Un nom un peu étrange, pour une musique ne l’étant pas moins, voilà donc le menu de cette journée décidément placée sous des auspices embrumés. Mais les plus fins amateurs de Heavy psychédélique auront sans doute remarqué les similitudes entre ce nouveau projet et un groupe déjà existant, les deux venant du même pays, et pour cause…Car sous le pseudo romantique et onirique de JESS BY THE LAKE se cache tout simplement la troublante Jasmin Saarela, vocaliste des JESS AND THE ANCIENT ONES, et il n’y a donc rien d’étrange à retrouver son diminutif aux commandes de ce nouveau concept. Mais que les fans de l’ensemble précité se méfient, puisque la musique proposée par la chanteuse pour ces nouvelles aventures n’a pas grand-chose à voir avec l’élixir épais concocté d’ordinaire…Pas question de lourdeur excessive ici, pas non plus d’inclinaisons prononcées pour la musicalité lysergique et déviante, mais bien un retour aux sources, les siennes évidemment, puisque JESS BY THE LAKE, malgré sa connotation collective est bien une idée très personnelle. D’abord, pourquoi ce choix de nom un peu biscornu qui évoque avec subtilité des obsessions Folk, des concertations Chamber Pop ou des déviances alternatives ? Simple là aussi, puisque ce fameux lac est celui qui a bercé l’enfance et la jeunesse de Jasmin, et Under The Red Light Shine se veut donc légèrement introspectif, et en lien direct avec la nature au milieu de laquelle la chanteuse a grandi. Back to the roots donc, pour une musique faussement directe mais réellement riche, concentrique par moments, progressive par instants, mais surtout intrigante, profonde, assez unique, et révélatrice d’un besoin de s’épanouir dans un contexte moins restrictif que celui du revival Doom/psyché. Non qu’il y ait des scrupules à avoir, le genre ayant d’ailleurs intronisé les JESS AND THE ANCIENT ONES parmi les nouveaux leaders du mouvement, mais autant proposer autre chose histoire d’enrichir son parcours, ce que Jasmin a parfaitement compris en évitant la redite et la paraphrase inutile.

Et c’est très logiquement que le label national Svart, déjà chaperon de son groupe officiel a décidé de suivre la chanteuse dans ses nouvelles aventures. On connaît d’ailleurs l’affection que porte cette maison de disque à ses artistes locaux, et sa passion pour la recherche artistique excentrée. Et si l’ensemble sonne quand même subtilement Classic Rock sur les bords, la multiplicité des tendances, des influences, des références et des sonorités permet d'échapper à un carcan trop restrictif et à une précision qui aurait pu brider le concept. Svart cite d’ailleurs quelques pistes possibles parlant de Bowie, de DANZIG, mais voyez-y une façon habile de brouiller les pistes, puisque celles de ce premier album n’ont pas forcément envie d’être balisées par des légendes vivantes ou non. De plus, la versatilité des neuf compositions qui nous charment sur ce LP hors du commun prouve que la musicienne n’avait pas l’intention de se placer sous perfusion, mais bien de respirer au grand air, et de se recentrer sur l’essentiel, puisque les titres ont tous été composés au piano ou à la guitare acoustique. Et on le sent très bien…Soyez quand même rassurés, l’atmosphère générale, bien que nostalgique la plupart du temps, n’a rien d’une balade bucolique dans les bois avec barbes fleuries et marguerites dans les cheveux. Nous ne sommes pas à San Francisco en 1967 ni dans une forêt aux alentours de Kuopio, mais bien dans l’univers à part d’une artiste qui a souhaité poursuivre dans son coin une autre voie possible, et qui nous propose des mélodies profondes, des rêves instrumentaux apaisés, et des perditions naturelles en quête de sens. L’électricité a donc parfaitement droit de cité sur Under The Red Light Shine, qui pourrait illustrer d’ailleurs la BO d’une série dramatique ou policière finlandaise, se voyant comme une adaptation des thèmes si chers à Angelo Badalamenti, fidèle ami de David « Twin Peaks » Lynch. Ton grave qui suggère une admiration pour Nick Cave, quelques relents de voix féminines historiques, mais surtout beaucoup de sincérité, et un travail de composition admirable pour un album tout sauf bâclé, et véritable œuvre et non simple caprice.

