveront toujours leur compte, tout comme les accros au final de l’aventure DEATH, mais même avec ces références en tête, inutile de nier la personnalité de l’auteur. Jamais avare de plans qui se télescopent et de riffs qui s’imbriquent, l’américain nous enivre de structures progressives, mais jamais roboratives, qui savent se rappeler que l’essence même du Death est la violence, et non la démonstration indigente. Ce qui ne l’empêche nullement de trouver un équilibre très stable entre les deux approches, avec un initial « Bane Of Fire » qui déboule comme un météore hors d’un trou noir, immédiatement suivi de son cortège de débris via « From Chasms Deep », accumulation d’idées qui évoluent sur un même thème, avec toujours en exergue cette brutalité précise, mais pas clinique.

Car le but est de garder prise sur une énergie viscérale et humaine, et non de s’en remettre à la théorie pour illustrer la pratique. C’est pour cette raison que Transcend est aussi captivant, alors même qu’il est la somme d’une quantité assez impressionnante d’idées. Mais ces idées justement se formalisent souvent autour d’un riff fédérateur, ou d’un down tempo accrocheur, un peu dans la veine des quatre premiers albums de MORBID ANGEL. On y retrouve ce goût pour les cassures rythmiques soudaines (la programmation ne le cachons-pas est exceptionnelle de maitrise), ces bends soudains et ces sifflantes trouant les dissonances, et surtout, une capacité à broder sur un fil rouge qui laisse admiratif. En quatre minutes à peine, le compositeur et multi-instrumentiste est capable de donner le tournis sans provoquer de malaise, suscitant le vertige pour mieux nous garder accrochés. Chaque titre aurait de quoi alimenter l’imaginaire d’un groupe pour un album entier, et tous possèdent une patine très personnelle, tout en respectant une ambiance globale cohérente. La voix de Hal, plus assurée mais toujours aussi rauque lie le tout dans un maelstrom de violence, malgré un nombre conséquent de passages lourds et emphatiques (« Birthed Into An Empty Grave »). Pas de risque donc de regarder sa montre ni de sombrer dans une torpeur gênante, puisque ENGULF accentue encore plus sa singularité avec ce troisième EP, et laisse augurer d’un premier LP d’une teneur exceptionnelle. Et avec une telle entame de carrière, gageons que l’underground n’a pas fini de s’agiter au doux son de cette brutalité contrôlée, qui lâche parfois du lest pour mieux nous attirer dans ses filets cosmiques.       

   

Titres de l’album :

                      1. Bane Of Fire

                      2. From Chasms Deep

                      3. Birthed Into An Empty Grave

                      4. Drowned In The River Styx

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par mortne2001 le 20/01/2020 à 17:21
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