Pour s’en rendre compte, rien de plus simple. Inutile d’écouter l’album en entier, puisque le single « Nightmare », brillamment lancé en éclaireur vous en dira suffisamment. Rythmique en place et gentiment percussive, voix qui sinue, module, guitare en riffs légers mais affirmés, et progression presque Pop, avec des arrangements spatiaux mais cohérents et ludiques, pour une osmose générale palpable. Pas étonnant d’ailleurs, puisque après avoir commencé à bosser avec son vieux compère Timo des JESS AND THE ANCIENT ONES, Jasmin a fini par réunir derrière elle des amis d’école pour constituer son backing band. C’est ainsi qu’on retrouve au casting Marianne Heikkinen à la batterie, Heikki Leppäjärvi à la basse, Aapo Kauppinen à la guitare et Ethel Seppälä aux claviers, groupe qui se connaît humainement, mais qui a appris à se découvrir musicalement pour donner corps aux images projetées par Jasmin. Couleurs et tonalités donc, pour un nuancier global aussi romantique que concret, et qui n’hésite pas à jouer des humeurs, pour suggérer des climats en palette, via des transitions assez marquées entre les morceaux. C’est ainsi que succède au plutôt immédiat « Nightmare » le progressif « Legacy Crown », shamanique et incantatoire, qui laisse une grosse basse départager une guitare au gros grain et un clavier nappé, pour une plongée dans les souvenirs d’une artiste qui se retourne vers sa jeunesse. Les DOORS de « Riders on the Storm » ne sont d’ailleurs pas loin, TOOL et PEARL JAM non plus, mais l’esprit aventureux des seventies sait se faire sa place, pour un melting-pot de styles et d’époques que des chœurs hypnotiques accentuent.

Jasmin, sans répéter des formules largement utilisées par son ancien groupe n’en a pas pour autant abandonné l’esprit évolutif, et place des segments forts conséquents, lors du final « Interstellar », incarnant un acmé tout à fait convaincant. On peut penser à une forme plus ouverte de BJORK, à une rencontre inopinée entre Heidi Solheim et les CIVIL WAR, et en tout cas à un recentrage sur des valeurs primales et essentielles, pour un ressenti qui donne la chair de poule. Car rien n’est gratuit ou hasardeux sur Under The Red Light Shine, de l’ouverture éponyme lourde mais Soul et bluesy, au plus léger et mélodique « The Wait », débordant de feeling avec son clavier en contrepoint central. Nous assistons à la découverte d’une nouvelle facette de Jasmin, plus intimiste mais pas impudique pour autant, puisque l’artiste reste couverte tout en exhibant son âme un peu plus. On la sent attirée par les canons de beauté Pop des sixties, retravaillés par les défricheurs puristes des eighties, mais aussi fascinée par ses consœurs des seventies, autant que par les Soul women des fifties. Sa voix fait mouche et merveille à tous les coups, et prouve par la même occasion quelle grande interprète elle a toujours été. Sauf qu’avec cette première escapade en solo, elle démontre aussi de grandes capacités de composition, et des goûts personnels aussi variés que charmants. Une brillante réussite, et un disque qui risque fort de ne pas rester une simple anecdote. Certains y verront un plus grand intérêt que son groupe d’origine, mais les fans de JESS AND THE ANCIENT ONES auraient tort de bouder Under The Red Light Shine pour le simple fait qu’il ose être différent. Le lien entre les deux groupes étant aussi évident que contradictoire. 


Titres de l'album :

                          01 - Under The Red Light Shine

                          02 - Freezing Burn

                          03 - The Wait

                          04 - Halo (Ghosts In The Flames)

                          05 - Nightmare

                          06 - Legacy Crown

                          07 - My Hands

                          08 - Interstellar

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par mortne2001 le 09/06/2019 à 14:44
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